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02. Se confronter au marché pour ne pas se rater – Mathias Abramovicz

Mathias Abramovicz a un parcours pour le moins atypique. De leader d'un mouvement étudiant à 19 ans à consultant en intelligence économique, il a exploré de nombreux univers avant de trouver sa voie dans l'accompagnement des entrepreneurs et des freelances. Dans cet épisode, il partage sa vision sans concession du travail indépendant : loin du mythe de la facilité, il insiste sur la nécessité de se confronter au marché et de piloter son activité avec rigueur. Il livre sa méthode pour se fixer des objectifs clairs, définir sa valeur et construire un système pérenne pour ne pas seulement survivre, mais réussir en tant que solopreneur.

de l'engagement étudiant à la stratégie pour indépendants

Du militantisme au lobbying

Le parcours de Mathias Abramovicz commence de manière inattendue. Après avoir raté son bac une première fois, il intègre une licence STAPS en 2003 pour devenir préparateur physique et mental. Deux mois après la rentrée, une réforme menace la valeur de son diplôme. Loin de se laisser abattre, il s’engage dans le mouvement étudiant et en devient rapidement le leader en France, organisant à 19 ans des manifestations rassemblant jusqu’à 15 000 personnes. C’est là qu’il forge une conviction qui guidera toute sa carrière : « on ne peut pas faire bouger les choses si on ne comprend pas le système dans lequel on évolue ». Cette expérience le mène à s’investir dans des organisations nationales comme l’ANESTAPS et la FAGE, où il développe des compétences en lobbying et en gestion de projet.

Cette première vie militante lui ouvre les portes d’une licence professionnelle puis d’un poste au sein du groupement des employeurs de l’économie sociale, où il pilote avec succès la campagne pour les élections prud’homales.

Comprendre les systèmes

Après cette première expérience intense, Mathias Abramovicz se sent perdu. Sur les conseils d’un proche, il rencontre des dirigeants d’agences de communication qui l’orientent vers un domaine qu’il ne connaissait pas : l’intelligence économique. Il décrit cette discipline comme un ensemble de pratiques issues du renseignement militaire, visant à analyser des données pour aider un dirigeant à prendre les bonnes décisions et à gagner des avantages compétitifs. C’est une révélation. Il se forme, obtient une maîtrise puis un master, et travaille pour un cabinet de conseil sur des sujets d’avenir pour de grands groupes comme GDF Suez.

Cette période lui permet de maîtriser l’art d’analyser des environnements complexes, de cartographier les acteurs et de comprendre les enjeux de pouvoir, des compétences qui se révéleront cruciales pour la suite.

Les premières années en freelance

Lassé du salariat, où il se sent bridé, Mathias Abramovicz commence à aider des amis à structurer leurs projets. Il s’associe finalement avec le gérant d’une boîte de post-production pour lancer une agence de production transmédia. Les trois premières années sont difficiles. Il ne se verse qu’un très faible salaire et doit cumuler son activité avec un statut d’auto-entrepreneur pour survivre. Il raconte comment il a construit sa notoriété en s’investissant bénévolement dans des associations professionnelles de son secteur. En donnant de son temps et de ses compétences, il devient une figure identifiée et crédible, ce qui lui apporte ses premiers clients.

Cette stratégie de réseau, basée sur l’engagement et la générosité, est l’une des clés qu’il partage pour se faire connaître quand on démarre sans carnet d’adresses.

Piloter son activité comme une entreprise

Pour Mathias Abramovicz, un freelance n’est pas juste un individu qui vend son temps, c’est une véritable structure économique qui doit être pilotée. Il insiste sur l’importance de briser le fantasme de l’improvisation et de mettre en place un système rigoureux, souvent matérialisé par de simples tableaux Excel. Sa méthode repose sur la définition d’objectifs personnels et professionnels selon quatre dimensions (émotionnelle, éducative, sociale et patrimoniale) et sur trois horizons de temps (un, quatre et dix ans). C’est en partant de ses propres besoins et ambitions, et non du prix du marché, qu’un indépendant doit calculer son tarif journalier.

Il explique que cette approche analytique permet de prendre des décisions rationnelles, de savoir dire non et de construire une activité durable, bien au-delà de la simple survie.

Loin du mythe de la facilité

Mathias Abramovicz met en garde contre l’idéalisation du freelancing. Selon lui, être indépendant peut se révéler « pire qu’être salarié » en matière de sécurité, de routine et de charge de travail. Il déconstruit l’image du nomade digital travaillant depuis une plage, rappelant la précarité du statut : pas de chômage, pas de congés payés, une retraite incertaine et une grande solitude face aux difficultés. Il encourage ceux qui rêvent d’indépendance à d’abord se confronter à la réalité, à multiplier les expériences en entreprise pour comprendre différents modèles et surtout, à faire un travail d’introspection pour s’assurer que ce mode de vie correspond vraiment à leurs aspirations profondes.

Son conseil principal est de ne jamais se lancer sur un fantasme, mais sur une analyse concrète du marché et de soi-même.

