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Rencontre avec Philippe Pérennes

Professeur depuis plus de trente ans à l’école Steiner-Waldorf de Colmar, Philippe Pérennes nous ouvre les portes d’une pédagogie alternative. Il retrace l’histoire de ce mouvement né en 1919 sous l’impulsion de Rudolf Steiner, fondé sur une vision de l’enfant comme un être complet, doté d’une dimension spirituelle. Au fil de la conversation, il partage son propre parcours, un cheminement singulier qui l’a mené de la chimie à l’horticulture, puis à la biodynamie, avant de trouver sa vocation dans l’éducation. Un témoignage éclairant sur l’art d’accompagner chaque enfant, sans le juger ni projeter d’avenir sur lui, mais en respectant son mystère et son rythme propre.

Philippe Pérennes, la pédagogie Steiner-Waldorf et le respect du rythme de l'enfant

Une autre vision de l’enfant

Philippe Pérennes enseigne depuis 1986 à l’école Steiner-Waldorf de Colmar, après une première expérience en Suisse dès 1982. Il rappelle les origines de cette pédagogie, née au lendemain de la Première Guerre mondiale. En 1919, à la demande des ouvriers de l’usine de cigarettes Waldorf-Astoria à Stuttgart, Rudolf Steiner fonde la première école. Le projet repose sur une idée forte, à contre-courant des visions traditionnelles : l’enfant n’est pas un « sac vide » à remplir de connaissances. Au contraire, la pédagogie Steiner-Waldorf considère que chaque être humain possède une dimension plus grande que ce que l’on perçoit, une part impondérable, voire spirituelle, qu’il s’agit de respecter et de faire grandir.

Cette approche se refuse à formater les élèves pour en faire de futurs consommateurs ou à les enfermer dans des schémas préconçus. « On considère que l’être humain, il a une dimension impondérable, qu’on peut appeler spirituel si on veut, […] il y a quelque chose dans lui qui est plus grand que ce qu’on voit. »

Du minéral à l’humain

Le parcours de Philippe Pérennes est lui-même un exemple de cheminement non linéaire. Né en 1956, il commence par des études de chimie-physique à Paris, au contact de la matière inerte. Changeant radicalement de voie, il se tourne ensuite vers le vivant en se formant à l’aménagement des jardins et espaces verts. Cette expérience avec les plantes le mène à s’intéresser à l’alimentation, puis à la biodynamie. C’est une révélation : il y découvre une conception « cosmique » du végétal, bien plus large que l’approche purement technique de l’horticulture traditionnelle. Cette vision holistique, qui envisage la plante en lien avec la terre et les forces de l’univers, le pousse à s’interroger.

Après avoir travaillé avec les plantes, puis les animaux dans une ferme en Suisse, il ressent l’envie de se consacrer à l’humain. « Si déjà une plante, on la considère comme quelque chose de tellement immense, maintenant un être humain, qu’est-ce que c’est ? » C’est ainsi qu’il rejoint un séminaire de pédagogie à Dornar et plonge dans l’étude de la nature humaine selon Rudolf Steiner, un travail qu’il poursuit encore aujourd’hui.

Accompagner le mystère

Pour Philippe Pérennes, l’expérience de l’enseignement confirme chaque jour la justesse de cette approche. Il raconte comment ses rencontres avec d’anciens élèves, parfois devenus adultes, ont systématiquement déjoué les pronostics qu’il aurait pu faire sur leur avenir. Un jeune qui frisait la délinquance peut devenir thérapeute. Cette imprévisibilité est au cœur de la pédagogie : l’enfant est une énigme, un mystère dont l’avenir lui appartient entièrement. Le rôle de l’enseignant n’est pas de le juger ou de le remplir de savoirs, mais de lui donner les outils pour qu’il puisse prendre en main les rênes de sa propre vie.

