Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

07. Cultiver ses obsessions et construire son positionnement – Rémi Rivas

Consultant en UX et Design Thinking, Rémi Rivas partage une vision exigeante et profondément humaine du freelancing. Loin des clichés sur la liberté ou les plateformes, il aborde la construction d'une carrière d'indépendant comme un artisanat : celui de cultiver ses obsessions pour bâtir une expertise unique. Pour lui, le cœur du métier n'est pas la technique, mais la capacité à guider le client, à gérer ses peurs et à l'empêcher de saboter son propre projet. Un échange dense sur le positionnement, la valeur perçue et la différence fondamentale entre être freelance et être entrepreneur.

de la valeur du positionnement à la psychologie du client freelance

Un parcours sinueux vers le design

Rémi Rivas raconte un parcours qui n’a rien de linéaire. Après des études de commerce et une première expérience dans un grand groupe, chez Microsoft, il se sent dans un environnement qui ne lui correspond pas. La suppression de son poste devient une opportunité inattendue : celle de se réorienter complètement. Grâce à un coaching, il ose se tourner vers une discipline qui l’attirait intuitivement, le design. Il intègre alors l’école Strat en master spécialisé, où il découvre les outils et les méthodes qui lui permettent de structurer sa pensée et de donner un sens à son travail.

Cette transition marque un tournant décisif, le menant vers une carrière où il peut enfin aligner ses compétences et ses centres d’intérêt.

Les débuts en freelance : l’écosystème avant tout

À la sortie de ses études de design, Rémi Rivas fait un choix audacieux : plutôt que d’accepter un poste salarié, il décide de se lancer directement en indépendant. Conscient des risques, il met en place deux stratégies clés pour sécuriser ses débuts. D’abord, il opte pour le portage salarial, une solution qui lui évite les lourdeurs administratives et lui permet de se concentrer sur ses missions. Ensuite, et c’est le point le plus crucial, il refuse de travailler seul de chez lui. Il rejoint un espace de co-working, Le Laptop à Paris, un écosystème qui s’avérera fondamental pour sa carrière.

« Ma première année d’activité, 95% des missions que j’ai faites, c’est pas moi qui les ai trouvées. » C’est au contact d’autres indépendants, lors de discussions informelles, qu’il décroche ses premiers contrats et construit son portfolio.

Le freelance, un « dentiste » pour son client

Pour Rémi Rivas, un freelance n’est pas un simple exécutant, mais un spécialiste qui prend en charge la douleur de son client. Il utilise la métaphore du dentiste : on ne va pas le voir pour ses outils, mais pour ne plus avoir mal. De la même manière, un client fait appel à un freelance pour résoudre un problème qu’il ne sait pas gérer. Le véritable travail consiste donc moins à appliquer une technique qu’à gérer l’incertitude et la peur du client. Il insiste sur l’importance de cadrer la relation dès le départ en définissant un protocole clair, avec des étapes et des livrables intermédiaires, pour rassurer et guider.

Son rôle est d’empêcher le client de saboter le projet par anxiété. « Ton principal travail, c’est d’empêcher ton propre client de te faire foirer ton job. »

De la passion à l’obsession

Rémi Rivas se méfie du mot « passion », qu’il juge galvaudé et souvent synonyme d’une attente de plaisir constant. Il lui préfère le terme d’« obsession ». Une obsession, c’est ce sujet qui nous habite, ce travail que l’on ne peut s’empêcher de faire, même lorsque c’est difficile ou fastidieux. C’est cette discipline, inspirée par des auteurs comme Stephen King, qui permet de développer une expertise profonde et authentique. Il ne s’agit pas d’attendre l’inspiration, mais de s’astreindre à une pratique régulière pour devenir meilleur.

C’est en cultivant ces obsessions, ces centres d’intérêt profonds, qu’un freelance peut construire un positionnement unique et une valeur que les clients reconnaîtront.

