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Marion Chaygneaud Dupuy « Respire tu es vivante »

À 16 ans, un voyage à Calcutta auprès des plus démunis bouleverse la vie de Marion Chaygneaud-Dupuy et la lance dans une quête spirituelle. Elle trouve son maître au Darjeeling, où elle passe quatre ans dans un monastère avant de partir pour le Tibet. Pendant dix-huit ans, elle y œuvre auprès des nomades, devient guide de haute montagne et gravit trois fois l'Everest. Une expérience qui la confronte à son ego mais aussi à la pollution des sommets, la menant à créer l'initiative Clean Everest. Elle raconte ce parcours hors norme dans son livre « Respire, tu es vivante ».

Marion Chaygneaud-Dupuy, de la quête spirituelle au Tibet à l'ascension écologique de l'Everest

Un voyage initiatique à Calcutta

Le parcours de Marion Chaygneaud-Dupuy bascule à l’adolescence. À 16 ans, elle part pour Calcutta avec sa meilleure amie Anna, fille du docteur Jack Prager, un médecin des rues. Plongée dans les bidonvilles, au cœur de la mousson, elle découvre une misère extrême mais aussi une humanité et une dignité insoupçonnées. Au contact des patients et des soignants, elle est touchée par une forme de « compassion joyeuse », une force intérieure qui transcende la souffrance. Cette expérience fondatrice la convainc qu’il existe un autre chemin que la quête du confort matériel pour atteindre le bien-être.

De retour en France, elle n’a plus qu’une idée en tête : explorer cette voie intérieure et comprendre comment cultiver cette force de bienveillance qu’elle a entrevue.

La quête d’un maître

Après avoir cherché sans succès en Europe, Marion Chaygneaud-Dupuy trouve finalement son guide spirituel en Inde : Bokar Rinpoche, un maître tibétain exilé près de Darjeeling. À 18 ans, en 1998, elle obtient la permission de s’installer près de son monastère pour y recevoir ses enseignements. S’ensuivent près de quatre années d’études et de pratiques bouddhistes. Pour elle, un maître est indispensable sur le chemin spirituel, car il agit comme un miroir qui renvoie à l’étudiant ses propres constructions mentales et l’aide à ne pas se créer un « moi spirituel » factice.

Elle y apprend à transformer sa vision du monde et à cultiver la compassion, qu’elle définit comme une résonance avec la souffrance de l’autre, couplée à un souhait actif de lui venir en aide.

Dix-huit ans au Tibet

En 2002, à la demande de son maître, Marion Chaygneaud-Dupuy part pour le Tibet. Sa mission : aider les populations nomades de la région du mont Kélache à préserver leur culture face à la modernisation. Elle s’installe à Lhassa et y restera près de dix-huit ans. Elle met en place des projets via son ONG, Highland Initiatives, pour soutenir la médecine traditionnelle et créer des formations professionnelles adaptées au mode de vie des nomades, éleveurs de yacks et de chèvres sur les hauts plateaux.

Elle décrit la vie de ce peuple, simple et rude, en lien direct avec la nature et fondé sur une forte interdépendance au sein du clan. Un mode de vie menacé par une sédentarisation croissante.

De la montagne à l’engagement écologique

Pour subvenir à ses besoins, Marion Chaygneaud-Dupuy devient guide de trekking dans l’Himalaya. Après le soulèvement tibétain de 2008 et le départ forcé des ONG, elle se réinvente en entrepreneuse sociale. Elle fonde l’agence de voyage Global Nomad pour développer un tourisme respectueux de la culture et de l’environnement, en formant des guides tibétains et en travaillant directement avec les acteurs locaux. Cette activité la rapproche progressivement de la haute montagne.

En échange de formations qu’elle dispense à l’école des guides de montagne de Lhassa, elle est initiée à l’alpinisme. Elle y voit une nouvelle forme de retraite spirituelle, les grottes de méditation étant devenues inaccessibles.

L’Everest, un miroir de l’ego

L’alpinisme devient pour elle un terrain d’exploration intérieure. Elle se confronte à un milieu où l’ego, la compétition et la quête de performance sont omniprésents. Gravir des sommets est un moyen de « débusquer tous ses schémas intérieurs pollués ». Elle gravit l’Everest à trois reprises par la face nord, côté tibétain. Lors de sa troisième ascension, elle vit une expérience de connexion profonde en aidant un groupe d’alpinistes indiennes en difficulté, choisissant le soutien plutôt que la performance personnelle.

Cette expérience lui permet de mieux comprendre ce qui pousse les alpinistes à abandonner leurs déchets en altitude. Avec l’école de guides, elle élabore une charte environnementale qui devient le label Clean Everest, un système complet de gestion des déchets sur le plus haut sommet du monde.

Un retour et de nouveaux projets

En mars 2020, la crise sanitaire la bloque à Katmandou et l’empêche de rentrer chez elle, à Lhassa. Elle rejoint alors son compagnon en Suisse. Depuis l’Europe, elle continue de piloter ses projets. Elle collabore notamment avec l’entreprise TerraCycle pour créer une ligne de produits à partir des déchets recyclés de l’Everest. Elle a également profité de ce retour pour écrire son livre, « Respire, tu es vivante ».

