De Saint-Quentin à la NBA, un rêve plus grand que le niveau
Rudy Gobert se présente lui-même : né en 1992 à Saint-Quentin, en Picardie, il ne s’est vraiment mis au basket qu’à 11 ou 12 ans, après avoir essayé l’athlétisme, le karaté, le ping-pong et la boxe. Un an plus tard, il est repéré en sélection départementale et se persuade qu’il ira en NBA. À 13 ans, il entre en internat au Pôle Espoirs d’Amiens, où ses coachs se souviennent avoir ri en l’entendant annoncer cet objectif, « alors que j’avais du mal à faire un lay-up ». Recalé à l’INSEP à 15 ans, il pleure en recevant la lettre, puis rejoint le centre de formation de Cholet, qui l’appelle dans l’heure. Il y devient professionnel à 18 ans, avant d’être drafté en NBA à 21 ans. Pour lui, la différence entre le jeune qui continue et celui qui abandonne tient à « la force mentale » : voir chaque obstacle comme une raison de progresser.
Il a ensuite joué neuf saisons au Utah Jazz, puis rejoint les Minnesota Timberwolves. Il fait partie, rappelle Matthieu Stefani, des trois seuls Français élus meilleur défenseur de la NBA, avec Joakim Noah et Victor Wembanyama, et vise un cinquième titre.
L’assiette comme premier levier de performance
Le tournant se produit lors de sa dernière saison à Cholet, l’année de la draft. Blessé à répétition, il se nourrit seul de pâtes, de raviolis et de pizzas. Le directeur général du club lui propose alors une cuisinière : il y consacre environ un tiers de son salaire de 5 000 euros par mois. Résultat, selon lui : plus aucune blessure de la saison, et la draft. Depuis, il emploie un chef à plein temps, travaille avec une naturopathe depuis quatre ans et fait une analyse sanguine chaque année. Il ne mange plus de produits transformés, ne boit plus d’alcool depuis un an et s’arrête de manger après le dîner pour protéger son sommeil. « Beaucoup de gens pensent que vivre au mieux, ça veut dire sacrifier ton bonheur », dit-il, alors que chaque repas reste pour lui un plaisir.
Ses proches l’appellent « le druide », car il est devenu celui qui les conseille sur leur santé. Il raconte aussi qu’à son arrivée en NBA, il y a treize ans, les nutritionnistes n’existaient pas dans les équipes.
Vidéo, réseaux et routines : protéger son mental
Rudy Gobert décrit une éthique de l’honnêteté envers soi-même. Après un match frustrant, il revoit ses minutes dans l’avion : « la vidéo, elle ne ment pas ». Il fixe chaque année ses objectifs par écrit, lors d’une retraite de deux ou trois jours, téléphone éteint. Sa règle d’or : ne pas regarder son téléphone pendant la première heure qui suit le réveil, consacrée à la méditation, au journal et à la gratitude. Pendant les playoffs, il supprime ses réseaux sociaux, dont il juge qu’ils génèrent beaucoup d’anxiété, surtout chez les adolescents. Il explique aussi comment le rythme de 82 matchs, les déplacements et les back-to-back mettent le corps à l’épreuve.
Sur le terrain, il revendique un « impact silencieux » : dissuader un tir ou guider un coéquipier, des actions qu’aucune statistique ne mesure.
Le fonds Well, une thèse d’investissement : prévenir plutôt que guérir
C’est lors d’une retraite dans une forêt du Minnesota, après la saison 2024, qu’il note dans son journal le projet de créer un fonds d’investissement. Après avoir investi dans la ligue de MMA Ares, il s’associe à Trail pour lancer le fonds Well, dédié au bien-être et à la longévité : fitness, nutrition, biohacking et toutes les entreprises qui aident à « prévenir plutôt que guérir ». Il indique une levée visée entre 50 et 100 millions d’euros, un ticket minimum de 100 000 euros et une dizaine d’entreprises déjà lancées à accompagner sur cinq ans. Il y met aussi son argent personnel. Il évoque encore son soutien aux meubles Gautier, sponsor de ses débuts à Cholet, dans lesquels il a investi lorsqu’ils ont traversé des difficultés, ainsi que sa fondation pour les enfants.
Pour lui, la longévité n’est pas de « vivre jusqu’à 300 ans », mais de mieux vivre dès aujourd’hui et le plus longtemps possible en bonne santé.
64 heures dans le noir pour se retrouver
Après une première saison difficile au Minnesota, Rudy Gobert part en retraite dans l’Oregon, dans le noir complet, sans téléphone ni musique, nourri deux fois par jour à travers un sas. Il y reste 64 heures. Il en ressort convaincu d’être « maître de son expérience » : on ne contrôle pas ce qui arrive, mais la façon d’y réagir, une idée qu’il rattache au stoïcisme de Marc Aurèle. Il a aussi appris le qi gong à Sedona, en Arizona, pour faire circuler l’énergie dans le corps. Pendant les playoffs, il s’est exercé à envisager le pire scénario pour mieux s’en libérer.
À 34 ans, il ne se voit pas arrêter de sitôt et croit au titre NBA comme à l’or olympique avec l’équipe de France.
