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Jean-Christophe Maillot

Directeur et chorégraphe des Ballets de Monte-Carlo depuis plus de trente ans, Jean-Christophe Maillot est une figure incontournable de la danse. Dans cet entretien avec Geneviève Berti, il revient sur son parcours, de son enfance baignée dans un milieu artistique à son arrivée en Principauté. Il partage sa vision de la chorégraphie comme un art total, un point de rencontre entre la danse, la musique et les arts plastiques. Au fil de la conversation, il évoque sa relation privilégiée avec la Princesse Caroline, son attachement à ses danseurs et l'aventure humaine que représente la direction d'une compagnie de renommée internationale.

Jean-Christophe Maillot, l'art de réunir les opposés à la tête des Ballets de Monte-Carlo

Un art de la rencontre

Jean-Christophe Maillot a grandi au milieu des artistes. Fils d’un père peintre, professeur aux Beaux-Arts et scénographe, il a toujours respiré « l’odeur de la poussière du théâtre ». Cette enfance passée au contact de metteurs en scène, chanteurs et chorégraphes a forgé sa conviction profonde : tous les arts sont voués à se rencontrer. Formé à l’école de Rosalie Hightower à Cannes, qui prônait déjà une approche pluridisciplinaire, il a développé une vision de la chorégraphie comme un art du partage, qui n’existe pas par lui-même. « Tous mes mots sont condamnés à passer au travers de quelqu’un d’autre, qui est le danseur », explique-t-il.

Pour lui, un spectacle est une œuvre collective, enrichie par les univers d’un compositeur, d’un plasticien comme Ernest Pignon-Ernest, d’un créateur de costumes ou d’un éclairagiste. C’est cette fusion des talents qui crée un univers total, où la chorégraphie se niche autant dans un mouvement que dans le choix d’un costume.

L’outil monégasque

Son arrivée à Monaco marque un tournant décisif. Il y trouve « l’outil idéal » pour appliquer sa nature profonde : une compagnie de danseurs exceptionnels et un lieu avec une histoire forte. Plutôt que d’imposer un style, il a cherché à construire un projet en adéquation avec la Principauté. Conscient du potentiel de ses danseurs, il n’a pas hésité à inviter les plus grands chorégraphes, comme Forsythe ou Kylián, pour les nourrir et s’enrichir à leur contact. Cette ouverture a mené à la création du Monaco Dance Forum, un événement qui a fait de Monaco un carrefour mondial de la danse, loin de toute idée de pré carré.

Ce choix contraste avec son expérience à Tours, où, dans le contexte des années 80, sa danse d’inspiration académique était à contre-courant. « C’est en arrivant à Monaco, avec ce sentiment d’être dans un autre pays, […] libérée de ce complexe du dit néoclassique, […] que je me suis dit, mais ça c’est moi. »

Une aventure humaine

La réussite de Jean-Christophe Maillot à Monaco est aussi une histoire de rencontres, et notamment celle avec la Princesse Caroline, présidente des Ballets. Il la décrit comme une figure « très diagiléf », dotée d’une capacité rare à réunir les bonnes personnes et à sentir les connexions possibles. C’est elle qui lui a donné cette devise : « Donner du plaisir sans chercher à plaire ». Cette relation de confiance et d’amitié a été le ciment d’une aventure commune, permettant une liberté artistique qu’il juge rare. Il insiste sur la dimension humaine de son travail, considérant la compagnie comme une « micro-société exemplaire » où cohabitent plus de vingt nationalités.

Cette philosophie se traduit dans son management, du choix des danseurs, où la gentillesse et l’humilité priment, à l’accompagnement en fin de carrière. Conscient de la violence que représente l’arrêt de la danse, il a mis en place un système unique pour aider ses artistes à se reconvertir, en leur assurant une transition d’un an pour se former à un nouveau métier.

La famille et la transmission

L’art est une affaire de famille chez les Maillot. Ses trois enfants ont suivi des voies créatives : son fils Augustin est designer chez Chanel et a signé les costumes remarqués de *La Mégère apprivoisée* ; sa fille Juliette est actrice ; et son autre fils, Félix, est photographe. Jean-Christophe Maillot évoque avec tendresse et humour ces trajectoires, ainsi que son nouveau rôle de grand-père, qui le confronte à la Reine des Neiges et à une forme de culpabilité joyeuse. Il aborde aussi avec lucidité le passage du temps et la conscience de sa propre finitude, apparue après un problème de santé.

