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Wave Storia

Épisode #151 – Turquie et compression vidéo

<p>Comment passe-t-on de la photo à la vidéo sans se perdre dans le jargon technique ? Le vidéaste Patrick Pilon raconte sa reconversion, du photojournalisme vers l'image animée, et partage un retour d'expérience concret sur son passage à un métier voisin mais différent.</p><p>Il prend surtout le temps d'expliquer simplement des notions qui effraient souvent les débutants : le 4:2:2, le 8 et 10 bits, le profil log ou encore la compression vidéo. Un épisode idéal pour démystifier la technique et franchir le cap en confiance.</p>

Du photojournalisme au métier de vidéaste : matériel Fujifilm, 4:2:2 et compression vidéo expliqués

Comment passer de la photo à la vidéo quand on est photographe ? Dans ce 151e épisode d’Objectif Numérique, le journaliste devenu vidéaste Patrick Pilon raconte sa reconversion depuis la Turquie et démystifie la compression vidéo : 4:2:2, 8 et 10 bits, log et codecs y deviennent enfin compréhensibles.

Du photojournalisme au métier de vidéaste : matériel Fujifilm, 4:2:2 et compression vidéo expliqués

Patrick Pilon, déjà venu à l’épisode 35 du podcast, effectue un retour comme correspondant en Turquie. Ancien journaliste à Radio-Canada dans la région d’Ottawa-Gatineau pendant dix ans, il a suivi sa conjointe à Ankara et y a vécu un changement de carrière. Habitué d’un workflow mobile sur le terrain (téléphones, tablettes, une Sony RX10), il faisait déjà du photojournalisme tout en se considérant comme un producteur de contenu davantage que comme un artiste. Une fois installé, il a choisi de se convertir en vidéaste, convaincu que la vidéo vit aujourd’hui une révolution comparable à celle qu’a connue la photo avec les smartphones : moyens de production plus accessibles, mais expertise rare et précieuse, notamment sur la technique et le storytelling.

Apprendre la vidéo en autodidacte par les plateformes en ligne

Sans formation de vidéaste, Patrick Pilon a appris par lui-même. Les bases rejoignent celles de la photo — cadrage, composition — mais la grande différence est de penser le mouvement de l’image. Il décrit la courbe classique : on progresse vite au début parce qu’on ne comprend pas encore tout, puis chaque connaissance nouvelle rend les anciens projets « plus laids ». Le soir, au lieu de regarder des séries, il enchaînait des formations, notamment sur LinkedIn Learning (ex-lynda.com), sa plateforme favorite à une trentaine de dollars par mois, qu’il juge la plus professionnelle. Il a aussi puisé dans Skillshare, Udemy et de nombreux tutoriels YouTube.

Choisir son matériel : la Fujifilm X-H1 et l’arsenal d’objectifs

Le grand questionnement a porté sur le matériel. Travaillant beaucoup en run and gun — filmer des événements en cours, bouger d’une prise à l’autre —, il cherchait un système compact et stabilisé. Sa X-T10 ne suffisait pas : aucune de ses optiques fixes (18 mm f/2, 35 f/1.4, 60 macro) ni le boîtier n’étaient stabilisés. Il a hésité entre le Panasonic GH5 (micro 4/3) et le Sony A7R III, regardé même des caméras vidéo Canon C200/C300 dépassant 10 000 $, avant que Fujifilm ne dévoile la X-H1, stabilisée, capable de 4K et de ralentis à 120 images par seconde.

La présence d’un magasin Fujifilm à Ankara, avec un service de réparation rapide et gratuit, a achevé de le convaincre — lui qui avait toujours acheté en ligne découvre la valeur du conseil en boutique. Il a depuis bâti un arsenal de six ou sept objectifs (16-55 f/2.8, 50-140 f/2.8) et ajouté une X-T3 en seconde caméra. La qualité d’encodage l’a séduit : 100 Mbps en HD et 200 Mbps en 4K sur la X-H1, jusqu’à 400 Mbps en 4K sur la X-T3, soit bien moins de compression que les 100 Mbps de la Sony A7R III.

