Une enfance hors des sentiers battus
Léonora est née en France durant un déménagement, symbole d’une vie qui sera marquée par le mouvement. Ses parents allemands, inspirés par les idéaux des années 60, ont quitté leur pays suite à la catastrophe de Tchernobyl pour s’installer dans une cabane qu’ils construisaient au cœur des Pyrénées. C’est dans cet environnement reculé, proche de la nature, qu’elle grandit avec ses six frères et sœurs. Cette enfance singulière nourrit très tôt son désir de voyage et de découverte. Après un bac scientifique et une prépa en arts appliqués qui ne la satisfait pas, elle part six mois en Nouvelle-Zélande. C’est là-bas que la photographie s’impose à elle comme une évidence, un moyen de documenter le monde pour pouvoir continuer à voyager.
« J’ai toujours su que je voulais voyager, ça c’était sûr, je ne savais pas que j’allais faire de la photo, c’est venu un peu plus tard. »
Du jongleur de rue au Congo
De retour en Europe, elle s’inscrit dans une école de photographie à Bruxelles. Son ambition prend une nouvelle tournure après avoir vu le documentaire « War Photographer » sur James Nashway : elle veut devenir reporter de guerre, aller là où les autres ne vont pas pour « chercher la vie à un endroit où on s’imagine la mort ». Ne sachant comment aborder ce milieu, elle commence par un sujet au long cours sur Hicham, un jongleur de rue marocain à Bruxelles. Pendant près d’un an et demi, elle documente son quotidien précaire, un travail qui donnera naissance à sa première œuvre multimédia et lui ouvrira les portes de festivals. C’est une rencontre avec Bernard Leloup, travaillant pour les Nations Unies, qui la convainc de partir pour le Congo. À 25 ans, elle y effectue un stage dans une rédaction locale et décroche rapidement sa première mission pour le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) à la frontière centrafricaine.
Cette première confrontation avec la réalité des camps de réfugiés est un choc. Face à des jeunes de son âge qui ont tout perdu, elle est assaillie par le doute sur le sens et l’utilité réelle de son travail de photographe.
La réalité du terrain
Poussée par l’envie de témoigner, Léonora retourne au Congo pour développer ses propres projets. Elle se concentre sur la partie Est du pays, à Goma, et s’intéresse à la condition des filles-mères, des adolescentes souvent victimes de violences sexuelles et rejetées par leurs familles. Pour accéder à ces zones complexes, elle collabore avec des ONG comme Médecins Sans Frontières, pour qui elle réalise des commandes. Ce travail sur les filles-mères est salué par plusieurs prix et exposé à l’international. Pourtant, la publication dans la presse reste un parcours du combattant. Les rédactions, bien que reconnaissant la qualité des images, hésitent à publier une énième « histoire dure » sur le Congo.
Cette expérience révèle à Léonora la dure réalité économique du métier. Malgré la reconnaissance, vivre du photojournalisme s’avère extrêmement difficile, l’obligeant à basculer progressivement vers des missions de communication pour le secteur humanitaire.
Un regard toujours présent
Après cinq ans d’efforts intenses, Léonora fait le bilan. À 30 ans, malgré des expériences humaines et professionnelles extraordinaires, comme ce reportage réalisé dans le parc national de la Salonga grâce à une bourse, la précarité financière la rattrape. Elle constate que pour réussir, le talent photographique ne suffit pas : il faut aussi savoir se vendre, un aspect commercial qui lui est étranger. Cette prise de conscience la conduit à accepter un poste plus stable dans la communication humanitaire, qui la mènera notamment à vivre deux ans en Haïti. Elle n’abandonne pas la photographie pour autant, mais la pratique différemment, pour le plaisir, comme lors d’un festival dans les Cévennes.
Aujourd’hui, elle considère que la photographie reste un outil magique pour se rapprocher des gens et capter une part de leur personnalité, une passion qui continue de l’animer, loin des contraintes du marché de la presse.
Les références de l’épisode
- Personnes : James Nashway, Cédric Gerbet, Bernard Leloup, Hicham.
- Œuvres : le documentaire « War Photographer », le livre « Congo in Limbo », le web-documentaire « Prison Valley » (Arte), la série photo « Hicham ou l’histoire d’un carrefour ».
