Naturaliste d’abord, photographe ensuite
Maxime Aliaga aime préciser l’ordre des mots : il se dit « naturaliste photographe » plutôt que « photographe naturaliste », parce que, pour lui, la nature compte davantage que l’image qu’on en tire. Formé par des études naturalistes, il commence comme assistant de terrain pour des chercheurs et des doctorants, notamment sur les oiseaux, et passe des mois dans des forêts reculées au contact des scientifiques et des populations locales. De ce privilège naît un besoin : témoigner de la beauté du vivant, mais aussi de sa fragilité. La photo devient alors un outil de sensibilisation plus qu’une fin en soi. Il se souvient de ses débuts avec tendresse — une de ses toutes premières images naturalistes est un petit azuré, un papillon bleu photographié dans le sud de la France, à l’époque des balbutiements de Photoshop — et situe son vrai déclic à la première publication dans un magazine, une double page dans Terre Sauvage autour de 2006, encore un papillon.
Sa vie de photographe est très découpée : entre deux expéditions, l’appareil peut rester trois ou quatre mois dans le sac. Un rythme cyclique qu’il apprécie, car il retrouve à chaque reprise l’excitation, et un peu l’appréhension, du premier jour.
« Pongo », les orangs-outans de Sumatra en auto-édition
Le tournant, c’est l’orang-outan. Depuis plusieurs années, Maxime Aliaga documente le travail d’une ONG indonésienne de conservation, à qui il propose ses images en échange d’un accès au terrain. En 2017, alors qu’il part pour la première fois à Sumatra, l’association lui apprend qu’une population d’orangs-outans isolée s’apprête à être décrite comme une nouvelle espèce — l’orang-outan de Tapanuli, annoncé au monde le 17 novembre 2017 — mais qu’il n’en existe aucune image. Il accepte trois semaines d’expédition dans la forêt escarpée de Batang Toru : six à sept heures de marche jusqu’au camp de base, puis la vie sous des bâches pour tenter d’apercevoir l’animal. Ses rares photos, dont une femelle et son bébé, feront le tour de la presse scientifique mondiale au moment de la découverte. En 2019, il remporte le Grand Prix du festival international de la photographie animalière et de nature de Montier-en-Der.
De cet engagement naît « Pongo », qu’il présente comme le premier livre en français entièrement consacré aux orangs-outans. Il choisit l’auto-édition — conseillé par un large réseau d’amis photographes échaudés par certaines maisons — et finance le projet par une campagne de crowdfunding, bouclée à 100 % en moins de dix jours. Huit mois de travail, 350 exemplaires à expédier lui-même, et une conviction : sans les contributeurs, le livre n’aurait pas existé. Ses conseils pour se lancer tiennent en trois mots — anticiper le budget, tenir sa timeline, savoir communiquer avec justesse.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Tim Laman — photographe américain, spécialiste des oiseaux de paradis, cité par Maxime Aliaga comme une inspiration et son parrain au sein de la ligue des photographes de conservation
- Festival international de la photographie animalière et de nature de Montier-en-Der — où il remporte le Grand Prix 2019
- Ligue internationale des photographes de conservation (iLCP) — collectif dont il est membre associé
Au fil de l’épisode
- 00:00:14 — Présentation de Maxime Aliaga
- 00:01:17 — Un parcours d’études naturalistes
- 00:02:13 — Naturaliste photographe ou photographe naturaliste ?
- 00:02:58 — De l’assistanat scientifique à la photographie
- 00:07:05 — La première photo : un papillon bleu
- 00:08:12 — La première image publiée dans un magazine
- 00:08:52 — Ses inspirations, dont Tim Laman
- 00:10:27 — L’appareil qui dort des mois dans le sac
- 00:12:09 — L’orang-outan de Tapanuli, une nouvelle espèce
- 00:13:43 — Trois semaines d’expédition à Sumatra
- 00:15:06 — Des images qui font le tour du monde
- 00:17:21 — Pourquoi l’auto-édition plutôt qu’un éditeur
- 00:19:32 — Financer « Pongo » par le crowdfunding
- 00:22:14 — Ses conseils pour se lancer en auto-édition
- 00:24:04 — Le mot de la fin
FAQ
Qui est Maxime Aliaga ?
Maxime Aliaga est un photographe naturaliste originaire du sud de la France. Formé par des études naturalistes, il a d’abord été assistant de terrain pour des scientifiques avant de se consacrer à la photographie de conservation. Il place la nature au-dessus de l’image et utilise la photo comme un outil de sensibilisation, notamment autour des espèces menacées.
Quel est le livre de Maxime Aliaga ?
Son livre s’intitule « Pongo ». Sorti en 2020 et auto-édité, il est présenté comme le premier ouvrage en français entièrement consacré aux orangs-outans sauvages et à leur protection. Il est le fruit de plusieurs années de reportages dans les forêts d’Indonésie, au contact d’une ONG de conservation.
Qu’est-ce que l’orang-outan de Tapanuli ?
C’est une espèce d’orang-outan décrite officiellement le 17 novembre 2017, qui vit dans une zone reculée de Sumatra. Maxime Aliaga a été l’un des premiers photographes au monde à l’immortaliser, lors d’une expédition dans la forêt de Batang Toru ; ses images ont illustré la découverte dans la presse mondiale.
Comment Maxime Aliaga a-t-il financé « Pongo » ?
Il a financé le livre par une campagne de crowdfunding, en s’appuyant sur son audience sur les réseaux sociaux. L’objectif a été atteint en moins de dix jours. Il insiste sur l’importance d’anticiper le budget, de tenir une timeline précise et de bien présenter le projet pour toucher le public.
Quelle est la démarche de Maxime Aliaga ?
Sa démarche est celle d’un photographe de conservation : mettre son image au service de la protection des espèces et de la nature. Il garde un lien étroit avec le monde scientifique, choisit ses sujets en fonction d’enjeux de préservation, et espère que ses photos auront un impact positif, notamment auprès du jeune public.