Stabilisation, éclairage et gimbal : les défis du terrain

La stabilisation reste le plus grand défi : tout bouge, et plus on zoome, plus cela se voit. Le mouvement de caméra fait la différence entre une vidéo amateur « fromagée » et un rendu professionnel. Les anciennes solutions (grues, jibs, stabilisateurs corporels) ont laissé place aux gimbals, ces cardans qui tiennent dans la main — mais Patrick Pilon prévient : ce n’est pas magique. L’engin se balance, fait perdre le contrôle du focus et exige de réfléchir à quand on en a vraiment besoin. Une astuce : filmer à main nue à 120 images par seconde, en utilisant le viseur comme troisième point d’ancrage, permet de transformer un petit balancier d’une seconde en cinq secondes de ralenti quasi sans vibration. Le prix à payer est le bruit en basse lumière, particulièrement laid en vidéo car « il grouille ». Côté éclairage, il a longtemps vécu dans le déni avant d’adopter de petites lampes Aperture alimentables sur batteries USB-C pour rester portable.

Comprendre le 4:2:2, le 8/10 bits et le log

Le cœur technique de l’épisode démystifie le fameux 4:2:2. Sur huit pixels, le 4:4:4 non compressé porte la luminance et la couleur RGB partout ; le 4:2:2 garde la luminance sur tous les pixels mais la couleur sur un sur deux ; le 4:2:0 sur un sur quatre. Comme l’œil perçoit davantage la luminance que la couleur, on n’y voit que du feu — sauf dans les dégradés et l’étalonnage. Vient ensuite la profondeur de couleur : le 8 bits offre 256 tons par couleur, soit 16 777 216 couleurs ; le 10 bits, 1024 tons, soit plus d’un milliard de couleurs.

Le boîtier Fuji filme en 4:2:0 en interne, mais un enregistreur externe permet le 4:2:2. Patrick Pilon explique aussi le log (F-log chez Fuji, S-log chez Sony), équivalent du RAW en photo : une image laiteuse et plate qui reporte les choix de contraste et de couleur en post-production, lors du color grading (la tendance « teal and orange »). Il évoque enfin le codec H.265, bien plus lourd à décompresser que le H.264, au point d’avoir eu raison de son ordinateur de trois ans avec les 400 Mbps de la X-T3. Et il distingue bien deux choix indépendants : le sous-échantillonnage (4:2:0 / 4:2:2) et le débit en mégabits par seconde, qui mesure la quantité d’information.

Instagram, IGTV et la consommation de photo

Le tour de table s’attarde sur les réseaux. Maxime, qui a géré le compte Instagram de Tourisme Montréal (266 000 abonnés, mot-clic #MTLMoments utilisé plus de 2,2 millions de fois), constate que les comptes ne croissent plus vraiment : les gens consomment la photo sans s’abonner ni établir de lien personnel, contrairement à Facebook. Il signale aussi qu’IGTV est un flop — son bouton dédié disparaît de l’application — et que la messagerie Instagram devrait arriver sur ordinateur. Pour faire croître un compte aujourd’hui, c’est plutôt TikTok qu’il faut viser. Du côté de Patrick, l’épisode se savoure surtout à l’écoute pour son récit de la quête aux flamants roses sur un lac de sel turc, immortalisés grâce à une 100-400 empruntée au magasin Fujifilm d’Ankara.

Foire aux questions

Comment passer de la photo à la vidéo quand on est déjà photographe ?

Pour passer de la photo à la vidéo, Patrick Pilon a appris en autodidacte via des plateformes de formation en ligne comme LinkedIn Learning, Skillshare et Udemy, complétées par des tutoriels YouTube. Les bases (cadrage, composition) se rejoignent, mais la vidéo impose de penser le mouvement de l’image et le storytelling.

Que signifie le 4:2:2 en vidéo ?

Le 4:2:2 décrit le sous-échantillonnage de la couleur. Sur un groupe de pixels, chaque pixel conserve l’information de luminance, mais seul un pixel sur deux conserve l’information de couleur. Le 4:4:4 garde la couleur partout (non compressé) et le 4:2:0 ne la conserve que sur un pixel sur quatre.