Une des particularités des écoles Steiner est que le professeur de classe suit le même groupe d’élèves pendant huit ans. Cette continuité permet de respecter le rythme de chacun. Un enfant qui peine à lire à 7, 8 ou 9 ans n’est pas mis en échec ; on lui laisse le temps nécessaire pour assimiler, sachant que ce démarrage plus lent ne l’empêchera pas de devenir un bon lecteur. « Un être humain, c’est un point d’interrogation et on ne peut pas jeter de plan sur l’avenir. Son avenir, il lui appartient. »

Les références de l’épisode

  • Pédagogie Steiner-Waldorf
  • Rudolf Steiner
  • École Steiner-Waldorf de Colmar
  • Anthroposophie
  • Biodynamie
  • Usine de cigarettes Waldorf-Astoria (Stuttgart)
  • Goetheanum
  • Dornar (Suisse)
  • Rabelais

Au fil de l’épisode

  • Présentation de Philippe Pérennes, professeur à l’école Steiner-Waldorf de Colmar depuis 1986.
  • Les origines de la première école Steiner, fondée en 1919 à Stuttgart dans l’usine de cigarettes Waldorf-Astoria.
  • Le rôle de Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie, dans la formation des premiers professeurs.
  • La vision de l’enfant dans la pédagogie Waldorf : un être avec une dimension spirituelle, au-delà du visible.
  • Le parcours personnel de Philippe Pérennes : des études de chimie-physique à l’horticulture.
  • Sa découverte de la biodynamie et d’une conception « cosmique » du monde végétal.
  • Son cheminement du minéral au vivant, puis aux animaux, et enfin son désir de travailler avec les êtres humains.
  • Comment la biodynamie l’a mené à s’interroger sur la nature humaine et à la pédagogie Steiner.
  • La difficulté initiale à comprendre les textes de Rudolf Steiner sur la nature humaine, perçus comme profonds mais complexes.
  • L’importance de ne pas projeter de préjugés ou un avenir sur un enfant, considéré comme une « énigme ».
  • Le témoignage de ses rencontres avec d’anciens élèves, qui ont déjoué tous ses pronostics.
  • Le principe du professeur de classe qui suit les mêmes élèves pendant huit ans.
  • L’exemple de l’apprentissage de la lecture, qui peut prendre plusieurs années pour certains enfants.
  • La notion de respecter le rythme d’apprentissage propre à chaque enfant.
  • L’idée que l’enfant est en partie « à l’extérieur de lui-même » et que l’éducation l’aide à « s’habiter ».
  • La différence entre un « programme scolaire » rigide et un « plan scolaire » flexible.
  • L’orientation vers une éducation artistique comme fondement de la pédagogie.

FAQ

Qui est Philippe Pérennes ?

Philippe Pérennes est professeur de classe à l’école Steiner-Waldorf de Colmar depuis 1986. Après un parcours atypique qui l’a mené de la chimie-physique à l’horticulture, il a découvert la biodynamie et l’anthroposophie. Ces approches l’ont conduit naturellement vers la pédagogie Waldorf, où il se consacre à l’éducation en respectant la vision de l’enfant propre à ce courant.

Qu’est-ce que la pédagogie Steiner-Waldorf ?

La pédagogie Steiner-Waldorf est un courant éducatif fondé par Rudolf Steiner en 1919 à Stuttgart. Elle repose sur une vision de l’être humain doté d’une dimension spirituelle. Son approche vise à accompagner le développement de l’enfant dans sa globalité, en respectant son rythme individuel et en accordant une place centrale aux activités artistiques, manuelles et au contact avec la nature.

Comment Philippe Pérennes a-t-il découvert cette pédagogie ?

Son chemin vers la pédagogie Steiner-Waldorf n’a pas été direct. Après des études scientifiques, il s’est tourné vers les métiers de la terre et a découvert la biodynamie. La vision holistique du vivant dans cette approche l’a interpellé et l’a poussé à s’intéresser à la conception de l’être humain dans l’anthroposophie, ce qui l’a finalement conduit à se former pour devenir enseignant.

Quelle est la particularité du suivi des élèves dans une école Steiner ?

Une des caractéristiques de cette pédagogie est que le professeur de classe principal accompagne le même groupe d’élèves pendant huit années consécutives. Cette longue période permet de créer un lien de confiance fort, de connaître profondément chaque enfant et de suivre son évolution sur le long terme. Cela aide à respecter le rythme d’apprentissage de chacun, sans pression de performance à court terme.

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