Les débuts d’une vie nomade
Roland et Sabrina Michaud racontent comment leur passion commune pour le voyage est devenue un métier. Dans les années 1960, contre l’avis des professionnels de l’époque qui jugeaient la photographie de voyage non rentable, ils décident de tenter leur chance. Leur première expédition les mène en Éthiopie à bord d’une 2CV pour un séjour de 17 mois, bien plus long que les six mois prévus initialement. Cette expérience fondatrice leur apprend l’importance de prendre le temps pour rapporter un travail de qualité.
Forts de cette première aventure, ils se lancent dans un périple encore plus ambitieux : un voyage de quatre ans et demi reliant Paris à Singapour, sans jamais rentrer en France. Avec un budget initial prévu pour un an, ils tiennent grâce à l’hospitalité des populations rencontrées. Ce voyage leur révèle une règle essentielle : « On ne peut rien rapporter si nous ne prenons pas le temps de connaître les gens, d’entrer dans leur intimité. »
Le dialogue des civilisations
Leur travail s’est concentré sur l’Asie continentale, un terrain d’exploration si vaste qu’ils n’ont cessé d’y revenir pendant plus de cinquante ans. Roland Michaud définit leur œuvre autour d’un « triptyque » : l’Islam, l’Inde et la Chine. Passionnés par le dialogue des civilisations, ils cherchent à comprendre les influences mutuelles entre ces grandes cultures. Pour répondre à ceux qui ne reconnaissaient pas le monde contemporain dans leurs clichés, ils ont développé une approche singulière : les « miroirs ».
Ce concept consiste à créer des parallèles entre leurs photographies et des œuvres d’art traditionnelles (peintures, sculptures) des civilisations explorées. « Nous essayions de prendre des photos qui correspondaient à des choses qui existent encore », explique Roland. Cette démarche leur a permis de prouver la persistance des traditions et de se rapprocher intimement de l’âme de ces cultures, se sentant proches des artistes et artisans du passé.
Un regard sur le monde
Parmi tous les pays parcourus, l’Afghanistan occupe une place particulière dans leur cœur. Ils y ont travaillé pendant quatorze ans avant l’invasion soviétique de 1978, et gardent le souvenir d’un pays d’une immense subtilité. Pour eux, la photo la plus emblématique de leur travail est celle d’un Afghan respirant une rose, un geste simple qui représente une véritable leçon de vie. « C’est l’Afghanistan qui m’a rendu un peu plus subtil dans ma compréhension du monde », confie Roland.
Le couple porte un regard critique sur l’évolution du voyage, devenu selon eux « banal » à l’ère du numérique. Pour rester cohérents avec les leçons de sagesse apprises en Asie, ils ont fait le choix radical de vivre sans Internet, sans e-mails et sans téléphone portable, afin de préserver leur mémoire et leur intériorité. Un choix difficile mais assumé, au nom d’une vie guidée par la rencontre et le sens.
Les références de l’épisode
- Personnes : Roland Michaud, Sabrina Michaud.
- Lieux : Éthiopie, Turquie, Iran, Afghanistan, Inde, Chine, Corée, Mongolie, Japon, Paris, Singapour, Pakistan, Lahore, Scandinavie, Norvège, Hollande.
- Institutions : Lycée Janson-de-Sailly.
- Œuvres : La monographie de Roland et Sabrina Michaud, le concept des « miroirs ».
Au fil de l’épisode
- La décision de se lancer dans la photographie de voyage dans les années 1960, contre l’avis général.
- Le premier grand voyage en Éthiopie : 17 mois d’aventure et d’apprentissage à bord d’une 2CV.
- Le périple fondateur de quatre ans et demi, de Paris à Singapour, financé par l’hospitalité des habitants.
- Leur philosophie de travail : prendre le temps de la rencontre pour comprendre les autres cultures.
- Le concept des « miroirs », qui met en dialogue leurs photos avec l’art traditionnel d’Asie.
- Leur « triptyque » de prédilection : l’Islam, l’Inde et la Chine.
- Le souvenir ému de l’Afghanistan d’avant les conflits, symbolisé par l’image d’un homme respirant une rose.
- Leur regard sur la banalisation du voyage et leur choix de vivre sans les technologies modernes.
FAQ
Qui sont Roland et Sabrina Michaud ?
Roland et Sabrina Michaud sont un couple de photographes et voyageurs français. Depuis les années 1960, ils ont consacré leur vie à parcourir les routes d’Asie, de la Turquie à la Chine, en passant par l’Afghanistan et l’Inde. Leur travail se distingue par une approche immersive et respectueuse, cherchant à documenter la pérennité des traditions et à créer un dialogue entre les civilisations à travers leurs images.
Quand ont-ils commencé à voyager ensemble ?
Leur première grande aventure commune a débuté en 1960 avec une expédition en Éthiopie. Partis de France en 2CV pour ce qu’ils pensaient être un voyage de six mois, ils y sont finalement restés dix-sept mois. Ce périple a marqué le début de leur carrière de photographes-voyageurs et a posé les bases de leur méthode de travail, fondée sur le temps long et l’immersion.
Quelle est leur approche de la photographie de voyage ?
Leur approche repose sur le temps et la rencontre. Pour eux, il est impossible de rapporter des images justes sans entrer dans l’intimité des gens et comprendre leur culture. Ils ont également développé le concept de « miroirs », qui consiste à mettre leurs photographies en parallèle avec des œuvres d’art anciennes (peintures, sculptures) pour montrer que les traditions et les gestes du passé survivent dans le présent.
Quels pays ont-ils principalement explorés ?
Leur terrain de prédilection est l’Asie continentale. Ils ont structuré leur œuvre autour d’un « triptyque » composé des civilisations de l’Islam (Turquie, Iran, Afghanistan), de l’Inde et de la Chine. Ils ont également voyagé en Corée et en Mongolie. L’Inde et l’Afghanistan sont deux pays qui les ont particulièrement marqués, chacun à sa manière.
Pourquoi l’Afghanistan est-il si important pour eux ?
Roland et Sabrina Michaud ont passé quatorze ans en Afghanistan avant l’invasion soviétique de 1978. Ils y ont découvert une civilisation d’une grande subtilité qui a profondément influencé leur vision du monde. Pour Roland, ce pays l’a rendu « un peu plus subtil ». La photo qui symbolise le mieux leur travail est celle d’un Afghan respirant une rose, une image qui représente pour eux une véritable leçon de vie.
