Des Alpes à l’Himalaya
Originaire d’un petit village des Hautes-Alpes, Puy-Saint-Vincent, Marianne Chaud a grandi avec un attachement profond pour la montagne, hérité de ses grands-parents agriculteurs. C’est cet héritage qui l’a poussée, il y a douze ans, à partir à la rencontre des agriculteurs montagnards de l’Himalaya. Elle choisit alors l’ethnologie pour s’immerger pleinement dans la culture locale, apprendre la langue et comprendre la société de l’intérieur, loin d’une approche purement touristique. Sur les conseils de Pascal Dolfus, chercheur au CNRS, elle se concentre sur la région du Ladakh, alors peu étudiée. Depuis, elle y retourne chaque année pour des séjours de trois à six mois.
Au fil de ses voyages, elle est le témoin des transformations rapides de la région, notamment de la capitale Leh, sous l’effet du tourisme de masse indien et d’une présence militaire et administrative croissante de l’Inde, qui considère cette zone frontalière avec le Pakistan et la Chine comme stratégique.
La caméra pour capter l’humain
Alors qu’elle avançait dans la rédaction de sa thèse, Marianne Chaud a ressenti une frustration : l’écriture académique, un peu aride selon elle, ne parvenait pas à rendre compte de la richesse et de l’épaisseur des relations humaines qu’elle nouait sur place. C’est ce qui l’a décidée à prendre une caméra. « Je vais pouvoir montrer le lien, la relation, l’amitié qui se noue », explique-t-elle. Le cinéma lui a permis de casser l’image exotique de l’Himalaya pour montrer la complexité et l’universalité des habitants, qui partagent les mêmes désirs et les mêmes peurs que nous. Elle raconte notamment son immersion de trois mois dans un monastère, un milieu exclusivement masculin où son statut d’« étrangère » lui a permis d’être acceptée.
Ce séjour lui a offert une plongée dans un rapport au temps radicalement différent, une vie sans angoisse où l’on savoure l’instant présent. Cette expérience a nourri sa propre quête spirituelle, s’inspirant de la philosophie bouddhiste sans pour autant se convertir, notamment en raison de son scepticisme face à la réincarnation.
Les références de l’épisode
- Personnes : Pascal Dolfus (chercheur CNRS), le Dalaï Lama.
- Lieux : Zanskar, Ladakh, Himalaya, Puy-Saint-Vincent (Hautes-Alpes), Saint-Etienne, Paris.
- Institutions et événements : CNRS, festival du film Curieux Voyageur.
- Médias : le journal Libération.
Au fil de l’épisode
- Les origines de Marianne Chaud dans les Hautes-Alpes et son premier voyage dans l’Himalaya il y a douze ans.
- Le choix du Ladakh comme terrain d’étude, sur les conseils du chercheur Pascal Dolfus.
- Les transformations rapides de la région, sous l’influence du tourisme indien et de la présence militaire.
- La décision d’abandonner sa thèse pour se tourner vers le documentaire afin de mieux capturer les relations humaines.
- Son immersion de trois mois dans un monastère d’hommes et la construction d’une relation de confiance.
- Le rapport au temps différent des Ladakhis, vécu comme une sagesse du moment présent.
- Sa relation personnelle avec le bouddhisme, une philosophie inspirante mais dont elle ne partage pas toutes les croyances, comme la réincarnation.
- Les pratiques de méditation avancées des moines, capables de générer de la chaleur corporelle ou d’effectuer des sauts s’apparentant à de la lévitation.
- Le contraste entre le sens de la communauté et de l’entraide au Zanskar et l’anonymat des grandes villes occidentales.
FAQ
Qui est Marianne Chaud ?
Marianne Chaud est une ethnologue et réalisatrice française. Originaire des Hautes-Alpes, elle se spécialise dans l’étude des populations de l’Himalaya, en particulier dans la vallée du Zanskar en Inde. Depuis plus de dix ans, elle passe plusieurs mois par an en immersion pour documenter le quotidien des habitants, notamment des moines bouddhistes, à travers ses films.
Pourquoi Marianne Chaud a-t-elle commencé à filmer ?
Elle a choisi la caméra car elle estimait que l’écriture académique de sa thèse de doctorat ne permettait pas de transmettre la richesse et l’intimité des relations humaines qu’elle tissait sur le terrain. Le cinéma documentaire est devenu pour elle le moyen de montrer le lien, l’amitié et la complexité des individus, au-delà des clichés exotiques souvent associés à l’Himalaya.
Comment a-t-elle vécu son immersion dans un monastère bouddhiste ?
Marianne Chaud a passé trois mois dans un monastère d’hommes au Zanskar. Bien que les femmes locales n’y soient pas admises pour de longs séjours, son statut d’étrangère lui a permis d’être acceptée. Après un refus initial, elle a progressivement gagné la confiance des moines, qui l’ont autorisée à filmer leur quotidien. Elle décrit cette expérience comme une immersion totale dans le moment présent, rythmée par les prières et la vie communautaire.
Quel est le rapport de Marianne Chaud au bouddhisme ?
Elle s’est intéressée au bouddhisme pour mieux comprendre les gens qu’elle étudiait. Aujourd’hui, elle le considère comme une philosophie qui l’inspire profondément et suit son chemin, notamment à travers des retraites en France. Cependant, elle ne se définit pas comme bouddhiste, car elle ne partage pas certaines croyances fondamentales comme celle de la réincarnation.