Rudy Gobert nous recommande…
- « L’Alchimiste », Paulo Coelho : un livre qui l’a marqué à l’époque.
- « Pensées pour moi-même » (Méditations), Marc Aurèle : sa porte d’entrée vers le stoïcisme.
- « L’obstacle est le chemin », Ryan Holiday : le livre qui l’a accompagné dans une saison personnellement difficile, pour transformer les épreuves en victoires.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Cholet Basket et son centre de formation
- Pôle Espoirs de Picardie, à Amiens
- INSEP, Institut national du sport, de l’expertise et de la performance
- Utah Jazz et Minnesota Timberwolves, ses deux franchises NBA
- Quinn Snyder et Chris Finch, ses entraîneurs en NBA
- Anthony Edwards, son coéquipier à Minnesota
- Joakim Noah et Victor Wembanyama, les deux autres Français élus meilleur défenseur NBA
- LeBron James, exemple de longévité en NBA
- NBA All-Star Game
- Fonds Well, créé avec Trail
- Ares Fighting, ligue française de MMA
- Meubles Gautier, fabricant vendéen et sponsor historique
- Oura Ring, bague de suivi du sommeil
- Eight Sleep, matelas connectés
- Neko Health, Function Health et Lucis, services de bilans de santé
- Qi gong
- Secours populaire et son opération Père Noël vert
- Épisodes de Génération Do It Yourself cités : Yoram Moyal, Thomas Ramos, Boris Diaw, Benjamin Cardoso
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : Seuls trois Français ont eu ce titre
- 00:12:36 : Cholet, l’usine du basket français
- 00:20:52 : Comprendre les drafts NBA
- 00:29:03 : Abandonner des millions pour renforcer son équipe
- 00:35:28 : Bien manger n’est pas un sacrifice
- 00:47:05 : L’élément qui a changé ses performances
- 00:53:59 : « Quand je suis arrivé en NBA, le mot nutritionniste n’existait pas »
- 01:00:49 : Revoir ses erreurs image par image
- 01:09:55 : Sa règle d’or au réveil
- 01:21:37 : Le rythme fou des calendriers NBA
- 01:26:01 : L’évolution de la santé mentale en NBA
- 01:34:31 : Sa thèse d’investissement, prévenir plutôt que guérir
- 01:48:26 : Construire pour l’après-carrière
- 01:54:59 : Vivre mieux sans sacrifier son bonheur
- 02:05:12 : Une journée dans l’assiette d’un pivot NBA
- 02:12:12 : Se reconnecter à soi-même dans le noir
- 02:24:43 : La France, futur médaillé d’or olympique ?
- 02:30:08 : Accepter le pire scénario pour performer
FAQ
Qui est Rudy Gobert ?
Rudy Gobert est un basketteur français né en 1992 à Saint-Quentin. Formé à Cholet, drafté en NBA à 21 ans, il a joué neuf saisons au Utah Jazz avant de rejoindre les Minnesota Timberwolves. Il a été élu quatre fois meilleur défenseur de la NBA et a créé le fonds Well, consacré au bien-être et à la longévité.
Pourquoi Rudy Gobert est-il surnommé « le druide » ?
Selon lui, ses amis l’appellent ainsi parce qu’il est devenu celui qui les conseille sur leur santé, de façon assez holistique, plantes comprises. Cette passion est née d’une question de performance : en mangeant mieux, il a constaté qu’il dormait mieux, se blessait moins et communiquait mieux avec les autres.
Comment Rudy Gobert a-t-il changé son alimentation ?
Tout commence à Cholet, lorsqu’il consacre environ un tiers de son salaire à une cuisinière pour sortir d’une série de blessures. Aujourd’hui, il emploie un chef à plein temps, travaille avec une naturopathe, fait une analyse sanguine annuelle, évite les produits transformés et l’alcool, et ne mange plus après le dîner pour mieux dormir.
Qu’est-ce que la retraite dans le noir de Rudy Gobert ?
Il s’agit d’une retraite spirituelle dans l’Oregon, dans le noir complet, sans téléphone, musique ni distraction, avec des repas passés par un sas. Rudy Gobert y est resté 64 heures. Il raconte en être sorti plus serein et reconnaissant, convaincu qu’on ne contrôle pas les événements mais la manière d’y réagir.
Qu’est-ce que le fonds Well lancé par Rudy Gobert ?
Well est un fonds d’investissement français créé avec Trail, ouvert aussi aux investisseurs américains. Il cible des entreprises déjà lancées du bien-être et de la longévité : fitness, nutrition, biohacking, prévention. Rudy Gobert évoque une levée entre 50 et 100 millions d’euros, un ticket minimum de 100 000 euros et une dizaine d’entreprises accompagnées.
Quelle est la règle d’or matinale de Rudy Gobert ?
Il ne consulte ni son téléphone ni les réseaux sociaux pendant la première heure après son réveil. Il la consacre à une courte méditation, à l’écriture de ses intentions et de sa gratitude dans un journal, puis à la lecture et au petit-déjeuner. Il juge ce moment « sacré » pour aborder sa journée dans le bon état d’esprit.
