La batterie à plat
Tout part d’une question posée à Aline lors d’une conférence pour entrepreneuses à Lyon : « Si je ne suis pas débordée et si je ne termine pas la journée en étant rincée, j’ai l’impression de ne pas travailler ». Une remarque qui illustre un rapport toxique à la productivité, très répandu chez les créateurs d’entreprise. Beaucoup choisissent cette voie pour la liberté, mais finissent par devenir leurs propres tyrans, s’imposant une charge de travail qui mène à la fatigue chronique, voire au burn-out. Aline file alors la métaphore de la batterie de téléphone : personne n’attend qu’elle soit à 0 % pour la recharger. Pourquoi s’infliger ce traitement à soi-même ?
S’autoriser à finir ses journées avec de l’énergie en réserve est essentiel. « Votre job, aujourd’hui, en tant qu’entrepreneur, ce n’est plus d’être débordé. »
Derrière la performance, l’identité
Si cette logique est facile à comprendre, elle est difficile à appliquer. La raison est souvent profonde et identitaire. Aline explique que beaucoup d’entrepreneurs ont inconsciemment associé leur valeur à leur performance. Cette croyance, souvent héritée de l’enfance, postule que l’on est aimé pour ce que l’on fait, et non pour ce que l’on est. Le mantra « travailler plus pour gagner plus » renforce cette idée, alors qu’il est plus important de travailler sur les bonnes tâches que de multiplier les heures. Se sentir obligé de s’épuiser pour se sentir légitime est un piège qui transforme l’entrepreneur en goulot d’étranglement de sa propre entreprise.
Le véritable travail d’un chef d’entreprise n’est pas d’abattre une liste de tâches infinie, mais de prendre les deux ou trois décisions stratégiques par semaine qui feront réellement avancer son activité.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Entrepreneuses Académie
Au fil de l’épisode
- L’anecdote de la conférence à Lyon qui a inspiré l’épisode.
- Le sentiment de culpabilité à l’idée de ne pas finir ses journées épuisé.
- La métaphore de la batterie de téléphone : pourquoi s’oblige-t-on à atteindre 0 % d’énergie ?
- Le vrai rôle du chef d’entreprise : prendre des décisions, pas seulement être occupé.
- La déconstruction du mythe « travailler plus pour gagner plus ».
- Le problème identitaire : lier sa valeur personnelle à sa performance.
- La nécessité de couper le lien entre l’épuisement et le sentiment de légitimité.
- Construire un business qui ne repose pas sur son propre épuisement.
FAQ
Pourquoi a-t-on l’impression de ne pas travailler si l’on n’est pas débordé ?
Selon Aline, ce sentiment vient souvent d’un problème identitaire profond. Beaucoup d’entrepreneurs ont appris, souvent dès l’enfance, à lier leur valeur personnelle à leur performance. Ils ont intégré l’idée qu’ils sont aimés pour ce qu’ils font et non pour ce qu’ils sont. Ne pas être débordé est alors perçu comme un manque d’action, et donc une remise en cause de sa propre valeur et de sa légitimité.
Quel est le vrai rôle d’un entrepreneur selon Aline ?
Le rôle d’un entrepreneur n’est pas d’être constamment débordé ou d’abattre un maximum de tâches. Son véritable travail consiste à prendre les bonnes décisions stratégiques pour faire grandir son entreprise. Aline résume cela en une idée simple : le job d’un chef d’entreprise est de prendre les deux ou trois décisions importantes par semaine qui ont un réel impact sur son business, et non de s’épuiser dans l’opérationnel.
Qu’est-ce que la métaphore de la batterie de téléphone ?
C’est une analogie utilisée par Aline pour illustrer notre rapport à l’énergie. Au quotidien, on ne laisse jamais la batterie de notre téléphone tomber à 0 % avant de la recharger. Pourtant, nous nous l’infligeons à nous-mêmes en terminant nos journées de travail complètement épuisés. La métaphore invite à prendre soin de son énergie personnelle comme on le fait pour un objet, en se « rechargeant » avant d’être totalement à plat.
La croyance « travailler plus pour gagner plus » est-elle pertinente pour les entrepreneurs ?
Cette croyance est à la fois vraie et fausse, et donc dangereuse. Si un certain volume de travail est nécessaire, surtout au début, la réussite dépend bien plus de la nature des tâches effectuées. Il est plus efficace de travailler moins mais sur les bonnes priorités (comme la prospection) que de passer des heures sur des actions à faible impact. L’important n’est pas le volume horaire, mais la pertinence des actions menées.
