Un policier par vocation
Entré dans la police nationale en 2000, Romain marche sur les traces de son père et de ses deux oncles, tous policiers. Après son service militaire effectué comme policier auxiliaire, il intègre les Compagnies Républicaines de Sécurité, un choix motivé par le prestige de l’unité, la diversité des missions sur le territoire national et un intérêt pour le maintien de l’ordre. Il raconte un métier souvent réduit à son aspect répressif, une image qui colle à la peau des CRS depuis mai 68, mais qui comporte aussi des facettes moins connues et plus valorisantes, comme le sauvetage ou l’assistance. Il se souvient notamment d’une intervention sur le toit du centre commercial des 4 Temps où, avec ses collègues, il a mis fin à une agression sexuelle sur deux adolescentes, un moment qui rappelle le sens profond de sa mission.
« On est là pour le devoir, pour rendre service, pour servir les gens et pour le bien-être de la nation. On n’hésite pas à donner notre personne. »
Le 2 mars 2011
Ce jour-là, Romain est en mission de sécurisation à la gare de Noisiel. Une patrouille ordinaire dans un quartier connu pour ses trafics, jusqu’à ce que la situation bascule. Alors qu’il procède à un contrôle au pied de son fourgon, son unité tombe dans un guet-apens. Un pavé de 2,6 kilos, lancé du toit d’un immeuble, le frappe en pleine tête. Le trou noir. Il se réveille deux semaines plus tard à l’hôpital, sorti du coma, branché de partout, sans comprendre ce qui lui est arrivé. Le diagnostic est lourd : hémiplégie du côté gauche. Pendant un an, il devra vivre avec un volet de décompression crânienne, le cerveau protégé uniquement par la peau et un casque de rugby. Très médiatisée, son histoire remonte jusqu’au président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy, qui prendra de ses nouvelles.
La blessure est un choc, mais Romain refuse de s’apitoyer. « Je vais m’élever au-dessus de cette blessure, qui est certes ultra handicapante pour moi. Je vais avancer, je vais me battre. »
Renaître par le sport
Compétiteur dans l’âme, ancien cycliste et coureur de haut niveau, Romain aborde sa rééducation comme une nouvelle compétition. À l’Institut de Réadaptation de Nancy, il met toute son énergie à réapprendre à marcher, puis à courir. Son excellente condition physique avant l’accident, qui lui a probablement sauvé la vie, devient son principal atout pour la reconstruction. Il se fixe un objectif qui semble alors inatteignable : courir à nouveau un marathon sous la barre des trois heures, une performance qu’il préparait juste avant son agression. Le sport devient le moteur de sa résilience, un moyen de se dépasser et de se prouver que rien n’est fini. Il atteindra son but, et fera même mieux, transformant une épreuve terrible en une victoire sur lui-même.
« Pour moi, le sport, il est essentiel dans la reconstruction, sur le parcours d’un blessé. Je ne vois pas comment on peut se reconstruire sans passer par une période sportive. »
De blessé à pair-aidant
En 2014, le procès de ses agresseurs aux assises de Melun est une nouvelle épreuve. Il y assiste pour leur faire face et leur rappeler que derrière l’uniforme, il y a un homme, un père. Cette expérience, bien que douloureuse, est une étape constructive. Après sa blessure, il négocie un nouveau poste et intègre la Fédération sportive de la police nationale. Fort de son parcours, il s’investit dans la création, en 2018, de la mission d’accompagnement des blessés de la police. Il y apporte son expertise unique, celle d’un homme passé par là, pour guider ses collègues dans les méandres administratifs et le long chemin de la reconstruction. C’est à cette période qu’il est contacté par l’association des Gueules Cassées. D’abord hésitant, ne se sentant pas légitime face aux anciens combattants, il est accueilli à bras ouverts et y trouve une nouvelle famille, unie par l’épreuve de la blessure au service des autres.
Aujourd’hui, il porte les couleurs de l’association dans ses compétitions, fier de représenter cette fraternité et de faire connaître son action.
Les références de l’épisode
- Personnes : Nicolas Sarkozy, Mohamed Merah.
- Lieux : Noisiel, Vélizy, Jarville, Reims, Nancy (IRR), Melun (cour d’assises), Paris (Pitié-Salpêtrière, marathon de Paris), Rotterdam (marathon de Rotterdam), Nanterre (cité Pablo Picasso), La Défense (centre commercial des 4 Temps), Verdun.
- Organisations : Police Nationale, Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT) / Les Gueules Cassées, Fédération sportive de la police nationale (FSPN), RAID.
