La grande rupture
Pendant des années, Linda Bortoletto a suivi une trajectoire toute tracée. Officier dans la gendarmerie, elle atteint le grade de capitaine à 27 ans et travaille au ministère des Finances à Bercy. Une situation sociale parfaite, un mariage stable… tout semble en ordre. Pourtant, au fond d’elle, une dissonance s’installe. C’est la mort de son père qui fait voler en éclats cette construction. « J’ai tout simplement ouvert les yeux sur ma vie et je me suis dit : mais qu’est-ce que je fais là ? », confie-t-elle. S’ensuit une période de deux ans, tortueuse et sombre, durant laquelle elle démissionne, divorce et se confronte à l’inconnu pour retrouver le chemin de ses rêves d’enfant : le voyage, l’aventure et l’action.
Cette soif d’ailleurs n’est pas nouvelle. Fille d’une mère indonésienne et d’un père pilote franco-italien, elle a toujours baigné dans une culture du voyage. Son premier choix de carrière, pilote de chasse, était d’ailleurs motivé par ce désir de liberté et d’extrêmes, un rêve brisé par un diagnostic de scoliose.
La renaissance par le voyage
Pour son premier grand départ, Linda Bortoletto choisit une destination radicale, trouvée au hasard sur une carte du monde : le Kamchatka, cette péninsule à l’extrême-orient de la Sibérie. Elle y part d’abord en reconnaissance, puis y retourne pour une immersion de trois mois auprès du peuple tchouktche, des éleveurs de rennes nomades. Loin de tout, sans autre présence humaine, elle partage leur quotidien et leur transhumance jusqu’à la mer de Béring. « J’ai vraiment écouté cette voix intérieure qu’on appelle l’intuition qui m’a guidée là-bas », explique-t-elle. Cette expérience lui apprend à vivre l’instant présent, à se reconnecter à la nature et à un rapport au temps et à l’espace radicalement différent.
Après la Sibérie, elle poursuit son périple vers les îles Aléoutiennes, mais y trouve un peuple qui a perdu son mode de vie traditionnel. La désillusion la pousse à repartir et à traverser l’Alaska à vélo, poursuivant sa quête d’authenticité et de simplicité.
Transmettre l’expérience
Comment revenir à une vie « normale » après de telles expériences ? Pour Linda Bortoletto, l’essentiel est de conserver la lumière intérieure trouvée au cours de ses voyages. Elle explique qu’il est possible de se reconnecter à soi, même dans un milieu urbain, en se protégeant de la frénésie du monde moderne. Plutôt que de rester dans une « vie d’ermite », elle a choisi de partager son parcours. Aujourd’hui, elle finance ses expéditions grâce à des sponsors et à son travail d’indépendante. Elle donne des conférences en entreprise sur le dépassement de soi et l’importance de suivre sa propre voie, prouvant qu’il est possible de vivre de ses rêves, même si le chemin est exigeant.
« Je ne dis pas que c’est facile, c’est très compliqué, beaucoup de doutes, beaucoup de persévérance et beaucoup de travail. » Mais depuis cinq ans, elle vit la vie qu’elle s’est choisie.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Linda Bortoletto
- Lieux : Kamchatka, Sibérie, Alaska, Paris, Bercy, mer de Béring, îles Aléoutiennes, Pologne, Himalaya, Tibet
- Peuples : Tchouktches, Aléoutes
- Organisations et institutions : Gendarmerie, Armée de l’air, Ministère des Finances, École de l’air de Salon de Provence, Alliance française
- Concepts : Taoïsme
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Linda Bortoletto : d’une carrière d’officier de gendarmerie à une vie d’aventurière.
- Le décès de son père, un électrochoc qui la pousse à remettre toute sa vie en question.
- Une période de crise et d’introspection de deux ans avant de tout quitter : démission et divorce.
- Ses origines multiculturelles et un goût pour le voyage ancré depuis l’enfance.
- Son rêve de devenir pilote de chasse, abandonné pour des raisons médicales.
- Le choix de sa première grande destination, le Kamchatka, comme un appel intérieur.
- Sa rencontre avec des géologues qui lui parlent du peuple nomade des Tchouktches.
- L’immersion de trois mois avec les éleveurs de rennes durant leur transhumance.
- L’apprentissage d’un nouveau rapport au temps, à l’espace et à l’instant présent.
- Son voyage vers les îles Aléoutiennes et sa déception face à la perte des traditions.
- La traversée de l’Alaska à vélo, une aventure imprévue.
- Sa recherche de la simplicité et de l’authenticité dans les relations humaines.
- La difficulté et la nécessité de trouver un équilibre au retour dans la société moderne.
- Comment elle finance aujourd’hui sa vie de voyages : conférences, missions et sponsoring.
FAQ
Qui est Linda Bortoletto ?
Linda Bortoletto est une aventurière, autrice et conférencière. Ancienne capitaine dans la gendarmerie, elle a radicalement changé de vie suite à une prise de conscience. Elle parcourt depuis les régions les plus isolées du monde, souvent en solitaire, pour vivre des expériences immersives auprès de peuples nomades ou au cœur d’une nature sauvage. Elle partage aujourd’hui les enseignements de ses voyages à travers ses livres et ses conférences.
Pourquoi Linda Bortoletto a-t-elle changé de vie ?
Le décès de son père a été l’élément déclencheur. Cet événement l’a confrontée au vide de son existence, malgré une carrière et une situation personnelle en apparence idéales. Elle a réalisé qu’elle n’était pas à sa place et qu’elle avait étouffé ses rêves d’aventure. Cette prise de conscience l’a conduite à démissionner de la gendarmerie, à divorcer et à se lancer dans une quête de sens à travers le voyage.
Quelle a été sa première grande aventure après sa démission ?
Sa première grande expédition l’a menée dans la péninsule du Kamchatka, à l’extrême-orient de la Sibérie. Après un premier voyage de reconnaissance, elle y est retournée pour passer trois mois avec le peuple tchouktche, des éleveurs de rennes nomades. Elle a partagé leur quotidien et les a suivis durant leur transhumance, une expérience fondatrice qui l’a profondément reconnectée à la nature et à l’instant présent.
Comment Linda Bortoletto finance-t-elle ses voyages ?
Elle a construit un modèle économique qui lui permet de vivre de sa passion. Une partie de l’année, elle travaille en tant qu’indépendante, notamment en donnant des conférences en entreprise sur des thèmes comme le dépassement de soi. L’argent gagné lui permet de vivre au quotidien. Pour ses expéditions, elle recherche activement des financements, que ce soit par le biais de sponsoring avec des entreprises ou en obtenant des bourses de voyage.
