Un ashram et un village
Au cœur de l’Eure-et-Loir, non loin du Perche, se trouve la ferme du Plessis, un ancien domaine fortifié du XIIIe siècle. Depuis 2002, elle abrite le Centre Amma, un ashram inspiré par la figure spirituelle et humanitaire indienne Amma. C’est dans ce cadre que Mathieu Labonne, touché par son enseignement qui relie spiritualité et engagement concret, a imaginé un projet complémentaire. Constatant que de nombreuses familles proches du centre aspiraient à un mode de vie plus cohérent écologiquement sans pour autant adopter le mode de vie communautaire de l’ashram, il a co-initié la création de l’éco-hameau du Plessis sur un terrain voisin de quatre hectares.
Ce projet, conçu pour accueillir 28 familles, offre une alternative : des maisons individuelles avec des jardins et des bâtiments communs, permettant de conjuguer intimité familiale et vie collective intense, à seulement 200 mètres du centre spirituel.
La force du collectif
L’éco-hameau ne se résume pas à un simple lotissement écologique. Ses habitants partagent des valeurs fortes, souvent inspirées par l’enseignement d’Amma, qui créent un socle de confiance mutuelle. Cette confiance est la clé de voûte de leur organisation, qui s’appuie sur une gouvernance participative héritée des quinze ans d’expérience du Centre Amma. Inspirée de la sociocratie, elle repose sur un comité de pilotage et des pôles thématiques (jardin, accueil, etc.) où les habitants s’impliquent. L’objectif est de décider collectivement tout en déléguant efficacement, pour éviter l’écueil du « tout le monde décide de tout ».
La mutualisation est au cœur du projet : phytoépuration pour les eaux usées, buanderies, chambres d’amis collectives, salle polyvalente, potagers et vergers. « On y partage tout ce qui est assez facile de mutualiser sans remettre en cause ce besoin d’intimité », explique Mathieu Labonne.
L’équilibre d’une vie engagée
Pour Mathieu Labonne, comme pour beaucoup de résidents, le principal défi est de trouver l’harmonie entre la vie familiale, la vie professionnelle et le temps consacré au collectif. Cet équilibre, explique-t-il, est une quête permanente qui nourrit différentes facettes de son être. Loin de voir cet engagement comme une contrainte, il le considère comme une source d’apprentissage et d’épanouissement. Sa spiritualité, et notamment son lien avec Amma, joue un rôle central pour se ressourcer et maintenir le cap face à un rythme de vie intense.
Il voit dans cette articulation entre vie intérieure et action dans le monde une forme de « karma yoga », la voie de l’action désintéressée. « Ma principale source d’apprentissage, c’est ce que je vis, c’est mon engagement, c’est mes erreurs », confie-t-il. C’est cette philosophie qui anime le projet : faire de la vie quotidienne un chemin de croissance personnelle et collective.
S’intégrer au territoire
L’implantation de l’éco-hameau et du Centre Amma n’a pas été sans difficultés. Mathieu Labonne raconte qu’il y a quinze ans, ils étaient perçus par certains locaux comme « une secte qui s’installait ». Avec le temps, la méfiance a laissé place à la confiance, notamment grâce à l’exemplarité. En rénovant le patrimoine, en développant des jardins écologiques et en montrant leur ardeur au travail, les membres de la communauté ont prouvé leur attachement au territoire. Aujourd’hui, le projet est un véritable vecteur de dynamisme pour une région rurale en déclin.
L’installation de maraîchers bio, la création d’une épicerie-café associative dans le village, ou encore l’implication de membres de l’éco-hameau dans le conseil municipal sont autant de signes d’une intégration réussie. Le projet attire de nouvelles familles et contribue à faire de ce petit village de la Beauce un modèle de transition.
Le fameux facteur humain
Aucun projet collectif n’échappe aux tensions. Mathieu Labonne aborde avec lucidité ce qu’il nomme le « PFH », le « Putain de Facteur Humain ». Pour gérer les conflits, la communauté s’appuie sur plusieurs outils : une gouvernance claire pour les questions d’organisation, des espaces de médiation pour les tensions relationnelles, et une incitation au travail sur soi pour les difficultés individuelles. Mais au-delà des méthodes, il insiste sur l’importance d’un socle plus profond : la fraternité.
« Ce n’est pas une relation d’amitié, ce n’est pas une relation de collaboration, de travail, c’est une autre forme de relation », explique-t-il. C’est ce lien, cultivé par des moments de partage informels et une vision commune, qui permet au groupe de traverser les épreuves et de maintenir la cohésion sur le long terme.
Pour aller plus loin
- Le site de Kaizen Magazine
- Le site du mouvement Colibris
- Le site de la Coopérative Oasis
- Le site d’Alexandre Sattler, réalisateur du podcast
- La page Facebook de Gaia Images
- Le compte Instagram de Gaia Images
Les références de l’épisode
- Personnes : Amma, Claire (fondatrice de l’épicerie bio).
