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Laetitia Klotz en Arabie Saoudite

Autrice et poétesse, Laëtitia Klotz est issue d'un métissage qui a nourri très tôt son goût pour l'ailleurs. Après une première expatriation fondatrice au Yémen, elle suit son conjoint en Arabie Saoudite pour une expérience de trois ans et demi qui s'avère un véritable choc. Parquée dans un camp pour expatriés occidentaux, privée de la liberté de travailler ou de se déplacer seule, elle raconte comment elle a dû se réinventer pour sortir de l'isolement et aller à la rencontre des femmes saoudiennes. Une quête de sens et de liberté qu'elle relate dans son livre « Intime Arabie » et qui la mènera à redéfinir sa propre vie.

Laëtitia Klotz, de l'expatriation en Arabie Saoudite à la quête de soi par la poésie

Les racines du voyage

Laëtitia Klotz explique que son envie de découvrir le monde est intimement liée à ses origines métissées. Fille d’un père français d’origine juive alsacienne et d’une mère vietnamienne née à Djibouti, elle a toujours ressenti qu’elle venait « d’ailleurs ». Ce sentiment l’a poussée très jeune vers l’apprentissage des langues, qui devient son premier prétexte au voyage. Dès l’adolescence, elle part en immersion en Angleterre, en Espagne, puis aux États-Unis et en Amérique centrale, développant un goût pour la rencontre interculturelle qui ne la quittera plus.

L’écriture l’accompagne depuis toujours, à travers des journaux intimes tenus quasi quotidiennement. « J’écris pour garder une trace, j’ai peur d’oublier », confie-t-elle. Cette pratique devient un fil rouge, une manière de documenter ses expériences et de se construire au fil de ses pérégrinations.

Le Yémen, une terre d’accueil

Sa première grande expatriation la conduit au Yémen, où elle suit son compagnon qui y a obtenu une mission. Elle a alors 26 ans et découvre un pays qui la marque profondément. Contrairement aux idées reçues, elle y trouve une tradition de l’accueil immense et une grande facilité de contact avec la population. En tant que femme, elle a la particularité de pouvoir accéder aussi bien au monde des femmes, où elle vit des moments de sororité intenses, qu’à celui des hommes. Elle se trouve rapidement un travail dans un magazine local, le Yemen Today, pour lequel elle écrit des articles en anglais, tout en donnant des cours de français et en apprenant l’arabe.

Cette période est décrite comme un temps heureux et léger, dans un pays « fabuleux » pour ses paysages, son patrimoine et ses habitants. C’est aussi là qu’elle entame sa « carrière de suiveuse », un statut qu’elle questionne : comment exister par soi-même quand on suit la carrière de son conjoint ? Elle s’efforce de se réinventer à chaque étape, en cherchant des activités qui lui correspondent, tournées vers l’écriture et la rencontre.

Le choc de l’Arabie Saoudite

Après trois ans et demi au Yémen, la situation sécuritaire se dégrade et Laëtitia Klotz est rapatriée en France avec son jeune fils. Se sentant « inadaptée » à la vie en France, elle repart rapidement pour une nouvelle destination : l’Arabie Saoudite. Malgré les avertissements de ses amis yéménites, elle y va avec une certaine naïveté, s’attendant à une aventure. La réalité est brutale. Dès son arrivée, sa famille est installée dans un « camp pour expatriés », un îlot occidental luxueux mais complètement coupé du royaume saoudien, où elle passera les trois années et demie suivantes.

Dans ce camp, tout est fait pour le confort matériel des familles, mais la vie est aseptisée et déconnectée du pays. On lui demande d’être une « bonne épouse, femme au foyer », un rôle dans lequel elle a du mal à se retrouver. Le contraste avec le Yémen est immense : la langue arabe, qu’elle espérait continuer à apprendre, lui est inaccessible, et la ségrégation entre hommes et femmes, mais aussi entre Saoudiens et expatriés, est totale.