Son grand projet actuel reste tourné vers les nomades, avec la création d’un institut dédié à la préservation et à la transmission de leurs savoirs traditionnels face aux défis de la modernité.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Le livre « Respire, tu es vivante » de Marion Chaygneaud-Dupuy
  • Le projet « La caravane amoureuse » avec le pianiste Marc Vela
  • Les photographes Olivier Folmy et Jean-Marie Hulot
  • Le médecin des rues Jack Prager à Calcutta
  • Les maîtres spirituels Amma et le Dalaï Lama
  • Le maître bouddhiste Bokar Rinpoche
  • L’ONG Highland Initiatives
  • L’agence de voyage Global Nomad
  • Le label Clean Everest
  • L’entreprise de recyclage TerraCycle
  • L’Institut des nomades
  • Les lieux : Calcutta, Dordogne, Darjeeling, Tibet, Lhassa, Mont Kélache, Hong Kong, Katmandou, Suisse, lac Léman.

Au fil de l’épisode

  • Le premier voyage de Marion à Calcutta à 16 ans, sur les traces du docteur Jack Prager.
  • La découverte de la misère, mais aussi de la compassion et de la dignité dans les bidonvilles.
  • Le retour en France et le début de sa quête spirituelle.
  • Son enfance simple à la campagne, une forme de sobriété précoce.
  • Sa rencontre avec son maître, Bokar Rinpoche, et son installation dans un monastère à Darjeeling.
  • Quatre années d’études et de pratique du bouddhisme.
  • La définition d’un maître, de la souffrance comme insatisfaction chronique, et de la compassion.
  • Le départ pour le Tibet en 2002, à la demande de son maître, pour aider les populations nomades.
  • Ses premières impressions contrastées de Lhassa, entre immensité et sentiment d’oppression.
  • La création de projets de santé et de formation professionnelle pour les nomades du mont Kélache.
  • La vie des nomades tibétains, entre autarcie, interdépendance et menaces de la modernité.
  • Comment elle a réussi à rester résidente au Tibet pendant 18 ans.
  • Son activité de guide de trekking pour devenir autonome financièrement.
  • La création de son agence de voyage sociale, Global Nomad, après 2008.
  • Sa collaboration avec l’école des guides de montagne de Lhassa et sa formation à l’alpinisme.
  • La haute montagne comme nouveau lieu de retraite et de travail sur soi.
  • L’Everest comme « miroir de l’ego » pour observer la compétition et le désir de reconnaissance.
  • Sa troisième ascension de l’Everest et l’aide apportée à une expédition de femmes indiennes.
  • La prise de conscience de la pollution sur les hauts sommets.
  • La création du label Clean Everest et la mise en place d’une logistique de gestion des déchets.
  • Son retour forcé en Europe en 2020 à cause de la crise sanitaire.
  • La poursuite de ses projets à distance, notamment le recyclage des déchets de l’Everest.
  • L’écriture de son livre « Respire, tu es vivante ».
  • Son projet actuel : l’Institut des nomades pour préserver les savoirs traditionnels.

FAQ

Qui est Marion Chaygneaud-Dupuy ?

Marion Chaygneaud-Dupuy est une aventurière, alpiniste et auteure française. Elle est surtout connue pour avoir vécu près de vingt ans au Tibet, où elle a mené des projets de développement auprès des populations nomades. Elle a également gravi l’Everest à trois reprises et a initié le projet écologique Clean Everest pour nettoyer la montagne. Son parcours est marqué par une profonde quête spirituelle, qu’elle raconte dans son livre « Respire, tu es vivante ».

Pourquoi Marion Chaygneaud-Dupuy est-elle partie au Tibet ?

Elle est partie au Tibet en 2002 pour répondre à une demande de son maître spirituel, Bokar Rinpoche. Après quatre ans d’études bouddhistes dans son monastère en Inde, il lui a confié la mission d’aller aider les communautés nomades de la région du mont Kélache. L’objectif était de les accompagner pour qu’ils puissent intégrer la modernité sans perdre leurs valeurs et leur culture traditionnelles.

Qu’est-ce que le label Clean Everest ?

Clean Everest est une initiative environnementale co-créée par Marion Chaygneaud-Dupuy et l’école des guides de montagne de Lhassa. Il s’agit d’une charte et d’un label visant à gérer et réduire la pollution sur le versant tibétain de l’Everest. Le projet a mis en place une logistique complexe pour collecter, trier et évacuer les déchets laissés par les expéditions, des plus hauts camps jusqu’aux centres de recyclage.

Comment la haute montagne a-t-elle servi sa quête spirituelle ?

Pour Marion Chaygneaud-Dupuy, la haute montagne est devenue un terrain de pratique spirituelle. Elle la décrit comme un « miroir » puissant qui l’a confrontée à son propre ego, à la compétition et au désir de reconnaissance. Plutôt qu’une simple performance sportive, chaque ascension était une occasion d’observer ses schémas mentaux, de travailler sur ses parts d’ombre et de cultiver une intention plus juste, tournée vers la connexion aux autres.

Quel est le parcours de Marion Chaygneaud-Dupuy avant le Tibet ?

Avant de s’installer au Tibet, son parcours a été marqué par deux étapes fondatrices. D’abord, à 16 ans, un voyage à Calcutta où elle découvre la compassion au contact des plus pauvres, ce qui déclenche sa quête spirituelle. Ensuite, à 18 ans, elle trouve son maître bouddhiste, Bokar Rinpoche, en Inde. Elle passe alors près de quatre ans dans son monastère près de Darjeeling pour y étudier et pratiquer le bouddhisme.

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