Un marché en pleine mutation
Le marché de la formation en ligne a connu un tournant depuis la période du Covid. Selon Thomas Hubert, ingénieur pédagogique, il n’est pas mort, bien au contraire, mais il s’est essoufflé et oblige les créateurs à revoir leurs méthodes. La surconsommation de contenus e-learning a changé les attentes des apprenants. Pour se démarquer en 2023, il ne suffit plus de proposer des vidéos : il faut penser différemment et professionnaliser son approche pour continuer à se développer et à offrir de la valeur.
L’enjeu est de passer d’un simple partage de connaissances à une véritable expérience d’apprentissage structurée.
L’architecte des formations
Thomas Hubert définit son métier, l’ingénierie pédagogique, comme celui d’un architecte de la formation. Il ne s’agit pas seulement de créer du contenu, mais de concevoir un parcours complet et cohérent. Ce travail englobe l’avant, avec l’analyse des besoins, le pendant, avec la conception du programme et des supports, et l’après, avec le suivi des résultats des apprenants via des sondages et des évaluations. Cette démarche, souvent négligée dans le monde de l’infoprenariat, est essentielle pour garantir l’efficacité d’une formation.
« Une formation, ce n’est pas forcément un tuto. Pour le côté pédagogique, il y a peut-être des éléments qu’il faut que j’apprenne avant ou après. »
Les pièges à éviter
Thomas Hubert identifie trois erreurs fréquentes chez les créateurs de formation. La première est de se contenter de « balancer une vidéo » sans l’accompagner d’autres supports pédagogiques. La deuxième est de produire des vidéos trop longues, alors qu’un juste milieu entre le micro-learning et des formats d’une heure est plus efficace. Enfin, la troisième erreur est de concevoir sa formation comme un simple tutoriel allant d’un point A à un point B, en se focalisant uniquement sur les étapes opérationnelles.
Une bonne formation doit parfois « tordre un petit peu le plan » pour des raisons pédagogiques, afin de s’assurer que l’apprenant assimile les concepts dans le bon ordre et sans friction.
Les signes d’une formation réussie
Évaluer la qualité d’une formation est complexe. Le taux de complétion, souvent mis en avant, est un indicateur trompeur : aujourd’hui, dépasser 10 % de participants qui terminent un programme 100 % en ligne est déjà considéré comme un bon score. Pour Thomas Hubert, les vrais critères de réussite sont ailleurs. Il insiste sur l’importance d’intégrer des temps d’échange en direct et de créer une communauté pour favoriser la collaboration entre apprenants. Ces éléments augmentent drastiquement l’engagement et la qualité perçue.
Le suivi post-formation, via des sondages à froid trois ou six mois plus tard, est le meilleur moyen de mesurer l’impact réel et les résultats obtenus par les participants.
Des outils pour se différencier
Pour améliorer ses formations, même en travaillant seul, plusieurs techniques sont accessibles. Thomas Hubert recommande d’utiliser la gamification, par exemple en intégrant de petits exercices ludiques (mots croisés, quiz) avec des outils comme Genially, surtout dans les modules les plus difficiles. Il évoque aussi la « péragogie », ou l’apprentissage entre pairs, en structurant des espaces d’échange qui vont au-delà d’un simple groupe de discussion. Enfin, il conseille de prévoir des pauses cognitives, le « mode diffus », pour permettre au cerveau de l’apprenant de se reposer et de mieux assimiler.
Mettre à jour régulièrement sa formation, même par petites touches, est également un signe de professionnalisme et un facteur clé de succès à long terme.
Par où commencer ?
Avant même de penser au contenu, la toute première étape pour créer une formation est une phase d’audit et d’analyse approfondie. Il est indispensable de comprendre précisément le besoin du client, son objectif opérationnel et la transformation qu’il recherche. Cette analyse permet de définir un cadre clair et d’éviter de créer une formation « encyclopédie » en sachant exactement quelles informations sont nécessaires et lesquelles sont superflues. C’est ce travail préparatoire qui garantit la pertinence du programme.
