Un bien commun menacé
Marie Baltazard raconte la genèse de Terre de liens, née d’un constat fait par des paysans au début des années 1990 : le prix de la terre a tellement augmenté qu’il est devenu quasi impossible pour les nouvelles générations de s’installer. L’artificialisation des sols, la pression foncière et la spéculation ont transformé les fermes en biens inaccessibles, endettant les agriculteurs sur plusieurs générations. Face à cette situation, l’idée a germé de considérer la terre agricole comme un bien commun, essentiel pour nous nourrir tous.
L’initiative de Terre de liens est de créer un dispositif où les citoyens, par leur épargne, achètent collectivement le foncier et le bâti. « On a imaginé un système où Terre de liens permet de sortir la terre agricole du marché spéculatif », explique-t-elle. Ces fermes sont ensuite confiées à des paysans qui les exploitent en location, assurant une transmission de l’outil de travail sans le poids de l’endettement initial.
Le déclin de l’agriculture paysanne
Pour comprendre l’enjeu actuel, Marie Baltazard revient sur l’histoire de l’agriculture française depuis l’après-guerre. La France est passée de plusieurs millions d’agriculteurs à seulement 450 000 chefs d’exploitation aujourd’hui. Cette transformation radicale est le fruit des politiques agricoles des années 50 et 60, notamment la Politique Agricole Commune (PAC), qui ont poussé à l’industrialisation. L’objectif était de faire de l’agriculture une entreprise comme les autres, en visant la rentabilité et l’économie de marché.
Ce modèle a favorisé les grandes exploitations céréalières au détriment des petites fermes familiales, diversifiées et vivrières. Aujourd’hui, les effets de ce système sont visibles, avec une agriculture dépendante des primes et déconnectée des territoires. C’est précisément de ce schéma que les « néo-paysans » veulent sortir, en revenant à une agriculture à taille humaine, en circuit court et respectueuse de l’environnement.
Le parcours du néo-paysan
Qui sont ces nouveaux paysans que Terre de liens accompagne ? Selon Marie Baltazard, le profil type est celui d’une personne d’une trentaine d’années, souvent en reconversion professionnelle après une première carrière d’ingénieur, d’ouvrier ou dans les services. La naissance des enfants est souvent un déclencheur, une prise de conscience qui mène à l’envie d’un nouveau mode de vie, plus proche de la nature. S’ensuit alors un véritable « parcours du combattant ».
Ce cheminement passe par une phase d’exploration (stages, woofing), une formation pour acquérir les multiples compétences du métier (agronomie, gestion, commerce), puis une phase de maturation pour définir précisément son projet. Dans des régions comme l’Alsace, trouver une ferme peut prendre de trois à six ans, tant les opportunités sont rares et circulent dans des réseaux fermés. C’est là que l’accompagnement de Terre de liens devient crucial.
L’action concrète de Terre de liens
Le cœur de l’activité de l’association est d’acquérir des fermes pour les mettre à disposition d’agriculteurs. Le financement repose sur l’épargne solidaire citoyenne — des parts à 103,50 euros, non rémunérées — et sur les dons faits à sa fondation. Grâce à ce modèle, le mouvement est aujourd’hui propriétaire de 180 fermes en France, permettant à plus de 300 paysans de travailler. Une fois acquise, la ferme est louée via un « bail rural à clause environnementale », un contrat qui impose notamment la pratique de l’agriculture biologique.
L’action de Terre de liens ne s’arrête pas à l’achat. L’association accompagne les agriculteurs dans la gestion environnementale du lieu, en cherchant le bon équilibre entre production et préservation de la biodiversité (plantation de haies, conservation des murets). Elle joue aussi un rôle de conseil auprès des communes ou des propriétaires privés qui souhaitent favoriser une agriculture durable sur leur territoire, en les aidant à monter des projets viables pour accueillir de nouveaux paysans.
Les références de l’épisode
- Terre de Liens
- La NEF
- Le Larzac
- Politique Agricole Commune (PAC)
- Confédération Paysanne
- Nature et Progrès
- Déméter
- MSA (Mutuelle Sociale Agricole)
Au fil de l’épisode
- La problématique centrale pour les nouveaux paysans : la difficulté d’accès au foncier.
- Les origines de Terre de Liens : un constat de paysans dans les années 90 sur l’envolée du prix des terres.
- Le concept fondateur : sortir la terre agricole du marché spéculatif pour en faire un bien commun.
- Retour sur l’industrialisation de l’agriculture française depuis l’après-guerre.
- Le rôle de la Politique Agricole Commune (PAC) dans la transformation du monde agricole.
- La distinction entre l’« exploitant agricole » et le « paysan », un terme aujourd’hui revalorisé.
- Le portrait-robot du néo-paysan : une personne en reconversion professionnelle, en quête de sens.
- Le parcours en trois étapes pour devenir paysan : l’expérimentation, la formation et la définition du projet.
- La difficulté de trouver une ferme, notamment dans les régions à forte pression foncière comme l’Alsace.
- Le fonctionnement de Terre de Liens : l’acquisition de fermes pour les mettre en location.
- Le modèle de financement : l’épargne solidaire citoyenne et les dons.
- Le statut des agriculteurs installés : ils sont locataires de la terre et des bâtiments.
- Le cadre juridique : le bail rural à clauses environnementales, qui impose l’agriculture biologique.
- L’accompagnement à la gestion écologique des fermes (biodiversité, haies, sols).
- Le rôle de conseil de l’association auprès des collectivités et des propriétaires privés.
- La gestion des projets qui n’aboutissent pas et la recherche de nouveaux porteurs de projet.
FAQ
Qui est Marie Baltazard ?
Marie Baltazard est salariée de l’association Terre de liens. Dans cet épisode, elle intervient pour expliquer le fonctionnement, l’histoire et les ambitions de ce mouvement citoyen qui œuvre pour faciliter l’accès à la terre pour une nouvelle génération d’agriculteurs en France.
Qu’est-ce que l’association Terre de liens ?
Terre de liens est un mouvement citoyen français qui achète des terres et des fermes grâce à l’épargne solidaire et aux dons de milliers de personnes. Son objectif est de soustraire le foncier agricole à la spéculation pour le louer à des agriculteurs engagés dans des pratiques respectueuses de l’environnement, comme l’agriculture biologique.
Pourquoi l’accès à la terre est-il difficile pour les nouveaux agriculteurs ?
L’accès à la terre est difficile en raison de l’augmentation constante de son prix, alimentée par la spéculation foncière et l’artificialisation des sols. Pour un porteur de projet, l’achat d’une ferme représente un endettement colossal, souvent sur plusieurs générations, ce qui constitue le principal frein à l’installation.
Qu’est-ce qu’un « néo-paysan » ?
Un néo-paysan est une personne qui choisit de se tourner vers l’agriculture sans être issue du milieu agricole. Il s’agit souvent d’une personne d’une trentaine d’années, en reconversion professionnelle, qui cherche à travers ce métier un mode de vie plus en accord avec ses valeurs, en pratiquant une agriculture à taille humaine et écologique.
Comment Terre de liens finance-t-elle l’achat des fermes ?
Terre de liens finance ses acquisitions principalement grâce à deux outils. Le premier est l’épargne solidaire : des citoyens achètent des parts d’une société, la Foncière Terre de Liens, pour un montant unitaire de 103,50 euros. Le second est le don, collecté par sa Fondation reconnue d’utilité publique. Ce capital citoyen permet d’acheter les fermes.