- Organisations et collectifs : Nations Unies, HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés), Médecins Sans Frontières (MSF), Agence Anne-Lucas, Collectif Item.
- Lieux : Congo (RDC), Kinshasa, Goma, Parc national de la Salonga, Bruxelles, Nouvelle-Zélande, Pyrénées, Centrafrique, Haïti, Cévennes.
- Événements : le festival Visa pour l’image, le Festival MAP à Toulouse.
Au fil de l’épisode
- Le choix de ses parents de quitter l’Allemagne pour une vie simple dans les Pyrénées après Tchernobyl.
- Une enfance dans la nature qui a nourri son désir de voyage.
- Son premier grand voyage en Nouvelle-Zélande, où elle décide de devenir photographe.
- Le choc du documentaire « War Photographer » qui fait naître sa vocation de reporter.
- Son premier reportage au long cours sur Hicham, un jongleur de rue à Bruxelles.
- La création de sa première œuvre multimédia grâce à un atelier au Festival MAP de Toulouse.
- La rencontre décisive avec Bernard Leloup qui l’encourage à partir au Congo.
- Sa première mission humanitaire à la frontière de la Centrafrique pour le HCR.
- Le doute et le questionnement sur le sens de son travail face à la détresse des réfugiés.
- Son projet personnel sur les « filles-mères » à Goma, dans l’est du Congo.
- La difficulté à faire publier ses reportages, même primés, dans la presse française.
- La réalité économique du métier de photojournaliste freelance.
- Sa transition vers un poste dans la communication pour des ONG humanitaires.
- Le souvenir d’un reportage dans le parc de la Salonga, un rêve rendu possible par une bourse.
- Son rapport apaisé à la photographie aujourd’hui, pratiquée comme une passion.
FAQ
Qui est Léonora ?
Léonora est une photographe et reporter d’images franco-allemande. Formée en Belgique, elle est connue pour ses reportages au long cours, notamment son travail sur les jongleurs de rue à Bruxelles et ses sujets poignants au Congo sur les filles-mères et les violences sexuelles. Face à la précarité du métier, elle s’est ensuite orientée vers la communication au sein d’organisations humanitaires, vivant notamment en Haïti.
Quel a été le parcours de Léonora pour devenir photographe ?
Après une prépa en arts appliqués, Léonora a découvert sa passion pour la photographie lors d’un voyage de six mois en Nouvelle-Zélande. Elle a ensuite suivi des études techniques de photographie à Bruxelles. C’est surtout sur le terrain, en autodidacte, qu’elle a développé son approche du reportage au long cours, inspirée par des documentaires comme « War Photographer » et par des rencontres avec d’autres photographes.
Sur quels sujets majeurs Léonora a-t-elle travaillé au Congo ?
Au Congo, Léonora a d’abord couvert le rapatriement de réfugiés congolais depuis la Centrafrique pour le HCR. Elle a ensuite mené un projet personnel approfondi dans l’est du pays, à Goma, sur la situation des « filles-mères ». Ce travail documente le quotidien de très jeunes femmes, souvent victimes de violences, qui se retrouvent mères et sont rejetées par leur communauté.
Pourquoi Léonora a-t-elle arrêté le photojournalisme comme activité principale ?
Léonora a mis sa carrière de photojournaliste freelance entre parenthèses principalement pour des raisons économiques. Malgré la reconnaissance de son travail par des prix, elle peinait à vendre ses sujets à la presse et à en vivre décemment. Vers l’âge de 30 ans, elle a choisi de chercher plus de stabilité en acceptant un poste dans la communication pour des ONG humanitaires.
Quel est le premier grand reportage de Léonora ?
Son premier grand reportage, intitulé « Hicham ou l’histoire d’un carrefour », a été réalisé à Bruxelles. Pendant près d’un an et demi, elle a suivi le quotidien d’Hicham, un jeune jongleur de rue marocain, et de sa communauté. Ce travail immersif lui a permis de développer son style, de remporter ses premiers prix et de créer une œuvre multimédia qui a marqué le début de sa carrière professionnelle.
