Un joyau nommé Chambord
Avant d’être nommé ambassadeur à Monaco, Jean d’Haussonville a dirigé pendant treize ans le Domaine national de Chambord. Il raconte comment il s’est attaché à redonner de l’éclat à ce monument classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, qu’il ne considère pas seulement comme un « bijou architectural », mais aussi comme un « instrument politique » depuis sa création. Pour lui, le tourisme est une dimension de la diplomatie d’influence, le fameux « soft power ». L’un de ses objectifs était d’augmenter la notoriété du site, qui accueille deux millions de personnes par an, et de créer un public fidèle, incité à revenir grâce à une programmation renouvelée.
Cette mission à Chambord fut sa « grande passion professionnelle », un choix du cœur guidé par une prise de conscience survenue à la trentaine. C’est en effet après quatre années de négociations dans les couloirs de l’OTAN à Bruxelles qu’il a réalisé que le sens de sa vie professionnelle passait par l’esthétique et la nature. « Je ne serais heureux qu’en me préoccupant d’esthétique, de la beauté des choses », confie-t-il. Ce besoin l’a mené vers le ministère de la Culture, un poste de conseiller culturel à Berlin, puis vers le patrimoine, qu’il voit comme un lien entre le passé, le présent et l’avenir.
Monaco, un étranger si familier
Jean d’Haussonville établit un parallèle surprenant entre Chambord et Monaco : deux « mondes singuliers » avec un environnement naturel fort, la forêt pour l’un, la mer pour l’autre. Pour lui, la Principauté n’est pas un poste diplomatique comme les autres, en raison de sa proximité avec la France. Il décrit cette relation comme « familiale » : deux entités différentes mais avec des traits communs évidents, comme la langue ou les références culturelles. À son arrivée, il a d’ailleurs commencé par arpenter la Principauté à pied pendant un mois pour en comprendre la complexité, l’architecture et la verticalité.
Cette relation intime se manifeste par la profondeur des liens dans tous les domaines : enseignement, justice, police, santé, où de nombreux ressortissants français servent la Principauté. L’ambassadeur se voit comme le représentant de ces milliers de Français, qu’ils soient résidents ou salariés transfrontaliers, qui contribuent chaque jour à la prospérité de Monaco. Il souligne l’importance de ces derniers, qui représentent environ 10 % de l’emploi dans les Alpes-Maritimes, et la nécessité de se préoccuper de leurs conditions, notamment en matière de transport.
Prospérité commune et océans partagés
L’ambassadeur identifie trois dossiers majeurs qui occupent son quotidien. Le premier est celui de la mobilité, un enjeu central pour la « prospérité commune » des deux pays, conditionnée par la capacité de Monaco à accueillir ses salariés. Le deuxième est la lutte contre le blanchiment, un sujet qu’il juge essentiel pour assurer une « prospérité saine » à la Principauté, dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et les trafics de drogue. Il insiste sur le fait que les exigences actuelles sont plus fortes que par le passé, en raison du développement économique de Monaco.
Le troisième sujet, plus positif, est celui des océans. Jean d’Haussonville salue le « rôle remarquable » du Prince Albert II, l’une des grandes figures mondiales de la protection marine. Selon lui, la voix de Monaco sur ce sujet est particulièrement audible et forme l’essentiel de sa diplomatie. Il cite en exemple la ratification rapide par Monaco du traité sur la haute mer, en vue de la Conférence des Nations Unies sur les océans qui se tiendra à Nice en 2025. « Ce qui me captive ici, c’est de voir la disproportion entre la résonance de Monaco dans le monde et le nombre d’habitants », conclut-il.
Les références de l’épisode
- Personnes : Prince Albert II, François Mitterrand, François Hollande, Nicolas Sarkozy, Catherine Colonna, Jacques-Yves Cousteau.
- Lieux et institutions : Domaine national de Chambord, UNESCO, OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord), Mont-Saint-Michel, Ministère des Affaires étrangères (Quai d’Orsay), Élysée, Union européenne, SNCF.
- Événements : Grand Prix de Monaco, Conférence des Nations Unies sur les océans (Nice 2025).
- Œuvres : Le film Octopussy.
Au fil de l’épisode
- Le fil rouge de son parcours : le service du pays et la préoccupation de la beauté.
- Ses treize années à la direction du Domaine national de Chambord.
- La diplomatie d’influence et le rôle de « soft power » d’un lieu comme Chambord.
- La prise de conscience née à l’OTAN qui l’a orienté vers la culture et le patrimoine.
- Le parallèle entre Chambord et Monaco, deux « mondes singuliers ».
- Son arrivée en Principauté et sa découverte du territoire à pied.
- La relation « familiale » et intime entre la France et Monaco.
- Les trois grands dossiers de la relation bilatérale : mobilité, lutte contre le blanchiment et protection des océans.
- Le rôle moteur du Prince Albert II et de Monaco dans la diplomatie des océans.
- L’importance de la souveraineté monégasque et le projet d’une visite d’État du président français.
- La différence entre le rôle de l’ambassadeur et celui du consul.
- L’organisation des élections françaises à l’étranger, un service concret rendu à la démocratie.
- Son désir de jeunesse de devenir ambassadeur pour représenter son pays.
FAQ
Qui est Jean d’Haussonville ?
Jean d’Haussonville est un diplomate et homme de culture français. Avant sa nomination en tant qu’Ambassadeur de France à Monaco, il a notamment été Directeur général du Domaine national de Chambord pendant treize ans. Son parcours a débuté au Ministère des Affaires étrangères puis au Ministère de la Culture, illustrant un double attachement au service de l’État et à la valorisation du patrimoine et de la beauté.
Quel était le rôle de Jean d’Haussonville à Chambord ?
En tant que Directeur général du Domaine national de Chambord pendant 13 ans, Jean d’Haussonville a œuvré pour augmenter la notoriété de ce site classé à l’UNESCO. Il a travaillé à développer un public de « revisite » en renouvelant l’offre culturelle. Il considère Chambord non seulement comme un joyau patrimonial, mais aussi comme un instrument de diplomatie d’influence (« soft power ») pour la France.
Quels sont les principaux sujets de la relation entre la France et Monaco ?
Selon Jean d’Haussonville, trois sujets majeurs structurent la relation franco-monégasque. Le premier est la mobilité des salariés transfrontaliers, essentielle à la prospérité commune. Le deuxième est la lutte contre le blanchiment d’argent, un enjeu de sécurité et de crédibilité internationale. Enfin, le troisième est la protection des océans, un domaine où la France et Monaco collaborent étroitement, notamment sous l’impulsion du Prince Albert II.
Pourquoi Monaco est-il un poste diplomatique particulier pour la France ?
Monaco est un poste singulier en raison de la relation d’une « telle intimité » avec la France. Jean d’Haussonville la décrit comme « familiale » : les deux pays partagent une langue, une culture et des liens administratifs très profonds, tout en étant deux États souverains distincts. Cette proximité fait de Monaco un « étranger si proche », ce qui rend la mission diplomatique unique et complexe.
Quelle est l’importance d’une visite d’État du président français à Monaco ?
Une visite d’État, qui implique de passer une nuit sur place, serait un événement diplomatique majeur. Ce serait la première depuis celle de François Mitterrand en 1984. Un tel événement symboliserait la reconnaissance par la France de la pleine souveraineté de Monaco, acquise avec le traité de 2002. Ce serait aussi une marque de soutien au Prince et une occasion de faire avancer des projets communs.
