Le cosmos né dans la chambre noire
Sandrine Elberg photographie l’univers sans jamais braquer un objectif vers le ciel. Ses images, réunies dans la série Cøsmøgraphie, sont des photogrammes : elle pose sur du papier photosensible des objets circulaires, légèrement translucides, puis les expose à différentes sources de lumière. En jouant sur la température de la chimie, sur la solarisation, sur des déplacements et des réexpositions, elle obtient des formes qui évoquent des planètes, des exoplanètes, des objets stellaires. Le geste du révélateur fait le reste : « on a aussi des espèces d’explosions ou de coulures ». Elle travaille à plat, au sol, dans la semi-obscurité d’une lampe inactinique rouge, « comme le peintre », de gauche à droite, par intuition.
Chaque tirage est unique et impossible à refaire. Si les formats restent souvent réduits, elle raconte avoir réalisé un photogramme d’un mètre dix sur cinq mètres, un rouleau déroulé à même le sol : « on n’est pas loin de l’action painting ».
De la poussière d’étoiles à l’imaginaire collectif
Cette fascination vient de loin. Son père était ingénieur aérospatial, et elle dit avoir toujours été attirée par l’astronomie et l’observation. Plutôt que de faire de l’astrophotographie « purement et simplement », elle a choisi la voie des faux-semblants : développer un imaginaire avec des gestes simples, proches de l’argentique. Les images de la NASA restent une source d’inspiration, sans qu’il s’agisse de les imiter. Son travail mêle plusieurs types d’images — observations au télescope, empreintes chimiques, mais aussi photos de voyage détournées, où des fragments d’icebergs deviennent des objets stellaires.
À la galerie Héloïse, l’exposition rassemble une quarantaine de tirages accrochés en « mur d’images comme une constellation ». Sandrine Elberg y joue sans cesse du lien entre microcosme et macrocosme, et pose la question de l’origine : « nous sommes finalement des poussières d’étoiles ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Cøsmøgraphie — la série de photogrammes de Sandrine Elberg, présentée en exposition.
- Galerie Héloïse — galerie parisienne (13e arrondissement) qui accueille l’exposition.
- Pascal Therme — critique de 9 Lives Magazine, auteur de l’entretien.
- NASA — les images de l’agence spatiale, citées comme source d’inspiration.
- Le photogramme — image obtenue sans appareil, en posant des objets sur du papier photosensible exposé à la lumière.
- La solarisation — inversion partielle des tons provoquée par une réexposition du tirage pendant le développement.
Au fil de l’épisode
- La série Cøsmøgraphie : des photographies du cosmos réalisées à l’agrandisseur, sans appareil photo.
- La technique du photogramme : objets circulaires translucides posés sur papier photosensible et exposés à la lumière.
- Le rôle de la chimie : solarisation, réexpositions, coulures et explosions du révélateur.
- Des tirages uniques, impossibles à reproduire.
- Le grand format : un photogramme d’un mètre dix sur cinq mètres, proche de l’action painting.
- La lenteur du processus, dans la semi-obscurité d’une lampe inactinique rouge.
- L’origine de la démarche : un père ingénieur aérospatial et une fascination pour l’astronomie.
- Le refus de l’astrophotographie pure au profit d’un imaginaire du cosmos.
- Des sources multiples : télescope, empreintes chimiques et photos de voyage détournées.
- L’exposition à la galerie Héloïse : une quarantaine de tirages accrochés en constellation.
- Le fil conducteur : microcosme, macrocosme et l’idée que nous sommes des poussières d’étoiles.
FAQ
Qui est Sandrine Elberg ?
Sandrine Elberg est une photographe et plasticienne française. Elle explore les limites du médium photographique par des procédés argentiques réalisés en chambre noire, notamment le photogramme. Fille d’un ingénieur aérospatial, elle nourrit son travail d’une fascination ancienne pour l’astronomie et l’observation du ciel.
Qu’est-ce qu’un photogramme ?
Un photogramme est une image obtenue sans appareil photo. On dispose des objets directement sur du papier photosensible, puis on l’expose à la lumière. Les zones protégées restent claires, les autres s’assombrissent. Sandrine Elberg pousse le procédé plus loin en jouant sur la chimie, la solarisation et les réexpositions.
Que présente l’exposition Cøsmøgraphie ?
Cøsmøgraphie réunit une quarantaine de tirages de Sandrine Elberg, accrochés à la galerie Héloïse comme un « mur d’images » évoquant une constellation. Les œuvres, réalisées avec différentes techniques et supports, donnent à voir un cosmos imaginaire fait de planètes, d’exoplanètes et d’objets stellaires nés du geste et de la chimie.
Comment Sandrine Elberg crée-t-elle ses images du cosmos ?
Elle travaille à plat, au sol, dans la semi-obscurité d’une lampe inactinique. Elle pose des objets circulaires translucides sur le papier, les expose à la lumière, puis intervient avec le révélateur pour provoquer coulures et explosions. Chaque tirage, marqué par le hasard de la chimie, est unique et impossible à refaire.
Pourquoi Sandrine Elberg s’intéresse-t-elle à l’astronomie ?
Son père était ingénieur aérospatial, ce qu’elle décrit comme le premier point de départ de sa fascination. Attirée par l’observation et l’astronomie, elle a cherché à en faire un usage créatif sans passer par l’astrophotographie. Les images de la NASA l’inspirent, mais elle préfère développer un imaginaire personnel du cosmos.