Mathias Abramovicz nous recommande…

  • « Abaisser d’une sagesse » — Swamiji Pranjanapad, un livre de sagesse indienne à ouvrir au hasard pour une réflexion quotidienne.
  • « De la brièveté de la vie » — Sénèque, un classique sur la gestion du temps et le sens de l’existence.
  • « L’art subtil de s’en foutre », un ouvrage pour apprendre à prioriser ce qui compte vraiment.
  • « Competing Against Luck » — Clayton Christensen, pour comprendre comment répondre aux vrais besoins d’un marché.
  • « Hooked », pour analyser les mécanismes qui rendent les produits et services addictifs.
  • « How to Fail at Almost Everything and Still Win Big », un livre qui prône la mise en place de systèmes plutôt que la poursuite d’objectifs flous.
  • « Lean Analytics » — Alistair Croll, une référence pour piloter une startup avec des données tangibles.
  • « How to Measure Anything » — Douglas Hubbard, un ouvrage exigeant mais fondamental sur l’analyse et la mesure.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Julien et Rémy (associés d’Igniting Kingdom), Guillaume Ledieu-Deville, Pierre Dubois, Michel Abervé, Pierre Samuel Gage, Swamiji Pranjanapad, Sénèque, Clayton Christensen, Alistair Kroll, Douglas Hubbard.
  • Organisations et entreprises : STAPS, ANESTAPS (Association Nationale des Étudiants en STAPS), FAGE, Université Paris Descartes (Paris 5), Université Marne-la-Vallée, Igniting Kingdom, HEC, École 42, Polytechnique, Station F, McDonald’s, EURSCG, Publicis, GDF Suez (Engie), MEDEF.
  • Concepts : intelligence économique, design thinking, transmédia, brand content, inbound marketing, auto-entrepreneur, élections prud’homales.
  • Outils et tests : MBTI, Ennéagramme.

Au fil de l’épisode

  • Son parcours scolaire : le bac S raté une première fois et son entrée en STAPS en 2003.
  • La menace sur son diplôme et son engagement dans le mouvement étudiant à 19 ans.
  • L’organisation de manifestations étudiantes rassemblant jusqu’à 15 000 personnes.
  • Sa prise de conscience : pour changer les choses, il faut comprendre le système.
  • Son travail sur les élections prud’homales pour les employeurs de l’économie sociale.
  • Sa période de doute et de voyage après cette première expérience professionnelle.
  • La découverte de l’intelligence économique grâce à une rencontre clé.
  • Sa formation et ses premières missions dans le conseil en stratégie et intelligence économique.
  • Le passage au salariat dans une entreprise où il ne s’épanouit pas.
  • Le lancement de sa première boîte, une agence de production transmédia, en parallèle de son emploi.
  • Les trois premières années de galère en tant qu’indépendant.
  • Comment il a bâti son réseau en s’investissant bénévolement dans des associations professionnelles.
  • L’importance d’analyser un marché et de trouver des communautés de clients insatisfaits.
  • Sa méthode pour se fixer des objectifs sur 4 dimensions (émotionnelle, éducative, sociale, patrimoniale).
  • Comment calculer son tarif journalier en partant de ses besoins et non du marché.
  • La nécessité de se spécialiser pour être performant sur un segment précis.
  • Les différents types de clients (particuliers, TPE, grands comptes) et leurs cycles de vente.
  • Pourquoi un freelance doit se penser comme une entreprise et piloter son activité.
  • La critique du fantasme du freelance : la réalité du manque de sécurité et de la charge de travail.
  • Pourquoi être salarié est parfois une bien meilleure option.
  • Sa vision de l’éducation et du décalage entre les formations et les réalités du travail.
  • Son meilleur investissement : donner de son temps aux autres sans rien attendre en retour.

FAQ

Qui est Mathias Abramovicz ?

Mathias Abramovicz est un consultant, formateur et entrepreneur. Son parcours a débuté par un engagement fort dans le syndicalisme étudiant alors qu’il était en STAPS. Il s’est ensuite spécialisé en intelligence économique avant de se lancer comme indépendant. Aujourd’hui, il accompagne des startups et des freelances, notamment au sein de l’incubateur HEC à Station F, en leur transmettant des méthodes pour structurer leur stratégie et piloter leur activité.

Quelle est la méthode de Mathias Abramovicz pour se fixer des objectifs ?

Il propose un système pour définir ses objectifs personnels et professionnels selon quatre dimensions : émotionnelle (ce que l’on veut ressentir), éducative (ce que l’on veut apprendre), sociale (sa contribution aux autres) et patrimoniale (ce que l’on veut acquérir). Ces objectifs sont ensuite projetés sur trois horizons de temps : à court terme (1 an), à moyen terme (4 ans) et à long terme (plus de 10 ans). Cette matrice permet d’avoir une vision claire et alignée de sa trajectoire.

Comment trouver ses premiers clients en freelance selon Mathias Abramovicz ?

Il conseille de ne pas chercher à créer un besoin, mais à identifier des communautés de personnes déjà insatisfaites par les solutions existantes. Pour se faire connaître, il recommande de s’investir dans des associations professionnelles de son secteur. En donnant de son temps et de ses compétences bénévolement, on devient un acteur reconnu et crédible, ce qui génère naturellement des opportunités et des recommandations au sein de son écosystème.

Pourquoi le freelancing n’est-il pas une solution miracle selon lui ?

Mathias Abramovicz met en garde contre la vision idéalisée du freelancing. Il souligne que ce statut implique une grande précarité (pas de sécurité de l’emploi, pas de congés payés, retraite à construire soi-même) et une charge de travail souvent plus lourde que dans le salariat. Un indépendant doit non seulement produire, mais aussi piloter son entreprise, ce qui demande des compétences en gestion et en vente. Il considère que le salariat est souvent une meilleure option pour de nombreuses personnes.

Qu’est-ce que l’intelligence économique ?

Selon la définition qu’en donne Mathias Abramovicz dans l’épisode, l’intelligence économique est une démarche issue du renseignement militaire. Elle consiste à collecter et analyser de l’information (veille), à la transformer en analyse stratégique pour comprendre un environnement, et à l’utiliser comme une aide à la décision pour un dirigeant. L’objectif est de gagner des avantages compétitifs et de sécuriser son organisation.

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