Un mental de survie
Pierre Frolla raconte les coulisses de ses quatre records du monde en apnée, loin de l’image romantique souvent associée à la discipline. Il se souvient d’une tentative où, après une première syncope, il a dû replonger quelques jours plus tard, se perforant le tympan à 123 mètres de profondeur. « La douleur n’est qu’une information », explique-t-il. À cette profondeur, la gestion mentale prend le pas sur tout le reste. Il ne s’agissait plus de battre un record, mais de survivre, en se concentrant uniquement sur une manœuvre technique pour empêcher l’eau de pénétrer son oreille interne et de provoquer une noyade certaine.
Pour lui, la compétition en apnée est un sport réellement extrême. « On n’est pas dans la souffrance, on est dans la survie. Si j’abandonne, je me noie et je meurs. »
Le devoir de transmettre
L’engagement de Pierre Frolla pour la transmission est né d’un sentiment de redevance. Conscient d’avoir pu réaliser son rêve de devenir apnéiste professionnel grâce à l’aide des autres, il a très tôt ressenti le besoin de « rendre ». Cet élan a été renforcé par des événements marquants, notamment la disparition de son ami et pionnier de la discipline, Loïc Leferme. Cet événement douloureux l’a conforté dans son rôle de passeur et de témoin, portant la mémoire de ceux qui ont ouvert la voie.
C’est ce qui l’a poussé à créer dès 2001 son école, aujourd’hui l’Académie Monégasque de la Mer, pour enseigner sa passion en toute sécurité et transmettre les valeurs qui lui sont chères.
Les valeurs comme boussole
Marqué dans sa jeunesse par des expériences qui l’ont « dégoûté », Pierre Frolla a trouvé dans le judo, qu’il pratiquait avant l’apnée, un code moral qui est devenu le sien. Il cite six valeurs fondamentales qui guident sa vie et son enseignement : l’honneur, le partage, la fraternité, l’engagement, l’humilité et le courage. Face à ce qu’il perçoit comme une montée de l’égocentrisme et de l’incivisme dans la société, il s’attache à incarner et à enseigner ces principes, que ce soit dans ses écoles ou dans ses conférences.
Pour lui, l’engagement total est la clé, que ce soit dans le sport ou dans la vie. « Fais-les ou ne les fais pas », assène-t-il, critiquant le manque d’investissement et l’habitude de se plaindre sans se donner les moyens.
Affronter l’inconnu
Pierre Frolla partage une anecdote fondatrice sur sa gestion de la peur. Ayant grandi avec l’imaginaire des Dents de la Mer, il avait une peur viscérale des requins, un paradoxe pour quelqu’un qui voulait explorer les grandes profondeurs. Pour surmonter cette crainte qui le paralysait, il a décidé de s’y confronter directement. Il s’est rendu à l’île de la Réunion pour nager avec des requins et a fait une découverte capitale : « le requin, c’est moi ». L’animal, en le voyant, a immédiatement fui.
Cette expérience lui a appris que « l’on a peur que d’une seule chose dans la vie, on a peur de l’inconnu ». Depuis, sa méthode consiste à affronter ce qui l’effraie pour le maîtriser, transformant la peur en un moteur pour exceller.
La fabrique d’un champion
Qu’est-ce qu’un champion du monde ? Pour Pierre Frolla, ce n’est qu’une « reconnaissance sociale » à un instant T. Le vrai champion, selon lui, est celui qui s’engage pour les autres, comme l’abbé Pierre, ou celui qui se donne les moyens d’atteindre le meilleur de lui-même, même si cela ne le mène qu’à un titre départemental. Il se montre critique envers les athlètes qui, une fois la reconnaissance acquise, privilégient les gains financiers et médiatiques au détriment de la performance sportive et de l’abnégation.
Devenu père, il raconte comment cette responsabilité a renforcé sa prudence, sans pour autant abandonner les sports à risque. « Quand tu as ton enfant, tu deviens super important », confie-t-il, soulignant son devoir de ne pas « disparaître bêtement ».
Les références de l’épisode
- Personnes : Loïc Leferme, Jacques Maillol, Enzo Mallorca, Claude Chapuis, Loïc Pietri, Charles Leclerc, Rafael Nadal.
- Organisations : École Bleue (aujourd’hui Académie Monégasque de la Mer), AIDA (Association Internationale pour le Développement de l’Apnée).
