Un engagement total
C’est une tradition familiale qui pousse Marc Stazak à s’engager dans l’armée de Terre. Bercé par les récits de son grand-père, il devance l’appel à 17 ans et demi, attiré par le « fantasme du guerrier » et le mythe des parachutistes. Son parcours de 25 ans le mènera du 9e RCP au 92e RI, en passant par le 1er et le 35e RI. Il enchaîne les opérations extérieures : la Somalie d’abord, où il rencontre la mort pour la première fois, puis le Gabon, le Tchad, la Centrafrique, la Côte d’Ivoire, le Kosovo, l’Afghanistan et enfin le Mali, avec l’opération Serval.
Chaque mission laisse une trace, comme s’il sentait « des parties de son âme qui ont brûlé au fur et à mesure des années ».
La blessure de Mitrovica
En 2008, au Kosovo, tout bascule. Déployé en appui de la police de l’ONU lors d’émeutes autour du tribunal de Mitrovica, son groupe fait face à une population hostile. Les premières grenades pleuvent dès 7 heures du matin. Une explosion le fauche. Sonné, il reprend conscience dans le « nid de blessés » et voit un policier ukrainien mourir à ses côtés. Malgré sa jambe en sang, il refuse de quitter ses hommes. « Je ne pouvais pas les abandonner comme ça », explique-t-il.
Il se fait panser à la hâte et remonte au contact. En cinq heures d’affrontements, il sera touché à trois reprises par des éclats.
Le mal invisible
La blessure la plus profonde n’est pas physique. À son retour, sa femme ne reconnaît plus son regard. Marc développe un syndrome de stress post-traumatique sévère. Il devient, selon ses mots, un « clown triste », expert en « camouflage émotionnel » pour cacher ses failles dans un milieu où les égos sont surdimensionnés. Les addictions deviennent son seul moyen de trouver le sommeil. Il se ment à lui-même et aux autres, se convainquant qu’il est devenu un lâche. Cette « blessure honteuse », comme il l’appelle, est difficile à expliquer.
Malgré un diagnostic posé dans le civil — le « syndrome de Rambo » —, il parvient à le cacher à sa hiérarchie et repart en mission en Afghanistan, puis au Mali.
La chute et la main tendue
Mais la maladie finit par le rattraper. L’opération Serval au Mali réveille violemment son traumatisme. L’institution militaire le contraint à partir, sans préparation. C’est un monde qui s’écroule. « Le jour où on vous dit, pour vous, c’est fini, monsieur. » S’ensuit une véritable descente aux enfers : sa famille explose, il sombre dans les addictions et se retrouve à la rue. Le salut viendra d’un ancien frère d’armes, un adjudant qui le reconnaît par hasard et contacte la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre (CABAT).
Pour la première fois depuis longtemps, on lui tend la main. Marc était prêt à la saisir.
Apprendre à vivre avec
Grâce à la CABAT, Marc entame sa reconstruction. Il participe au premier stage KREBAT, qui lui redonne confiance et le goût de l’effort. Il suit ensuite le programme Oméga, qui lui permet d’être embauché chez Nexter. Plus tard, il découvre l’association Les Gueules Cassées, qui devient pour lui une véritable « bouffée d’oxygène ». Il y trouve une écoute, de la bienveillance et un lieu où il peut se ressourcer, sans avoir besoin de « mettre des mots sur ses maux ». Il sait qu’il ne guérira jamais, mais il a appris à vivre avec sa blessure.
Son message est un témoignage d’espoir : « Si j’y suis arrivé, tout le monde peut y arriver. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Général Bijar
- Unités militaires : 9e Régiment de chasseurs parachutistes (9e RCP), 1er Régiment d’infanterie (1er RI), 35e Régiment d’infanterie (35e RI), 92e Régiment d’infanterie (92e RI)
- Opérations militaires : Opération Oryx (Somalie), Opération Onisom 2 (Somalie), Opération Serval (Mali)
- Organisations et entreprises : Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre (CABAT), Les Gueules Cassées (UBFT), Nexter
- Programmes et événements : Stage KREBAT, Programme Oméga, US Trioles Marines
- Lieux : Mitrovica (Kosovo), Domaine du Coudon
Au fil de l’épisode
- L’engagement de Marc dans l’armée, une tradition familiale et un rêve de jeunesse.
- Son parcours militaire à travers quatre régiments d’infanterie.
