Du bâtiment à la photographie, une reconversion par les tests
Loïc Casanova n’a pas grandi un appareil à la main. Natif de Montpellier, il mène d’abord une première vie dans le bâtiment avant de tout changer, en janvier 2018, à presque 40 ans. Il tient d’ailleurs à nuancer le mot « burn out » qu’on lui accole souvent : son ancien métier ne lui convenait plus et il avait « besoin d’un autre chemin de vie », sans être pour autant dans une dynamique franchement négative. Pour trouver cette voie, il passe des tests de reconversion récupérés gratuitement sur le web — et la photographie en ressort, à plusieurs reprises. C’est ce déclic, plus qu’une passion première, qui le pousse à acheter un premier boîtier, un Canon d’entrée de gamme, sans savoir si l’investissement en vaudrait la chandelle. Il se définit avant tout comme un artiste : sa vraie passion, répète-t-il, c’est de « transmettre des sentiments », un besoin qu’il aurait pu, dit-il, nourrir par la peinture, le cinéma ou l’enseignement.
Sa toute première photographie contient déjà tout : dans un tunnel d’évacuation d’eau sous une autoroute, il met en scène son épouse, bras levés, entre graffitis et clair-obscur. De la street, de la mise en scène, de la géométrie, un jeu d’ombre et de lumière — l’essence de son travail est là. Sur les réseaux, une image très minimaliste de rails de tramway barrée d’une silhouette le fait connaître, avant que des séries comme « Jeu de dames » ne fassent exploser les compteurs et amènent ses premières ventes.
« Sombre Insomnie », une série nocturne devenue livre
Le cœur de l’épisode, c’est « Sombre Insomnie ». À l’époque, Loïc Casanova monte à Montpellier un projet avec son ami Sébastien ; travaillant tard dans le centre-ville, il en profite pour arpenter les rues la nuit, entre 22 h et 1 h du matin, et photographier. De ces déambulations naît une série nocturne portée par des sensations fortes : le froid, l’attente, la solitude, parfois la peur de se retrouver seul dans des endroits « craignos ». Il raconte n’avoir pas voulu en rester aux images : à l’été 2019, il écrit un texte pour les accompagner. Le résultat est un livre hybride — un livre photo doublé d’un roman, à ne pas confondre avec un roman-photo —, qu’il présente aussi comme un hommage à sa ville natale et à ses lieux emblématiques. Une écrivaine l’aide à corriger la syntaxe, une amie signe la mise en page.
« Sombre Insomnie » devient ainsi le prolongement écrit d’une série photographique, une façon d’ajouter du voyage à des images faites dans une ville qu’il connaît par cœur.
L’auto-édition sans tabou, du financement à la librairie
Loïc Casanova assume de parler « business ». Faute de temps pour chercher subventions ou éditeur — on lui avait assuré qu’il n’en trouverait pas —, il finance le livre lui-même, à partir d’une mise de départ qu’il situe entre 10 000 et 12 000 euros, réinvestie au fil des expositions et des ventes. Il fait imprimer 1000 exemplaires de « Sombre Insomnie », vendu autour de 20 euros, un prix qu’il oppose volontiers aux quelque 1200 euros d’un tirage d’art encadré : le livre, dit-il, permet de toucher un public différent de celui de la photo. Il lui en reste environ 650, écoulés surtout en librairie à Montpellier, notamment chez Sauramps, au terme d’un démarchage fait boutique par boutique. Il a même retiré le livre de la vente en ligne, par choix autant que par contrainte technique lors de la refonte de son site, assumant un rapport « un peu vieux jeu » à l’œuvre, qui selon lui « ne s’achète pas comme ça sur internet ».
Une chose est sûre : il y aura un autre livre. Il évoque « La tête dans les nuages », série sur ses souvenirs d’enfance déjà accompagnée de pages de textes, et un projet mêlant photographie d’art et biographie autour de la boxe.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Marcel Duchamp — artiste auquel Loïc Casanova rend hommage dans une commande artistique réalisée pour une résidence montpelliéraine
Au fil de l’épisode
- 00:00:12 — Présentation de Loïc Casanova
- 00:01:13 — Retour sur le « burn out » : une reconversion à nuancer
- 00:02:09 — Les tests de reconversion qui mènent à la photographie
- 00:03:28 — Se sentir artiste avant d’être photographe
- 00:05:52 — La toute première photographie, dans un tunnel
- 00:09:24 — La photo qui s’emballe sur les réseaux, puis est retirée
- 00:11:59 — « Jeu de dames » et les premières ventes
- 00:14:05 — Travailler par séries, laisser l’appareil au sac
- 00:15:45 — « Sombre Insomnie » : naissance de la série nocturne
- 00:19:19 — Écrire le texte du livre
- 00:22:35 — Une commande artistique autour de Marcel Duchamp
- 00:26:21 — Financer un livre en auto-édition
- 00:30:16 — 1000 exemplaires et la diffusion en librairie
- 00:33:27 — Pourquoi ne plus vendre le livre en ligne
- 00:41:09 — « La tête dans les nuages » et un projet autour de la boxe
- 00:44:07 — Un conseil pour se lancer dans l’auto-édition
FAQ
Qui est Loïc Casanova ?
Loïc Casanova est un artiste-photographe montpelliérain, né à Montpellier. Après une première vie dans le bâtiment, il se lance dans la photographie en janvier 2018, à presque 40 ans. Autodidacte, il se revendique artiste avant tout et travaille par séries, autour du clair-obscur, de la mise en scène et de la silhouette.
Quel est le livre de Loïc Casanova ?
Son livre s’intitule « Sombre Insomnie ». C’est un ouvrage hybride : une série de photographies nocturnes de Montpellier, accompagnée d’un texte de fiction écrit par le photographe. Un livre photo doublé d’un roman, à ne pas confondre avec un roman-photo, qu’il présente aussi comme un hommage à sa ville natale.
Comment Loïc Casanova est-il devenu photographe ?
Il raconte être arrivé à la photographie par des tests de reconversion professionnelle, trouvés gratuitement sur le web, qui pointaient à plusieurs reprises vers ce métier. Plus qu’une passion de départ, c’est ce résultat qui l’a décidé à acheter son premier appareil et à se lancer dans une carrière artistique.
Comment a-t-il auto-édité « Sombre Insomnie » ?
Sans passer par un éditeur ni chercher de subventions, il a financé le livre lui-même. Il en a fait imprimer 1000 exemplaires, vendus autour de 20 euros, principalement en librairie à Montpellier. Il explique avoir avant tout cherché à partager son travail, sans logique commerciale : sur les ventes, il vise le remboursement, pas le bénéfice.
Où découvrir le travail de Loïc Casanova ?
Ses séries et ses livres sont présentés sur son site officiel, loic-casanova.com, et il partage régulièrement son travail sur Instagram. Son livre « Sombre Insomnie » se trouve surtout en librairie à Montpellier, notamment chez Sauramps.