Sortir du camp et écrire

Frustrée et refusant l’échec, Laëtitia Klotz se donne pour mission de briser son isolement. Son objectif : rencontrer des femmes saoudiennes. Pour cela, elle doit se plier aux règles locales, à commencer par le port de l’abaya, ce long vêtement noir qu’elle perçoit d’abord comme une « serpillère » et une négation de sa féminité. Elle finit par s’en faire faire une sur mesure, comprenant que c’est une condition nécessaire pour pouvoir sortir et se déplacer. Elle reprend également des études pour devenir enseignante de français, une façon de trouver une activité professionnelle malgré l’interdiction de travailler officiellement.

Son journal intime devient alors plus crucial que jamais. Elle y consigne son quotidien, ses frustrations, mais surtout ses rencontres. C’est cette matière qui donnera naissance, des années plus tard, à son livre Intime Arabie. Elle y raconte non seulement sa quête pour rencontrer des Saoudiennes, mais aussi la vie de ces femmes expatriées dans le camp, un univers clos avec ses propres codes et ses propres joies, qu’elle observe avec un regard de sociologue.

Une vie de « suiveuse »

Après l’Arabie Saoudite, le cycle des expatriations se poursuit. Elle s’installe un temps en France, au Pays Basque, avant de suivre à nouveau son mari à Singapour, puis en Ouganda. À chaque fois, elle doit se réinventer, trouver un travail, créer de nouveaux liens, pour ensuite tout abandonner lorsque la mission de son conjoint se termine. Elle vit chaque départ comme un deuil et un déchirement. « Honnêtement, je le vis mal à chaque fois », avoue-t-elle.

En Ouganda, elle vit une expérience très forte en co-créant une radio francophone avec un collègue de l’Alliance française. Mais là encore, elle doit quitter ce projet qui lui tenait à cœur pour des raisons financières liées à la carrière de son mari. Cet enchaînement de constructions et d’abandons finit par l’épuiser. L’arrivée de la pandémie de Covid-19 agit comme un catalyseur, la poussant à une profonde remise en question.

Trouver sa propre voie

C’est au milieu de cette période de doute que la poésie s’impose à elle comme une évidence. Une passion qui sommeillait en elle depuis toujours devient sa manière d’être au monde, le chemin pour enfin s’aligner avec elle-même. À 41 ans, Laëtitia Klotz décide d’arrêter sa vie d’expatriée pour se consacrer pleinement à l’écriture et à la poésie. Elle choisit d’écrire sa propre réalité, de ne plus suivre, mais de tracer sa propre voie.

Sans regretter son parcours qui l’a immensément nourrie, elle ressent le besoin de s’ancrer et de construire un projet qui soit le sien. « Peut-être qu’il fallait tout ce temps pour que je me trouve », conclut-elle. Aujourd’hui installée en France, elle se consacre à ses projets d’écriture et à des spectacles, déterminée à vivre de sa passion.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Le livre « Intime Arabie » de Laëtitia Klotz
  • La maison d’édition Transboréal
  • La revue 21
  • Le magazine Yemen Today
  • Le festival Le Grand Bivouac à Albertville
  • Le plan de développement saoudien Vision 2030
  • Lieux mentionnés : Yémen, Sanaa, Arabie Saoudite, Al-Jubaïl, Riyad, Al-Ula, Djibouti, Singapour, Ouganda, Pays Basque, Petra (Jordanie)
  • L’Alliance française