- Lieux et organisations : Éco-hameau du Plessis, Centre Amma, OTW France, Coopérative Oasis, Colibris, Eure-et-Loir, Beauce, Perche, Pongouin.
- Concepts : Karma yoga, sociocratie, ASL (Association Syndicale Libre), PFH (Putain de Facteur Humain), les quatre cadrans de Kenville.
Au fil de l’épisode
- Présentation du Centre Amma, un ashram installé dans une ferme fortifiée du XIIIe siècle en Eure-et-Loir.
- Le lien du centre avec Amma, figure spirituelle et humanitaire indienne.
- Le parcours de Mathieu Labonne et la naissance de l’idée de l’éco-hameau.
- Le projet de l’éco-hameau : 28 familles sur 4 hectares, pour allier intimité et vie collective.
- Les valeurs et les espaces mutualisés : buanderies, chambres d’amis, jardins, phytoépuration.
- Le modèle de gouvernance participative, inspiré de la sociocratie et de l’expérience du Centre Amma.
- Le défi de l’équilibre entre vie familiale, vie professionnelle et engagement collectif.
- La spiritualité comme source d’énergie et de ressourcement.
- La vie comme un chemin spirituel en action, ou « karma yoga ».
- Le respect mutuel entre les habitants, qu’ils soient engagés ou non au Centre Amma.
- L’importance d’un socle spirituel pour la cohésion d’un projet de grande taille.
- L’intégration au territoire : comment la communauté est passée du statut de « secte » à celui d’acteur de la revitalisation locale.
- Exemples concrets de dynamisation : épicerie bio, maraîchage, implication dans la vie municipale.
- La vision d’un développement en « archipel » de projets autonomes et interconnectés.
- Les besoins actuels du projet, notamment la recherche de familles avec de jeunes enfants.
- Le processus pour rejoindre l’éco-hameau : statut d’ASL, apport financier et auto-construction.
- Les contraintes d’éco-construction : toilettes sèches, matériaux locaux (paille, bois), respect de l’architecture locale.
- Les bénéfices économiques du vivre-ensemble : réduction des coûts de construction et de fonctionnement.
- La gestion du « Putain de Facteur Humain » (PFH) et des conflits.
- La fraternité, socle essentiel pour surmonter les tensions et assurer la pérennité du collectif.
FAQ
Qui est Mathieu Labonne ?
Mathieu Labonne est l’un des fondateurs de l’éco-hameau du Plessis, en Eure-et-Loir. Engagé de longue date auprès de la figure spirituelle Amma, il a souhaité créer un lieu de vie permettant de concilier écologie, vie de famille et spiritualité. Il est également directeur de la Coopérative Oasis, une organisation qui soutient le développement des écolieux en France. Son parcours illustre la volonté de relier engagement intérieur et action concrète pour la société.
Qu’est-ce que l’éco-hameau du Plessis ?
L’éco-hameau du Plessis est un projet d’habitat participatif et écologique situé en Eure-et-Loir, à proximité du Centre Amma. Il rassemble 28 familles qui ont fait le choix d’un mode de vie basé sur la sobriété, l’autonomie et le respect de la nature. Chaque famille est propriétaire de sa maison, construite avec des matériaux écologiques, tout en partageant des espaces et des équipements communs (jardins, buanderie, salle polyvalente) gérés collectivement.
Quel est le lien entre l’éco-hameau et le Centre Amma ?
L’éco-hameau a été initié par des personnes fréquentant le Centre Amma, un ashram voisin. Le projet est né du désir de vivre selon des valeurs écologiques et spirituelles similaires, mais dans un cadre offrant plus d’intimité que la vie en communauté de l’ashram. Bien que les deux entités soient distinctes, elles partagent un lien fort, des valeurs communes et une vision du monde, ce qui crée un socle de confiance et de fraternité essentiel à la vie du hameau.
Comment fonctionne la vie collective à l’éco-hameau du Plessis ?
La vie collective repose sur une gouvernance participative inspirée de la sociocratie. Les décisions importantes sont prises collectivement, mais la gestion quotidienne est déléguée à des pôles thématiques (jardin, bâtiments, etc.). Les habitants contribuent à la vie du lieu à hauteur de quelques heures par semaine. L’organisation vise à équilibrer les besoins du collectif et la souveraineté de chaque famille, en s’appuyant sur la confiance et la responsabilité de chacun.
Qu’est-ce que le « PFH » mentionné dans l’épisode ?
Le « PFH » est l’acronyme de « Putain de Facteur Humain ». C’est une expression utilisée par Mathieu Labonne pour désigner l’ensemble des défis, tensions et conflits inhérents à toute vie en communauté. Il explique que pour gérer ce facteur humain, au-delà des outils de gouvernance, le plus important est de cultiver un lien de fraternité, un socle de confiance et d’affection qui permet de se dire les choses et de surmonter les difficultés ensemble.