- Événements : Marathon de Paris, Marathon de Rotterdam, Gilets jaunes.
Au fil de l’épisode
- L’entrée dans la police, une tradition familiale.
- Le choix des CRS : la diversité des missions, les déplacements et les aspects pratiques.
- L’image publique des CRS face à la réalité du métier de policier.
- Une anecdote marquante : l’interruption d’une agression au centre commercial des 4 Temps.
- La mission de service public comme vocation.
- Le déroulé des événements du 2 mars 2011 à Noisiel.
- Le guet-apens et l’agression avec un pavé de 2,6 kg.
- Le réveil après deux semaines de coma et la découverte de ses blessures, dont une hémiplégie.
- Vivre pendant un an avec un volet de décompression crânienne et un casque de rugby.
- La médiatisation de son histoire et le soutien reçu au plus haut sommet de l’État.
- L’impact de la blessure sur sa vie de famille, notamment avec sa fille de trois ans.
- Le début de la reconstruction physique à l’Institut de Réadaptation de Nancy.
- Son mental de compétiteur, moteur de sa guérison.
- Comment sa condition physique d’athlète lui a sauvé la vie.
- Réapprendre à marcher, puis à trottiner et enfin à courir.
- La gestion du syndrome de stress post-traumatique.
- Son expérience de mort imminente à la sortie du coma.
- Le procès de ses agresseurs en 2014, une épreuve nécessaire.
- Faire face à ceux qui l’ont agressé et le poids de revivre le drame.
- Le retour au sport de haut niveau avec l’objectif de courir un marathon en moins de trois heures.
- L’accomplissement de ses objectifs sportifs, une victoire sur la blessure.
- Sa nouvelle carrière au sein de la Fédération sportive de la police nationale.
- La genèse de la mission d’accompagnement des blessés de la police, lancée en 2018.
- Son rôle de pair-aidant auprès de ses collègues blessés.
- Sa première prise de contact avec l’association des Gueules Cassées.
- Son sentiment initial d’illégitimité et son intégration au sein de l’association.
- Trouver une nouvelle fraternité et un soutien auprès des autres blessés.
- L’importance de faire connaître l’action des Gueules Cassées.
- Son regard sur la vie aujourd’hui : comment son épreuve est devenue une force.
FAQ
Qui est Romain ?
Romain est un policier membre des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) depuis 2000, issu d’une famille de policiers. Le 2 mars 2011, il a été très grièvement blessé à la tête lors d’une mission. Ancien sportif de haut niveau, il a fait de sa reconstruction par le sport un exemple de résilience. Il consacre aujourd’hui une partie de son activité à l’accompagnement des autres policiers blessés en service.
Que s’est-il passé le 2 mars 2011 ?
Lors d’une mission de sécurisation à la gare de Noisiel, en banlieue parisienne, l’unité de Romain est tombée dans un guet-apens. Un pavé de 2,6 kg, lancé depuis le toit d’un immeuble, l’a frappé en pleine tête. Cette agression lui a causé un très grave traumatisme crânien, le plongeant dans le coma durant deux semaines et le laissant hémiplégique du côté gauche à son réveil.
Comment le sport a-t-il aidé Romain dans sa reconstruction ?
Le sport a été le pilier de la reconstruction de Romain. Ancien athlète, il a abordé sa rééducation avec la discipline d’un compétiteur. Se fixer l’objectif de recourir un marathon en moins de trois heures a structuré sa thérapie, lui donnant une motivation quotidienne pour dépasser son handicap. Atteindre ce but a représenté une victoire symbolique sur sa blessure et lui a permis de se reconstruire physiquement et mentalement.
Quel est son rôle aujourd’hui au sein de la police ?
Romain est aujourd’hui rattaché à la Fédération sportive de la police nationale. Depuis 2018, il participe activement à la mission d’accompagnement des blessés de la police. Grâce à son expérience personnelle, il apporte une expertise précieuse et un soutien concret à ses collègues, les aidant à surmonter les difficultés administratives, médicales et psychologiques liées à une blessure en service.
Qu’est-ce que l’association des Gueules Cassées ?
Fondée après la Première Guerre mondiale, l’Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT), connue sous le nom de « Gueules Cassées », est une association qui soutient les serviteurs de l’État blessés. Initialement destinée aux militaires, elle accueille aujourd’hui des membres de l’armée, de la gendarmerie, de la police et des pompiers. Elle leur offre un soutien financier, moral et un esprit de fraternité pour les accompagner sur le chemin de la résilience.