Au fil de l’épisode

  • Les origines métissées de Laëtitia Klotz, entre le Vietnam, Djibouti et l’Alsace.
  • Comment l’apprentissage des langues l’a menée à ses premiers voyages dès l’adolescence.
  • L’importance de l’écriture comme moyen de garder une trace de ses expériences.
  • Sa première expatriation au Yémen, un pays qu’elle décrit comme une terre d’accueil.
  • Son expérience unique en tant que femme occidentale au Yémen, ayant accès au monde des hommes comme à celui des femmes.
  • Son travail de journaliste pour le magazine anglophone Yemen Today à Sanaa.
  • Le concept de « carrière de suiveuse » et la difficulté d’exister par soi-même en suivant son conjoint.
  • Le départ précipité du Yémen en raison de la dégradation de la situation sécuritaire.
  • L’arrivée en Arabie Saoudite et le choc culturel.
  • La vie dans un camp pour expatriés, un environnement luxueux mais totalement isolé du pays.
  • La frustration de ne pas pouvoir travailler ni apprendre l’arabe.
  • Sa détermination à sortir du camp pour rencontrer des femmes saoudiennes.
  • L’obligation de porter l’abaya et son rapport complexe à ce vêtement.
  • Comment son journal intime a servi de base à son livre « Intime Arabie ».
  • La vie des femmes expatriées dans le camp, entre coffee mornings et cours de sport.
  • La description des conditions de vie des travailleurs immigrés, les « expatriés de second ordre ».
  • La poursuite de sa vie d’expatriée à Singapour, où elle s’engage auprès des employées de maison maltraitées.
  • Son expérience en Ouganda et la création d’une radio francophone.
  • L’épuisement face au cycle de construction et d’abandon imposé par sa vie de « suiveuse ».
  • La décision d’arrêter l’expatriation et de s’installer en France.
  • Comment la poésie s’est imposée à elle comme une évidence et un chemin de vie.
  • Son choix, à 41 ans, d’écrire sa propre réalité et de se consacrer à ses projets artistiques.

FAQ

Qui est Laëtitia Klotz ?

Laëtitia Klotz est une autrice, poétesse et rédactrice indépendante. D’origines française, juive alsacienne et vietnamienne, elle a grandi avec une forte curiosité pour le monde. Après des études littéraires et de sciences politiques, elle a vécu de nombreuses années à l’étranger, notamment au Yémen, en Arabie Saoudite, à Singapour et en Ouganda. Son expérience de l’expatriation est au cœur de son travail d’écriture, notamment dans son livre « Intime Arabie ».

Pourquoi Laëtitia Klotz a-t-elle vécu en Arabie Saoudite ?

Laëtitia Klotz a vécu en Arabie Saoudite de 2011 à 2014 pour suivre son mari, qui y avait trouvé une mission professionnelle. C’était sa deuxième grande expatriation après le Yémen. Elle qualifie elle-même son statut de « suiveuse », une situation où l’un des conjoints met sa carrière entre parenthèses pour suivre celle de l’autre. Cette expérience de trois ans et demi dans le royaume a été particulièrement marquante et difficile.

De quoi parle son livre « Intime Arabie » ?

« Intime Arabie » est le récit de ses trois années et demie passées en Arabie Saoudite. Basé sur le journal intime qu’elle tenait à l’époque, le livre raconte son quotidien dans un camp pour expatriés, un environnement clos et coupé de la société saoudienne. Elle y décrit sa quête pour briser cet isolement, rencontrer des femmes saoudiennes et comprendre leur réalité, tout en menant une réflexion sur sa propre liberté et sa condition de femme occidentale.

Quelle différence fait-elle entre le Yémen et l’Arabie Saoudite ?

Elle décrit une différence radicale. Au Yémen, elle a été marquée par une immense tradition de l’accueil et une grande facilité à nouer des contacts, que ce soit avec les hommes ou les femmes. En Arabie Saoudite, elle a fait face à une société très fermée, avec une ségrégation stricte entre les sexes et entre les Saoudiens et les étrangers. Son expérience y a été celle de l’isolement dans un camp, à l’opposé de l’immersion qu’elle avait connue au Yémen.

Qu’entend-elle par le terme de « suiveuse » ?

Le terme « suiveuse » désigne la situation d’une personne, souvent une femme, qui suit son conjoint à l’étranger pour sa carrière. Pour Laëtitia Klotz, cela implique de devoir constamment se réinventer professionnellement à chaque nouvelle destination, de construire des projets pour ensuite devoir les abandonner. Elle décrit cela comme un cycle de déchirements et de deuils qui l’a finalement poussée à vouloir tracer sa propre voie et ne plus dépendre de la carrière de son mari.

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