Du rêve à la marche
Passionnée de lecture depuis toujours, Marie-Edith Laval a longtemps nourri son imaginaire de noms de lieux exotiques comme Samarkand ou Zanzibar. Orthophoniste et enseignante en méditation, elle a un jour décidé de passer du rêve à la réalité. Après plusieurs voyages au Liban, à Madagascar ou encore en Indonésie, c’est une période de transition personnelle qui la pousse sur le chemin de Compostelle. Elle y découvre la simplicité de la vie de pèlerin, où les statuts sociaux s’effacent au profit de l’authenticité des rencontres et de la puissance de la marche.
Cette expérience, qu’elle décrit comme un retour à l’essentiel et un puissant ancrage, a été fondatrice. « On est tous des marcheurs, on est tous des pèlerins et la rencontre se fait très simplement, très directement, quelque part directement dans le vrai, l’authenticité de la personne. »
L’appel du Japon
C’est sur le chemin de Compostelle que la graine d’un nouveau voyage est semée. Une brève rencontre avec un pèlerin japonais lui révèle l’existence du pèlerinage de Shikoku et de ses 88 temples. De retour à Paris, l’idée mûrit et s’impose comme une évidence. Sans parler un mot de japonais et avec une préparation minimale pour préserver la fraîcheur de la découverte, elle s’envole pour le Japon. Accueillie par une association locale, elle est initiée aux rituels et équipée de la tenue traditionnelle du pèlerin : la veste blanche, symbole de renouveau, et le bâton, qui représente le moine Kukai sur les traces duquel elle s’apprête à marcher.
Elle raconte que la barrière de la langue, loin d’être un obstacle, a enrichi son expérience. « Le fait de ne pas avoir de mots en commun a rendu toutes les rencontres que j’ai pu faire encore plus fortes. Comme si on touchait au noyau dur de la personne. »
Infusion sur le chemin
Pendant une cinquantaine de jours, Marie-Edith Laval parcourt les 1200 kilomètres du chemin. Elle décrit un quotidien rythmé par des départs matinaux pour échapper à la chaleur humide de l’été japonais, des journées de marche d’une trentaine de kilomètres et des soirées dans des auberges traditionnelles. Le parcours alterne entre des paysages enchanteurs, dignes d’estampes, et des passages beaucoup moins bucoliques, comme de longs tunnels routiers. Elle a vécu ces moments difficiles non comme des épreuves, mais comme une métaphore du pèlerinage de la vie, avec ses moments lumineux et ses traversées plus sombres.
Cette aventure initiatique a donné naissance à un livre, « Comme une feuille de thé à Shikoku ». « J’ai vraiment eu l’impression d’être à l’image de cette feuille qui infusait sur cette terre […] et de goûter mon quotidien avec de nouvelles saveurs, de nouveaux arômes. »
Les références de l’épisode
- « Comme une feuille de thé à Shikoku », de Marie-Edith Laval (éditions Le Passeur)
- Le pèlerinage de Shikoku (Japon)
- Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle
- Kukai (Kobo Daishi), moine fondateur du bouddhisme Shingon
- Léo Gantelet, pèlerin et auteur
- Pierre Rabhi, et son concept de « sobriété heureuse »
- Kenneth White, écrivain-voyageur
- Magazine Ultraia
- Ryokan et Minshuku, auberges traditionnelles japonaises
Au fil de l’épisode
- Le lien de Marie-Edith Laval avec le voyage, né de ses lectures d’aventure.
- Son expérience fondatrice sur le chemin de Compostelle, un retour à l’essentiel.
- La découverte du pèlerinage de Shikoku grâce à une rencontre avec un pèlerin japonais.
- L’arrivée au Japon, l’accueil et l’équipement traditionnel du pèlerin (veste blanche, bâton).
- La barrière de la langue, vécue non comme un obstacle mais comme un moyen d’aller vers des rencontres plus authentiques.
- Une journée type sur le chemin : marche, chaleur, hébergements traditionnels et rituels.
- La traversée de paysages variés, des rizières aux tunnels routiers, et leur portée symbolique.
- La naissance de son livre, pour témoigner de cette aventure initiatique.
FAQ
Qui est Marie-Edith Laval ?
Marie-Edith Laval est orthophoniste, enseignante en méditation de pleine conscience et autrice. Passionnée par les récits d’aventure, elle a transformé son amour de la lecture en expériences concrètes, notamment à travers des pèlerinages au long cours. Elle a marché sur le chemin de Compostelle avant de s’engager dans le pèlerinage des 88 temples sur l’île de Shikoku au Japon, une aventure qui a inspiré son livre « Comme une feuille de thé à Shikoku ».
Qu’est-ce que le pèlerinage de Shikoku ?
Le pèlerinage de Shikoku est un parcours circulaire de 1200 kilomètres qui relie 88 temples bouddhistes sur l’île de Shikoku, au Japon. Les pèlerins, vêtus de blanc, marchent sur les traces de Kukai, un moine du 8ème siècle fondateur de l’école bouddhiste Shingon. Ce chemin est une aventure à la fois physique et spirituelle, mêlant paysages naturels magnifiques et traversées de zones plus modernes. Il faut compter une cinquantaine de jours pour le compléter à pied.
Pourquoi les pèlerins de Shikoku sont-ils habillés en blanc ?
À Shikoku, le pèlerin porte une tenue spécifique, dont une veste blanche. Au Japon, le blanc est la couleur du deuil. Revêtir cette veste a une forte portée symbolique : le pèlerin accepte de « mourir » à son quotidien et à son ancienne identité pour s’ouvrir à une autre dimension de son être. C’est un moyen de s’extraire du tourbillon de la vie ordinaire pour renaître à soi-même le temps du pèlerinage.
Faut-il parler japonais pour faire le pèlerinage de Shikoku ?
Selon Marie-Edith Laval, ne pas parler japonais n’est pas un obstacle. Au contraire, elle explique que l’absence de langue commune a rendu ses rencontres plus fortes et plus authentiques, en allant au-delà des mots. Pour les aspects pratiques comme la réservation d’hébergements, elle utilisait un petit lexique ou demandait de l’aide aux aubergistes. La communication non verbale et la bienveillance des habitants permettent de surmonter cette barrière.
