Un déclic dans le Mercantour
Tout part d’une expérience personnelle. Pour se ressourcer, l’auteur et comédien Thierry Vincent passe deux mois dans le massif du Mercantour avec pour seule lecture le dictionnaire Littré. En le lisant de A à Z, il prend conscience du fossé immense entre la richesse de la langue et le peu de mots que nous utilisons au quotidien. Ce sentiment est renforcé par un constat chiffré qui l’alarme : alors qu’un ouvrier du 19e siècle disposait de 5000 mots pour vivre et s’exprimer, son homologue d’aujourd’hui n’en maîtriserait plus que 500. Pour lui, cet appauvrissement est aussi social : les personnes en situation de grande précarité sont souvent celles qui possèdent le moins de mots.
« Quand un mot se perd, c’est l’appauvrissement de notre regard sur le monde. »
Le théâtre comme rempart
Pour Thierry Vincent, le théâtre est le lieu privilégié de la parole et de l’échange, et donc l’endroit idéal pour mener ce combat. Avec sa compagnie, il s’efforce d’utiliser un langage riche et soutenu dans ses pièces, même si le public ne saisit pas immédiatement le sens de chaque terme. L’objectif est de susciter la curiosité, d’offrir un « bain de langage » notamment aux plus jeunes, pour qu’ils entendent des mots rares et aient envie d’en découvrir la signification. Il a d’ailleurs écrit une pièce pour enfants sur ce thème, intitulée « Azertie et les mots perdus », qui met en scène le sauvetage du vocabulaire.
Il insiste sur le fait que pour sauver un mot, il ne suffit pas de le répéter, mais bien de l’utiliser dans un contexte, de lui donner vie dans une phrase.
Un jeu d’enfant avec le dictionnaire
Comment agir au quotidien ? Thierry Vincent propose une solution simple et accessible à tous, en particulier aux parents. Il suggère de transformer le dictionnaire en terrain de jeu. Le rituel est simple : chaque jour, ouvrir le dictionnaire au hasard, piocher un mot inconnu et s’amuser à construire une phrase avec. L’idée n’est pas d’en faire un exercice scolaire pesant, mais un moment de partage de deux minutes pour créer une discussion inattendue et faire entrer un « mot migrant » dans le vocabulaire familial.
« Le mot adore le jeu, on joue avec un ballon, mais le dictionnaire c’est plein de ballons, plein de bulles. »
Les références de l’épisode
- Le grand littré de la langue française
- La compagnie Bâle
- La pièce « Azertie et les mots perdus »
- Personnes citées : Jules Ferry, Francis Ponche, Françoise Dolto
Au fil de l’épisode
- Le déclic de Thierry Vincent lors d’un séjour dans le Mercantour avec un dictionnaire.
- Le constat de l’appauvrissement du langage : de 5000 mots pour un ouvrier au 19e siècle à 500 aujourd’hui.
- Le lien entre la pauvreté lexicale et la misère sociale.
- Le théâtre comme lieu de défense et de transmission d’une parole riche.
- L’exemple de sa pièce pour enfants, « Azertie et les mots perdus ».
- La différence entre répéter un mot comme un perroquet et l’utiliser pour le sauver.
- Son conseil aux familles : jouer avec un mot du dictionnaire chaque jour.
- L’importance de l’écoute et du silence pour laisser la place à la parole.
FAQ
Qui est Thierry Vincent ?
Thierry Vincent est un auteur et comédien azuréen, membre de la compagnie Bâle. Il se décrit comme un défenseur de la langue française, particulièrement sensible à la disparition des mots de notre vocabulaire courant. Il utilise son travail théâtral, notamment auprès du jeune public, pour promouvoir un langage riche et varié et susciter la curiosité pour les mots oubliés.
Quel a été le déclic de Thierry Vincent pour défendre les mots ?
Son déclic a eu lieu lors d’une retraite de deux mois dans le massif du Mercantour. En lisant intégralement le dictionnaire Littré, il a été frappé par l’immense richesse de la langue française et, en comparaison, par le peu de mots que nous utilisons au quotidien. Cette prise de conscience personnelle, couplée à des données sur la réduction du vocabulaire, l’a poussé à agir.
Pourquoi le théâtre est-il important pour lui ?
Selon Thierry Vincent, le théâtre est le lieu par excellence de la parole et de l’échange. Il le considère comme un espace privilégié pour défendre la langue, donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et faire entendre un vocabulaire riche. À travers ses pièces, il cherche à infiltrer des mots rares dans le langage courant pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli.
Quelle solution simple propose-t-il pour enrichir son vocabulaire ?
Il suggère un rituel familial ludique : consacrer deux minutes par jour à jouer avec le dictionnaire. L’idée est d’ouvrir le livre au hasard, de choisir un mot et de s’amuser ensemble à l’intégrer dans une phrase. Pour lui, ce jeu simple permet de découvrir de nouveaux termes, de stimuler la conversation et de faire du langage un moment de partage.