- La liste de ses opérations extérieures : Somalie, Gabon, Tchad, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Kosovo, Afghanistan et Mali.
- Le souvenir de sa première mission en Somalie, où il a été confronté à la mort.
- Le récit détaillé des émeutes du tribunal de Mitrovica au Kosovo, en 2008.
- Sa première blessure par éclat de grenade et le décès d’un policier ukrainien à ses côtés.
- Sa décision de refuser l’évacuation pour rester auprès de ses hommes.
- Le fait d’avoir été touché trois fois en cinq heures d’affrontement.
- La prise de conscience de la blessure psychologique au retour, à travers le regard de sa femme.
- Sa description du syndrome de stress post-traumatique : le « camouflage émotionnel » et les addictions.
- La difficulté à parler de cette « blessure honteuse » au sein de l’armée.
- Le diagnostic du « syndrome de Rambo » posé par un expert psychiatre civil.
- Comment il a réussi à cacher son état à sa hiérarchie pour repartir en mission.
- L’opération Serval au Mali, qui a ravivé son traumatisme.
- La sortie brutale de l’institution militaire, vécue comme un abandon.
- La descente aux enfers : divorce, addictions et la vie à la rue.
- La main tendue par un ancien frère d’armes qui contacte la CABAT.
- Le début de sa reconstruction avec le stage KREBAT.
- Le programme Oméga qui lui a permis de retrouver un emploi chez Nexter.
- Sa rencontre avec l’association Les Gueules Cassées, une « bouffée d’oxygène ».
- Ce qu’il trouve à l’association : une écoute bienveillante et un lieu pour se ressourcer.
- La fraternité des Gueules Cassées, une continuité des frères d’armes.
- Son rôle de transmission auprès des plus jeunes, pour que son expérience serve.
- Son message d’espoir : il est possible de s’en sortir et d’apprendre à vivre avec la blessure.
FAQ
Qui est Marc Stazak ?
Marc Stazak est un vétéran de l’armée de Terre française avec 25 ans de service. Il a servi dans plusieurs régiments d’infanterie, dont le 92e RI, et a participé à de nombreuses opérations extérieures (Somalie, Kosovo, Afghanistan, Mali). Blessé physiquement et psychologiquement au Kosovo en 2008, il a développé un syndrome de stress post-traumatique. Après une période très difficile, il a reconstruit sa vie et témoigne de son parcours, notamment en tant que membre de l’association Les Gueules Cassées.
Comment Marc a-t-il été blessé ?
Marc a été blessé en 2008 au Kosovo, lors des émeutes autour du tribunal de Mitrovica. Alors que son unité était en appui de la police de l’ONU, elle a fait face à des manifestants violents. Il a été touché une première fois par les éclats d’une grenade qui a explosé à ses pieds. Malgré sa blessure, il a refusé d’être évacué pour rester avec ses hommes et a été touché à deux autres reprises au cours des cinq heures d’affrontement.
Qu’est-ce que le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) selon son témoignage ?
Pour Marc, le SSPT est une « blessure invisible » qui a provoqué un changement total de sa personnalité. Il le décrit comme un état où l’on devient un expert du « camouflage émotionnel » pour cacher sa souffrance, notamment par des addictions. C’est une blessure qu’il qualifie de « honteuse » dans le milieu militaire, menant à un sentiment de lâcheté. Il insiste sur le fait que ce n’est pas une maladie mentale, mais la conséquence d’un traumatisme, quelque chose qui a « grillé » dans le cerveau et avec lequel il faut apprendre à vivre.
Quel rôle a joué l’association Les Gueules Cassées dans sa reconstruction ?
L’association Les Gueules Cassées a été une « bouffée d’oxygène » pour Marc. Il y a trouvé une écoute et une bienveillance rares, ainsi qu’un lieu de repos, le domaine du Coudon, où il peut se ressourcer en famille. C’est un espace où les blessés se comprennent sans avoir besoin de parler ou de se justifier. Pour lui, l’association représente la continuité de la fraternité d’armes qu’il pensait avoir perdue en quittant l’institution militaire.
Qu’est-ce que la CABAT ?
La CABAT est la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre. C’est l’organisme qui a été contacté par un ancien camarade de Marc alors que ce dernier était à la rue. La CABAT a été le point de départ de sa reconstruction en lui tendant la main et en mettant en place un système d’accompagnement. Marc a notamment participé au premier stage KREBAT, un programme organisé par la CABAT pour aider les blessés psychiques à se reconstruire.