Freelance ou entrepreneur : deux sports différents

L’une des distinctions les plus fortes de l’épisode est celle que Rémi Rivas opère entre le freelance et l’entrepreneur. Selon lui, ce sont deux logiques radicalement différentes, presque opposées. L’entrepreneur cherche à construire un système scalable, un produit ou un service reproductible à grande échelle qui ne dépend pas de son temps. Son objectif est de toucher un marché le plus large possible. Le freelance, à l’inverse, vend son temps et son expertise. Il n’est pas scalable.

La seule voie de croissance pour un freelance est de devenir de plus en plus spécialisé, de plus en plus singulier, et donc de plus en plus cher, s’adressant à des clients de plus en plus sélectifs. C’est un jeu d’élitisme et de rareté, pas de volume.

Rémi Rivas nous recommande…

  • « Écriture : Mémoires d’un métier » — Stephen King, pour son approche humble et technique du métier d’écrivain, vu comme une discipline quotidienne.
  • « The War of Art » — Steven Pressfield, un livre essentiel sur la manière de surmonter la « résistance », cette force intérieure qui nous empêche de créer.
  • « So Good They Can’t Ignore You » — Cal Newport, qui déconstruit le mythe de la passion au profit du développement de compétences rares et précieuses.
  • « Finding Your Element » — Ken Robinson, pour explorer la rencontre entre ses talents naturels et ses passions personnelles.
  • « Positionning: The Battle for Your Mind » — Jack Trout, un classique sur l’art de se positionner dans l’esprit de ses clients.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Stephen King, Georges R. R. Martin, Mathias Abramovicz, Élodie Huré, Walt Disney, Steven Pressfield, Ken Robinson, Seth Godin, Sophie Trumeau, Pauline Thomas, Sylvie Dommal, Samuel Rousselier, Kevin Kelly, Cal Newport, Jack Trout, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Jean-Sébastien Bach.
  • Entreprises et organisations : Microsoft, Ignited Kingdom, Le Laptop, F83, HEC, Polytechnique, 42, Station F, The Family.
  • Œuvres : « Écriture : Mémoires d’un métier », « The War of Art », « Linchpin », « So Good They Can’t Ignore You », « Deep Work », « Finding Your Element », « Positionning: The Battle for Your Mind », La Joconde.
  • Concepts et lieux : Design Thinking, UX, portage salarial, Rennes, Paris.

Au fil de l’épisode

  • Le choix du livre « Écriture » de Stephen King et sa vision du travail comme une discipline.
  • Présentation de Rémi : consultant UX, co-fondateur d’Ignited Kingdom, coach et conférencier.
  • Son approche de la vie et du travail : faire ce qu’on aurait fait gratuitement.
  • La genèse de sa conférence « Soyez vous-même » : appliquer les outils du design à sa propre carrière.
  • La critique du système scolaire qui prépare à un monde qui n’existe plus.
  • Son parcours personnel : de la prépa à l’école de commerce, sans vocation claire.
  • L’expérience chez Microsoft : un programme pour jeunes talents mais un poste peu épanouissant.
  • Le tournant : la suppression de son poste et la réorientation vers le design.
  • Sa formation en design à l’école Strat et la découverte d’une nouvelle discipline.
  • Ses débuts en freelance : le conseil de se lancer immédiatement après ses études.
  • L’importance cruciale du co-working (Le Laptop) pour briser l’isolement et trouver ses premières missions.
  • Le portage salarial comme solution pour démarrer sans contraintes administratives.
  • La critique du « syndrome des plateformes » et des tarifs trop bas qui ne permettent pas de construire une carrière.
  • La métaphore du freelance comme un « dentiste » : son rôle est de gérer la peur et l’incertitude du client.
  • Comment structurer une mission pour rassurer le client : un protocole clair et des livrables intermédiaires.
  • Le vrai travail du freelance : empêcher le client de saboter le projet.
  • La notion d’obsession, plus forte et plus juste que celle de passion, comme moteur d’une carrière.
  • L’influence de la conférence de Kevin Kelly sur les « 5000 prochains jours d’Internet ».
  • Le mythe de la passion déconstruit : le travail n’est pas toujours une partie de plaisir.
  • L’importance de l’écoute pour comprendre le besoin réel du client, au-delà de la demande initiale.
  • Léonard de Vinci, un freelance célèbre qui répondait à des commandes précises.
  • La valeur d’un travail est définie par la perception du client, pas par le freelance lui-même.
  • Une technique concrète pour obtenir des témoignages clients pertinents et bien formulés.
  • La différence fondamentale entre un freelance et un entrepreneur : la scalabilité.
  • Le freelance vend son temps et devient de plus en plus spécialisé, tandis que l’entrepreneur construit un système reproductible.

