Entrée au Quai d’Orsay par la porte la plus dure
Magdalena Bioget raconte qu’elle est arrivée « par accident » au ministère de la Coopération, il y a vingt-sept ans. Son mari était coopérant : commissaire de police, il servait en Côte d’Ivoire auprès de la direction générale de la police nationale locale, et il est mort en service. Le ministère lui propose alors un poste. Elle a trois enfants, l’aîné a trois ans. « Je suis rentrée avec cette petite famille sous le bras et j’ai accepté avec grande reconnaissance », dit-elle. Communicante de formation, elle commence logiquement au service communication, où elle passera une quinzaine d’années à partir de 1999, les dix dernières consacrées à l’événementiel. Elle en parle sans détour : elle était « la madame Paillette du ministère des Affaires étrangères », en contact direct avec les ministres.
Suivent trois autres vies professionnelles dans la même maison. Quatre ans à la délégation pour la politique sociale, sur le site des Invalides, pour s’occuper « des vrais gens du ministère, c’est-à-dire les agents ». Puis trois ans à la logistique et aux immeubles, attirée par un projet de nouveau bâtiment au Quai d’Orsay dont, au moment de l’entretien, la première pierre n’était toujours pas posée. « Lire un devis d’un plombier, c’est quand même pas très simple », résume-t-elle.
La tour de contrôle de la mission monde
En janvier 2020, une collègue lui signale un poste à la DCSD, la Direction de la coopération de sécurité et de défense ; deux mois plus tard, le pays est confiné. Cette direction du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a une particularité qu’elle appelle une « copropriété » : elle est partagée entre trois ministères, les Affaires étrangères, les Armées et l’Intérieur, et rassemble donc des diplomates, des militaires, des policiers, des gendarmes et des pompiers. « Trois cultures très différentes qui travaillent ensemble », dit-elle, à condition d’être « suffisamment ouvert d’esprit ». Son poste d’adjointe au chef de la mission monde, elle le décrit comme une « tour de contrôle » : elle répartit le travail transversal, soutient les officiers géographiques — les agents traitants qui suivent chacun une ou plusieurs zones —, relit et remet en forme les notes. La mission monde couvre le monde entier sauf l’Afrique subsaharienne, soit quasiment 96 pays et 70 coopérants.
Sa vraie valeur ajoutée, dit-elle, tient à ses vingt-sept ans de carrière : des collègues connus jeunes rédacteurs sont aujourd’hui ambassadeurs ou directeurs généraux, et elle ouvre ce carnet d’adresses à ses officiers géographiques. « Mon travail, c’est d’être un facilitateur. » Elle se déplace moins qu’eux, mais part quand une visite peut débloquer un dossier : au Sri Lanka, la venue de la délégation a permis d’entériner la création d’une école de sécurité et de sûreté maritime.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- La DCSD, Direction de la coopération de sécurité et de défense, qui met en œuvre la coopération structurelle de la France en matière de défense, de sécurité intérieure et de protection civile.
- Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, dont dépend la DCSD.
- Le ministère des Armées et le ministère de l’Intérieur, les deux autres ministères de la « copropriété » décrite par l’invitée.
- Le ministère de la Coopération, où Magdalena Bioget est entrée il y a vingt-sept ans.
- La délégation pour la politique sociale du ministère, sur le site des Invalides, où elle a passé quatre ans.
- Le Sri Lanka, où a été entérinée la création d’une école de sécurité et de sûreté maritime.
- La Côte d’Ivoire, où son mari était coopérant.
Au fil de l’épisode
- 00:01:42 — Magdalena Bioget se présente : adjointe au chef de la mission monde, « un parcours un peu atypique ».
- 00:02:06 — Arrivée « par accident » au ministère de la Coopération après la mort de son mari, coopérant en Côte d’Ivoire.
- 00:03:10 — Quinze années au service communication et « madame Paillette » de l’événementiel.
- 00:03:36 — Quatre ans à la délégation pour la politique sociale, auprès des agents du ministère.
- 00:04:19 — Trois ans à la logistique et aux immeubles, des trombones aux grands chantiers.
- 00:06:01 — Le sentiment de « boucler la boucle » en devenant responsable de coopérants.
- 00:07:33 — La « copropriété » entre trois ministères, particularité de la DCSD.
- 00:08:59 — L’image d’avant : un étage entier de militaires en uniforme au ministère de la Coopération.
- 00:11:53 — Le poste d’adjointe décrit comme une « tour de contrôle ».
- 00:13:18 — La mission monde : trois officiers géographiques, 96 pays, 70 coopérants.
- 00:15:32 — « Entretenir un réseau de contacts pertinents » : ce que cela veut dire vraiment.
- 00:17:44 — S’adapter à des interlocuteurs très différents, du général au collègue.
- 00:20:52 — Ce que la communication et l’événementiel lui ont laissé : organisation et réactivité.
- 00:21:40 — Les missions de terrain et la création d’une école de sécurité et de sûreté maritime au Sri Lanka.
- 00:25:10 — Le rapport au travail des générations suivantes, observé chez ses propres enfants.
- 00:30:17 — Le souvenir marquant : la négociation d’un don de drones de 2 millions d’euros.
FAQ
Qui est Magdalena Bioget ?
Magdalena Bioget est adjointe au chef de la mission monde de la DCSD, la Direction de la coopération de sécurité et de défense, au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Communicante de formation, elle est entrée au ministère de la Coopération il y a vingt-sept ans et y a exercé quatre métiers différents avant d’occuper ce poste.
Qu’est-ce que la mission monde de la DCSD ?
La mission monde est l’entité de la DCSD qui couvre le monde entier à l’exception de l’Afrique subsaharienne, soit quasiment 96 pays. Elle réunit un chef de mission, une adjointe et trois officiers géographiques, et supervise 70 coopérants français mis à disposition d’administrations partenaires.
Qu’est-ce qu’un officier géographique à la DCSD ?
Un officier géographique est un agent traitant responsable d’une ou plusieurs zones géographiques. Il est en lien avec les postes, contribue aux stratégies régionales et supervise l’activité des coopérants, sous la responsabilité des attachés de défense et des attachés de sécurité intérieure. Magdalena Bioget note que le mot « officier » n’est pas tout à fait juste : ce sont des agents traitants.
Pourquoi la DCSD est-elle une direction particulière ?
Parce qu’elle fonctionne, selon les mots de Magdalena Bioget, comme une « copropriété » entre trois ministères : les Affaires étrangères, les Armées et l’Intérieur. On y croise diplomates, militaires, policiers, gendarmes et pompiers. Cette dimension interministérielle en fait, dit-elle, toute la richesse, mais explique aussi que la direction reste méconnue, y compris au sein du ministère.
Comment Magdalena Bioget est-elle entrée au ministère des Affaires étrangères ?
Son mari, commissaire de police, était coopérant en Côte d’Ivoire. Il est mort en service. Le ministère de la Coopération lui a alors proposé un poste, qu’elle a accepté avec, dit-elle, une grande reconnaissance. Elle avait trois enfants en bas âge. Elle décrit aujourd’hui son parcours comme une boucle : arrivée veuve de coopérant, elle est devenue responsable de coopérants.
Quel souvenir marquant retient-elle de sa carrière ?
La négociation d’un don de drones de 2 millions d’euros, peu après son arrivée à la DCSD. Exercice interministériel mené avec les armées, il l’a vue chef de délégation et seule femme à la table des négociations. Le contrat, passé avec une entreprise française, est resté dans l’enveloppe allouée.