Quelle différence entre 8 bits et 10 bits en vidéo ?

Le 8 bits offre 256 tons par couleur, soit 16 777 216 couleurs au total, tandis que le 10 bits offre 1024 tons par couleur, soit plus d’un milliard de couleurs. Le 10 bits conserve donc beaucoup plus d’information, ce qui fait une grande différence dans les ciels, les dégradés et l’étalonnage colorimétrique.

Pourquoi Patrick Pilon a-t-il choisi la Fujifilm X-H1 pour la vidéo ?

La Fujifilm X-H1 a été choisie parce qu’elle est stabilisée dans le boîtier, fait de la 4K et des ralentis à 120 images par seconde, tout en restant compacte pour travailler en run and gun. La proximité d’un magasin Fujifilm à Ankara, au service de réparation rapide et gratuit, a achevé de convaincre Patrick Pilon.

Qu’est-ce que filmer en log et à quoi ça sert ?

Filmer en log (F-log chez Fuji, S-log chez Sony) est l’équivalent vidéo du format RAW en photo : l’image obtenue est plate et laiteuse, sans contraste ni saturation. Le log conserve davantage de plage dynamique et d’information, ce qui reporte les choix artistiques de contraste et de couleur sur l’étalonnage en post-production.

Le sous-échantillonnage 4:2:2 est-il lié au débit en mégabits par seconde ?

Non, ce sont deux choix indépendants. Le 4:2:2 ou 4:2:0 décrit la quantité d’information de couleur conservée, tandis que le débit en mégabits par seconde (100, 200 ou 400 Mbps) mesure la quantité totale d’information : plus il est élevé, plus le fichier contient d’information mais plus il est difficile à traiter.

Un gimbal suffit-il à rendre une vidéo professionnelle ?

Non, le gimbal n’est pas magique. Il permet de superbes mouvements stabilisés mais reste contraignant : il faut le balancer sur une surface plate, il fait perdre le contrôle du focus et n’est pas toujours nécessaire. Filmer à main nue à 120 images par seconde, viseur comme troisième appui, donne aussi des ralentis quasi sans vibration.

Les chiffres de l’épisode

  • X-H1 : 100 Mbps en HD, 200 Mbps en 4K
  • X-T3 : 200 Mbps en HD, 400 Mbps en 4K
  • Sony A7R III : 100 Mbps en HD comme en 4K
  • Ralentis jusqu’à 120 images par seconde
  • 8 bits = 256 tons par couleur, soit 16 777 216 couleurs
  • 10 bits = 1024 tons par couleur, soit plus d’un milliard de couleurs
  • Moins de 5 minutes de RAW vidéo remplissent une carte de 128 Go
  • LinkedIn Learning : environ 30 $ par mois
  • Compte Instagram de Tourisme Montréal : 266 000 abonnés
  • Mot-clic #MTLMoments : plus de 2,2 millions d’utilisations
  • Objectif Pentax 70-210 f/4 : 1200 € taxes incluses (~1100 $ US)
  • Objectif Fisheye Laowa 4 mm f/2.8 : champ de vision de 210 degrés

Références

  • Patrick Pilon
  • Radio-Canada
  • Sony RX10
  • LinkedIn Learning (lynda.com)
  • Skillshare
  • Udemy
  • Adobe Premiere
  • Fujifilm X-Pro1
  • Fujifilm X-T10
  • Fujifilm X-H1
  • Fujifilm X-T3
  • Panasonic GH5
  • Sony A7R III
  • Canon C200 / C300
  • Sony A7R II
  • Google Pixel 4 / Pixel 4 XL
  • Samsung Galaxy S10
  • Tourisme Montréal
  • Pentax
  • Laowa
  • Tamron 70-200
  • Canon 1DX Mark III
  • Gerald Undone
  • Camera Conspiracies
  • Olivier Schmitt
  • Noah Kalina
  • Ben Zank
  • SAT (Société des arts technologiques)

Le lien de l’épisode

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