Loin de vouloir se lancer dans de nouvelles ambitions, il souhaite se consacrer pleinement à la vie de la compagnie. Le contact quotidien avec la jeunesse de ses danseurs est un moteur, un « effet Dorian Gray » qui le nourrit. Aujourd’hui, son rôle est plus que jamais celui d’un passeur, assurant la transmission de son répertoire et de son esprit à une nouvelle génération, avec l’aide de fidèles collaboratrices comme Bernice Coppieters.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Geneviève Berti, Rosalie Hightower, Ernest Pignon-Ernest, Schubert, Prokofiev, William Forsythe, Jiří Kylián, Jérôme Kaplan, Drio, Pierre Lacote, Ghislaine Thesmar, Jean-Yves Esquer, la Princesse Caroline de Hanovre, Jacques Lang, Jean Royer, Georges Frèche, Kazuki Yamada, Jean-Louis Grinda, James Kreisberg, Cecilia Bartoli, Sharon Eyal, Bernice Coppieters, Max Manfroy, Peter Lewton, Augustin Maillot, Juliette Maillot, Félix Maillot, Karl Lagerfeld, Marshall, Coco Gauff, Giovanna Lorenzoni.
  • Œuvres : La Symphonie des Adieux, Le Mandarin merveilleux, L’Enfant et les Sortilèges, Dov’è la luna, Vers un paysage, La Mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Cendrillon, La Reine des Neiges.
  • Institutions et compagnies : Ballets de Monte-Carlo, Opéra de Monte-Carlo, Grand Théâtre de Tours, Centre chorégraphique national de Tours, Ballet du Bolchoï, Monaco Dance Forum, Nouveau Musée National de Monaco, Chanel, Gallimard.
  • Lieux et événements : Cannes, Tours, Hambourg, Cuba, Dubaï, New Orleans, Thermes de Caracalla (Rome), Liceu (Barcelone), Prix de Lausanne.

Au fil de l’épisode

  • Son enfance dans un milieu artistique, avec un père peintre et scénographe.
  • Sa formation à l’école de Rosalie Hightower à Cannes, basée sur la pluridisciplinarité.
  • Sa vision de la chorégraphie comme un art de la rencontre et du partage.
  • L’importance de ses collaborateurs (plasticiens, costumiers, musiciens) dans son processus créatif.
  • Sa fidélité à son équipe, sa « bande », danseurs comme créateurs.
  • Son arrivée à Monaco et la découverte d’un « outil idéal » avec les Ballets de Monte-Carlo.
  • Pourquoi il a fait le choix de ne plus créer pour d’autres compagnies.
  • La création du Monaco Dance Forum pour ouvrir la Principauté aux plus grands chorégraphes.
  • Ses débuts à Tours dans le contexte de l’explosion de la danse contemporaine en France.
  • Sa relation de confiance et de complicité avec la Princesse Caroline, présidente des Ballets.
  • La devise que lui a donnée la Princesse : « Donner du plaisir sans chercher à plaire ».
  • Le rôle des Ballets comme ambassadeurs de Monaco à l’international.
  • L’anecdote de la représentation de Cendrillon aux Thermes de Caracalla.
  • La gestion d’une compagnie de 50 danseurs de 22 nationalités différentes.
  • Les critères humains, comme la gentillesse, dans le recrutement de ses danseurs.
  • Le système de reconversion mis en place pour accompagner les danseurs en fin de carrière.
  • Sa méthode, inspirée du football, pour annoncer les distributions la veille des spectacles.
  • L’esprit de la Fête de la Danse : faire de chacun un artiste.
  • Ses trois enfants, tous engagés dans des carrières artistiques.
  • La création des costumes de La Mégère apprivoisée par son fils Augustin.
  • Sa passion pour le football et le parallèle avec le spectacle vivant.
  • La découverte de son rôle de grand-père.
  • Ses réflexions sur le vieillissement et la conscience de la finitude.
  • L’« effet Dorian Gray » que lui procure le travail quotidien avec de jeunes danseurs.
  • L’importance de la transmission de son répertoire à la nouvelle génération.

FAQ

Qui est Jean-Christophe Maillot ?

Jean-Christophe Maillot est un chorégraphe et directeur de compagnie français. Depuis 1993, il est le directeur artistique des Ballets de Monte-Carlo. Il est reconnu pour son style qui mêle la technique de la danse académique à une narration et une théâtralité contemporaines. Sous sa direction, la compagnie monégasque a acquis une renommée internationale, devenant un ambassadeur culturel de la Principauté.

Quelle est la vision de la danse de Jean-Christophe Maillot ?

Pour Jean-Christophe Maillot, la chorégraphie n’est pas un art solitaire mais un art de la rencontre. Il la conçoit comme un carrefour où la danse dialogue avec la musique, les arts plastiques, les costumes et la lumière. Son travail repose sur une collaboration étroite avec des artistes de divers horizons. Il considère que le plus important est l’aventure humaine, le partage avec ses danseurs et son équipe pour créer un univers complet et cohérent.

Quel rôle a joué la Princesse Caroline dans sa carrière ?

La Princesse Caroline, en tant que Présidente des Ballets de Monte-Carlo, a joué un rôle fondamental. C’est elle qui l’a nommé à la tête de la compagnie. Jean-Christophe Maillot décrit leur relation comme une collaboration basée sur une confiance et une amitié profondes. Elle lui a offert une grande liberté artistique et lui a donné la devise qui guide son travail : « Donner du plaisir sans chercher à plaire ».

Comment Jean-Christophe Maillot accompagne-t-il ses danseurs en fin de carrière ?

Conscient de la difficulté de la reconversion pour un danseur, il a mis en place un dispositif spécifique. Un danseur en fin de carrière peut conserver son contrat et son salaire pendant un an. Durant cette période, il est libéré de certaines obligations artistiques pour pouvoir suivre une formation et préparer activement sa nouvelle vie professionnelle, assurant ainsi une transition plus douce et anticipée.

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