Des prénoms qui racontent une histoire
Léonce explique d’emblée que son prénom usuel, hérité du calendrier, n’a pas de sens profond pour lui. Il préfère ses véritables prénoms, Betogo Benansou, qui, comme le veut la tradition béninoise, sont porteurs d’une histoire et d’une signification. « Betogo, ça signifie que c’est à cause de l’homme qu’il a existé, et Bé-Nassou, tu ne seras pas le seul », détaille-t-il. Au Bénin, un prénom traditionnel ancre l’enfant dans son lignage et sa culture, il vibre d’une énergie particulière. Il raconte que ces noms peuvent naître de situations familiales complexes, comme le prénom Yénawa, « ils viendront vers nous », donné à un enfant en attendant la reconnaissance de la famille paternelle.
Cette importance accordée aux mots et à leur force se retrouve dans les prénoms qu’il a lui-même donnés à ses enfants, tous deux liés à la notion de grâce pour célébrer les épreuves surmontées.
De la galère au rêve de piloter
Le parcours de Léonce est celui d’un combattant. Né de parents très jeunes, à peine adolescents, il a dû très tôt prendre son destin en main pour poursuivre son éducation. « Quelqu’un qui galère, c’est quelqu’un qui a déjà commencé ses études sans soutien », confie-t-il. Dès la classe de cinquième, il vivait seul, marchait des kilomètres pour aller à l’école et donnait des cours de répétition pour s’en sortir. Conscient que l’éducation était la clé, il s’est accroché, animé par un rêve : devenir pilote d’avion. Un rêve qu’il n’atteindra pas, la faute à des difficultés en mathématiques, mais qui a nourri sa détermination.
Pour financer ses études supérieures jusqu’à sa maîtrise de géographie, il a travaillé comme conducteur de taxi-moto, ou « Zem », jonglant entre les cours la journée et le travail la nuit. Un chemin difficile qui a fini par rendre ses parents, et surtout sa mère, très fiers de son ascension.
La force du Vaudou
Pour Léonce, être Béninois, c’est être ancré dans la tradition, et notamment dans le Vaudou. Il le décrit non pas comme une magie noire, mais comme une force spirituelle omniprésente, une façon d’expliquer ce qui semble extraordinaire, comme la foudre ou la terre elle-même. « C’est une même force qu’on ne voit pas, invisible, mais qu’on peut invoquer à des fins positives comme aussi négatives », précise-t-il, soulignant que les dérives viennent de l’homme et non de la force elle-même. Cette spiritualité est un guide quotidien. Léonce consulte chaque mois le Fa, la géomancie divinatoire, pour connaître la direction à prendre.
Il partage une expérience marquante : après deux échecs au baccalauréat, il a suivi des rituels vaudou qui, selon lui, ont « balisé le terrain » et lui ont permis de réussir l’examen. Loin d’être un folklore, le Vaudou est pour lui une lumière, un chemin vers la réussite et l’élévation, une tradition puissante qui a su résister à toutes les oppressions et qui protège encore aujourd’hui des forêts sacrées.
Pour aller plus loin
- Le compte Instagram d’Alexandre Sattler
- La page Facebook Gaia Images
- Le site officiel de Gaia Images
Les références de l’épisode
- Personnes : Mathieu Kérékou
- Lieux : Bénin, Togo, Ghana, Porto-Novo
- Culture et concepts : Vaudou, Fa (géomancie), Zem (taxi-moto)
- Média : RFI
Au fil de l’épisode
- La signification des prénoms au Bénin : l’histoire derrière Léonce et ses noms traditionnels, Betogo Benansou.
- La force des prénoms locaux, qui ancrent une personne dans sa culture et son histoire familiale.
- L’exemple du prénom Yénawa, « ils viendront vers nous », reflet d’une situation familiale.
- Les prénoms de ses propres enfants, liés à la notion de « grâce ».
- Son enfance marquée par la « galère », avec des parents très jeunes et peu de soutien.
- Sa détermination à poursuivre ses études, en marchant des kilomètres et en vivant seul très jeune.
- L’importance capitale de l’éducation pour réussir au Bénin.
- Son rêve d’enfant : devenir pilote d’avion.
- Comment il a financé ses études jusqu’à l’université en travaillant comme taxi-moto (« Zem »).
- La fierté de ses parents, notamment de sa mère, face à sa réussite.
- Sa définition de l’identité béninoise, profondément ancrée dans la tradition et le Vaudou.
- Le Vaudou expliqué comme une force spirituelle qui habite tout ce que l’homme ne comprend pas.
- La dualité du Vaudou, dont l’usage, positif ou négatif, dépend de l’intention humaine.
- Le rôle du Fa, la géomancie, pour guider les choix et connaître l’avenir.
- Son rapport personnel au Vaudou : une consultation mensuelle du Fa.
- Son expérience concrète avec un rituel vaudou pour réussir son baccalauréat.
- Le Vaudou comme une lumière et un chemin vers la réussite, l’amour et l’élévation.
- La résilience de la tradition vaudou face aux tentatives de la détruire.
- Comment le Vaudou a permis de préserver des forêts sacrées au sud du Bénin.
- Comment il est devenu guide touristique, une passion née de ses correspondances avec des amis étrangers.
- La foi en soi comme moteur de la réussite, le « divin » que chacun porte en lui.
FAQ
Qui est Léonce ?
Léonce est un guide touristique originaire du Bénin. Il partage dans cet épisode son parcours de vie, marqué par une enfance difficile où il a dû travailler pour financer ses études. Passionné par sa culture, il raconte l’importance des traditions, notamment du Vaudou, qui est un pilier de son identité et de sa vision du monde. Son histoire est celle d’une grande résilience et d’un attachement profond à ses racines.
Quelle est l’importance des prénoms au Bénin selon Léonce ?
Selon Léonce, les prénoms traditionnels au Bénin sont essentiels car ils racontent une histoire et définissent l’identité d’une personne. Contrairement aux prénoms du calendrier, un nom local a un sens profond, souvent lié aux circonstances de la naissance ou à l’histoire familiale. Il est porteur d’une vibration et d’une force, et permet à l’individu de se reconnaître et de s’ancrer dans sa culture.
Qu’est-ce que le Vaudou pour Léonce ?
Pour Léonce, le Vaudou est une force spirituelle et une vision du monde, bien loin des clichés de la sorcellerie. Il le décrit comme une énergie invisible présente dans tout ce que l’homme ne peut expliquer, comme les éléments naturels. C’est une tradition qui guide, protège et offre des réponses, notamment à travers la géomancie (le Fa). Il s’agit d’une spiritualité vivante qui peut être invoquée pour le bien.
Comment Léonce est-il devenu guide touristique ?
Léonce n’a jamais suivi de formation pour devenir guide. Sa vocation est née d’une passion pour le partage de sa culture. Jeune, il entretenait des correspondances avec des amis étrangers, leur racontant les histoires et les traditions de son pays. Lorsque ses amis sont venus lui rendre visite, il leur a naturellement fait découvrir les lieux dont il leur parlait. C’est ainsi, sans le savoir, qu’il a commencé son activité de guide.
