Un royaume qui se protège
Robert Dompnier raconte sa découverte du Bhoutan en 1987, un pays qui le fascine depuis ses lectures d’enfance sur l’Himalaya. À l’époque, le royaume n’accueillait que 2 500 touristes par an et a su, depuis, maîtriser son ouverture au monde. Loin du tourisme de masse de ses voisins népalais ou indien, le Bhoutan a mis en place un modèle unique : un forfait quotidien d’environ 250 dollars, incluant hébergement, transport, guide et une taxe importante reversée au gouvernement. Cette approche, qui peut sembler élitiste, vise avant tout à contrôler le flux de visiteurs pour préserver un environnement et une culture exceptionnels.
La devise du pays est claire : « un petit volume de touristes à un prix élevé et pour une grande qualité de service ». Cette politique a permis de protéger ses forêts, qui couvrent 70 % du territoire, et d’éviter les constructions anarchiques qui ont défiguré d’autres régions de l’Himalaya.
Le bonheur comme boussole
Au-delà de son modèle touristique, le Bhoutan est célèbre pour un concept novateur : le Bonheur National Brut (BNB). Lancée en 1974 par le roi de l’époque, cette idée, d’abord perçue comme une utopie, est devenue le pilier du développement du pays. Selon Robert Dompnier, le BNB place l’individu et son bien-être au cœur de chaque décision politique, à l’inverse des modèles occidentaux centrés sur le seul Produit National Brut. Concrètement, le gouvernement peut renoncer à des projets industriels ou économiques s’ils sont jugés préjudiciables à l’environnement naturel ou à l’équilibre culturel des populations.
Cette sagesse politique puise ses racines dans la spiritualité bouddhiste, qui imprègne la société bhoutanaise. Elle invite à une forme de sobriété et à une réflexion sur la croissance, des valeurs qui résonnent aujourd’hui fortement en Occident.
Une culture vivante et préservée
Lors de son premier voyage il y a trente ans, Robert Dompnier a découvert un pays qu’il décrit comme presque médiéval, où les habitants portaient le costume traditionnel et où l’électricité était encore rare dans les villages. Le Bhoutan a la particularité de n’avoir jamais été envahi, ce qui lui a permis de conserver une architecture, une langue (le Dzongka) et des traditions uniques. L’homogénéité de ses constructions, des grandes forteresses aux maisons particulières, frappe le visiteur.
L’invité partage également des anecdotes savoureuses qui illustrent la richesse de cette culture, comme la présence surprenante de phallus peints sur les façades des maisons. Loin d’être une grivoiserie, ce symbole est un hommage à un grand lama du 15e siècle, réputé pour chasser les démons avec son « objet personnel » et protéger ainsi les foyers.
Les références de l’épisode
- « Bhoutan, Royaume hors du temps » — le livre de Robert Dompnier
- Personnes : Alexandre Davinelle, le Bouddha, Dompakinle
- Lieux : Bhoutan, Himalaya, Tibet, Népal, Inde, Chine, Sikkim, Bangladesh
- Œuvres : Tintin au Tibet
- Concepts : Bonheur National Brut (BNB)
- Événements : Festival du Grand Bivouac
- Organisations : Tirawa (agence de voyage)
Au fil de l’épisode
- Le rêve d’Himalaya né dans l’enfance et la découverte du Bhoutan sur une carte.
- Le premier voyage en 1987 dans un pays qui n’accueillait alors que 2 500 touristes par an.
- Le modèle touristique bhoutanais : un forfait quotidien de 250 dollars pour un tourisme contrôlé et de qualité.
- La volonté de préserver la culture et l’environnement, en tirant les leçons des erreurs des pays voisins.
- La situation géopolitique du Bhoutan, petit royaume coincé entre les géants indien et chinois.
- La relation privilégiée avec l’Inde, partenaire économique et politique majeur.
- L’impossibilité de voyager de manière indépendante ou de prolonger son séjour illégalement.
- L’origine du concept de « Bonheur National Brut » (BNB), une vision du développement centrée sur l’humain.
- Comment le BNB se traduit par des décisions concrètes, comme le refus de projets industriels polluants.
- L’influence du bouddhisme et de la sagesse asiatique sur le modèle de société bhoutanais.
- Les raisons d’une culture si bien préservée : une histoire sans invasion et une géographie protectrice.
- Le costume national, encore très porté, et le Dzongka, la langue nationale proche du tibétain.
- L’anecdote surprenante des phallus peints sur les maisons pour éloigner les mauvais esprits.
- La rencontre de Robert Dompnier avec le roi et la reine du Bhoutan.
FAQ
Qui est Robert Dompnier ?
Robert Dompnier est un voyageur passionné par l’Himalaya, et plus particulièrement par le Bhoutan. Il a découvert ce pays en 1987 et n’a cessé d’y retourner depuis, devenant un grand connaisseur de sa culture et de son histoire. Il est l’auteur du livre « Bhoutan, Royaume hors du temps » et dirige une agence de voyage. Dans cet épisode, il partage son expertise et ses anecdotes personnelles sur ce royaume unique.
Qu’est-ce que le « bonheur national brut » au Bhoutan ?
Le Bonheur National Brut (BNB) est un indice de développement propre au Bhoutan, proposé pour la première fois en 1974. Contrairement au PNB qui ne mesure que la richesse économique, le BNB place le bien-être de chaque citoyen au cœur des politiques publiques. Ce concept privilégie la préservation de l’environnement, la sauvegarde de la culture et la bonne gouvernance, quitte à renoncer à des projets économiquement rentables mais jugés néfastes pour la population ou la nature.
Pourquoi le tourisme est-il si particulier au Bhoutan ?
Le Bhoutan a choisi un modèle de tourisme durable et contrôlé pour éviter les dérives du tourisme de masse. Plutôt que de limiter le nombre de visas, le pays impose un forfait quotidien d’environ 250 dollars par personne. Ce tarif comprend l’hébergement, les repas, un véhicule avec chauffeur et un guide, ainsi qu’une taxe de développement. Cette politique vise à attirer un tourisme de qualité, respectueux de la culture et de l’environnement local.
Quelles sont les relations du Bhoutan avec ses voisins ?
Le Bhoutan est un petit pays enclavé entre deux géants : la Chine au nord et l’Inde au sud. Pour des raisons géographiques, culturelles et politiques, il a tissé des liens très étroits avec l’Inde, qui est son principal partenaire économique et un soutien important à son développement. En revanche, ses relations avec la Chine sont plus distantes. Cette alliance stratégique avec l’Inde lui permet de maintenir son indépendance et de se développer tout en se protégeant.