FAQ

Qui est Rémi Rivas ?

Rémi Rivas est consultant en UX et Design Thinking, et co-fondateur de l’agence Ignited Kingdom. Il accompagne des startups et des incubateurs parisiens (HEC, 42, Station F) sur leurs problématiques d’innovation. Dans cet épisode, il partage sa vision du freelancing, centrée sur la construction d’un positionnement fort et une gestion fine de la relation client, loin des logiques de plateformes.

Pourquoi le positionnement est-il si important pour un freelance ?

Selon Rémi Rivas, un positionnement clair est essentiel pour échapper à la compétition par le prix. Il permet d’attirer des clients qui recherchent une expertise spécifique et non une simple force d’exécution. Cela instaure une relation de confiance où le freelance peut véritablement guider son client, le conseiller et l’aider à prendre les bonnes décisions, plutôt que de subir ses changements d’avis.

Quelle est la différence entre passion et obsession selon Rémi Rivas ?

La passion est souvent vue comme un plaisir constant, une vision qu’il juge irréaliste. Il préfère le terme d’obsession pour décrire ce qui nous pousse à travailler sur un sujet en profondeur, même quand c’est difficile. C’est cette discipline et cette curiosité insatiable qui permettent de développer une expertise authentique et de construire une carrière sur le long terme, au-delà de l’enthousiasme initial.

En quoi un freelance est-il différent d’un entrepreneur ?

Pour Rémi Rivas, ce sont deux métiers aux logiques opposées. L’entrepreneur construit un système scalable (un produit, un service) destiné à être vendu en grand volume sans dépendre de son temps personnel. Le freelance, lui, vend son temps et son expertise. Sa croissance ne passe pas par le volume, mais par la spécialisation : il devient de plus en plus expert, reconnu et donc cher.

Comment un freelance doit-il gérer sa relation client ?

Il doit se voir comme un guide qui rassure et prend en charge l’anxiété de son client. Son rôle n’est pas seulement de produire un livrable, mais de maîtriser le processus. Cela implique d’établir un cadre clair dès le départ, de communiquer constamment sur l’avancement et de mettre en place des étapes de validation. L’objectif est de créer un climat de confiance pour éviter que le client, par peur, ne sabote le projet.

Épisodes similaires
Portrait de Margaux Roux pour l'épisode sur le digital nomadisme dans le podcast Tribu Indé
Tribu Indé I Freelances & Solopreneurs 23. Déconstruire les mythes autour du digital nomadisme – Margaux Roux
Margaux Roux, freelance à Bali, déconstruit les mythes du digital nomadisme. Un témoignage concret sur le grand saut et la vie d'indépendante.
17 septembre 2019 · 1 h 21
Écouter l'épisode
Portrait de Danilo Duchesnes, invité du podcast Tribu Indé sur le freelancing et la publicité Facebook.
Tribu Indé I Freelances & Solopreneurs 16. Oser se lancer et suivre son plan sans rien lâcher – Danilo Duchesnes
Danilo Duchesnes partage sa méthode pour se lancer en freelance, créer du contenu qui attire les clients et construire une vision d'agence.
18 juin 2019 · 1 h 42
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.