- Lieux : Monaco, Villefranche-sur-Mer, Nice, Île de la Réunion.
- Œuvres : Le Grand Bleu (film), Les Dents de la Mer (film).
Au fil de l’épisode
- Les quatre records du monde et la réalité de la compétition en apnée.
- Le récit d’une tentative de record marquée par une syncope et une perforation du tympan à 123 mètres.
- La gestion de la douleur et la différence entre la souffrance et la survie.
- La dimension mentale, plus décisive que le physique pour atteindre le plus haut niveau.
- L’hommage à Loïc Leferme, ami et pionnier de l’apnée, et l’importance du devoir de mémoire.
- La naissance de son besoin de transmettre, par sentiment de redevance envers ceux qui l’ont aidé.
- La création de l’AIDA en 1992 à Villefranche pour sécuriser la pratique de l’apnée.
- La fondation de l’École Bleue en 2001 pour enseigner et partager sa passion.
- Les sacrifices de la vie d’athlète de haut niveau et l’abnégation nécessaire.
- Ses débuts dans le judo et les six valeurs fondamentales qu’il en a tirées : honneur, partage, fraternité, engagement, humilité et courage.
- Sa vision de la société actuelle et son combat contre l’égocentrisme.
- Son paradoxe : vouloir aller au plus profond tout en ayant une peur panique des requins.
- Comment il a surmonté sa peur en allant à la rencontre des requins à La Réunion.
- Sa philosophie : on n’a peur que de l’inconnu, et le meilleur moyen de vaincre la peur est de s’y confronter.
- Son tempérament et son besoin de maîtriser les situations.
- Sa définition d’un champion du monde : une reconnaissance sociale qui ne doit pas faire oublier l’essentiel.
- La critique des dérives financières et médiatiques dans le sport de haut niveau.
- Sa reconversion préparée très tôt, en parallèle de sa carrière sportive.
- L’importance de rester ancré dans la réalité, une chose facilitée par la vie à Monaco.
- La paternité et la prise de conscience de sa responsabilité.
- Les raisons qui l’ont poussé à arrêter définitivement la compétition.
- La satisfaction d’être utile aux autres à travers son académie, qui a accueilli 4800 enfants l’année dernière.
FAQ
Qui est Pierre Frolla ?
Pierre Frolla est un apnéiste monégasque de renommée mondiale, détenteur de quatre records du monde dans la discipline. Au-delà de sa carrière de sportif de haut niveau, il est également instructeur de plongée, conférencier et co-fondateur de l’École Bleue, devenue l’Académie Monégasque de la Mer. Il se consacre aujourd’hui principalement à la transmission de sa passion et à l’éducation des jeunes aux valeurs du sport et du monde marin.
Quelles sont les valeurs qui guident Pierre Frolla ?
Pierre Frolla base sa philosophie de vie sur six valeurs fondamentales qu’il a héritées du code moral du judo, un sport qu’il a pratiqué avant l’apnée. Ces valeurs sont l’honneur, le partage, la fraternité, l’engagement, l’humilité et le courage. Il s’efforce de les appliquer au quotidien et de les transmettre aux enfants à travers ses activités pédagogiques, les considérant comme un rempart contre l’incivisme.
Comment Pierre Frolla a-t-il surmonté sa peur des requins ?
Marqué par le film Les Dents de la Mer, Pierre Frolla avait une peur profonde des requins, ce qui était un obstacle à sa passion pour les grandes profondeurs. Pour la vaincre, il a choisi de s’y confronter directement en se rendant à l’île de la Réunion pour nager avec eux. Il a alors réalisé que le requin avait plus peur de lui que l’inverse. Cette expérience lui a enseigné que l’on craint avant tout l’inconnu.
Pourquoi Pierre Frolla a-t-il créé l’École Bleue ?
Pierre Frolla a créé son école en 2001 par un sentiment de redevance. Il estime devoir sa carrière à toutes les personnes qui l’ont aidé et soutenu à ses débuts, à une époque où l’apnée était un sport naissant sans structure de formation. Créer l’École Bleue, aujourd’hui l’Académie Monégasque de la Mer, était sa manière de « rendre » ce qu’il avait reçu, en transmettant sa passion et ses valeurs en toute sécurité.