La deuxième étape consiste à dessiner l’architecture globale de la formation, le plan macro, avant de se plonger dans le détail des leçons, des exercices et des outils.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- BSB Académie, le programme de formation d’Aline
- Devenir formateur pro, l’activité de Thomas Hubert
- La Banque Postale
- Les MOOC (Massive Open Online Course)
- Qualiopi
- RGPD (Règlement général sur la protection des données)
- Outils et plateformes : Genially, Kajabi, TeachEasy, Teachable, Discord, Slack, ClickFunnels, ChatGPT
Au fil de l’épisode
- Le retour des épisodes avec invités sur le podcast.
- Le marché de la formation en ligne en 2023 : est-ce toujours une bonne idée ?
- La perception d’un marché saturé et en déclin.
- L’importance de bien faire les choses pour réussir.
- Présentation de l’invité, Thomas Hubert, ingénieur pédagogique.
- Le rôle de Thomas dans la refonte de la BSB Académie.
- Sa spécialisation en neuro-éducation et neuro-learning.
- Son parcours d’ingénieur informaticien à formateur de formateurs.
- L’impact du Covid sur la consommation de formations en ligne.
- Définition de l’ingénierie pédagogique : l’architecte de la formation.
- Les trois phases de l’ingénierie pédagogique : avant, pendant et après la création.
- L’importance du suivi des résultats des apprenants.
- Est-il obligatoire de faire appel à un ingénieur pédagogique ?
- À qui s’adresse ce type d’accompagnement : souvent pour des refontes.
- Erreur n°1 : se contenter de publier une vidéo.
- La différence entre les MOOC et les formations d’infopreneurs.
- Erreur n°2 : faire des vidéos trop longues.
- Erreur n°3 : concevoir la formation comme un simple tutoriel du point A au point B.
- Le risque de créer des formations « encyclopédie ».
- L’objectif premier d’une formation : répondre à un besoin opérationnel du client.
- Les critères d’une bonne formation : le taux de complétion est un indicateur trompeur.
- Le taux de complétion moyen d’une formation 100% en ligne est très bas (environ 10%).
- L’importance d’ajouter des temps en live et des espaces collaboratifs.
- L’utilité des sondages et des évaluations à froid pour mesurer l’impact.
- Les données à suivre : temps passé, fréquence de connexion, activité.
- Le choix de la plateforme d’hébergement (Kajabi, etc.) et les données qu’elle fournit.
- Astuce n°1 : la gamification pour les leçons difficiles, avec des outils comme Genially.
- Le principe de répétition en neuropédagogie.
- Astuce n°2 : la « péragogie », ou l’apprentissage entre pairs.
- Comment animer une communauté pour qu’elle soit efficace.
- Astuce n°3 : mettre à jour régulièrement sa formation.
- La différence d’apprentissage entre les adultes et les plus jeunes.
- Astuce n°4 : intégrer des pauses et le « mode diffus » pour recharger les batteries cognitives.
- La première étape pour créer une formation : l’audit et l’analyse des besoins.
- La deuxième étape : le design et la création du plan d’architecture.
- La méthode de brainstorming : tout noter sans se limiter avant de trier.
- L’importance de la sécurité des données (RGPD) et des outils utilisés.
- Les offres de Thomas Hubert : accompagnement individuel et future formation de groupe.
- Son aide sur les aspects techniques et l’automatisation.
FAQ
Qui est Thomas Hubert ?
Thomas Hubert est un ingénieur pédagogique, aussi appelé formateur de formateurs. Ancien ingénieur informaticien, il s’est spécialisé dans la conception de programmes de formation en s’appuyant sur les neurosciences. Il accompagne des entreprises comme La Banque Postale et des entrepreneurs pour créer ou améliorer leurs formations en ligne, comme il l’a fait pour la BSB Académie d’Aline.
Qu’est-ce que l’ingénierie pédagogique ?
L’ingénierie pédagogique est l’art de concevoir un parcours de formation de manière structurée et professionnelle. Thomas Hubert la compare au travail d’un architecte. Cela inclut l’analyse des besoins des apprenants avant la création, la conception du contenu et des exercices pendant, et le suivi des résultats après la formation pour l’améliorer continuellement.
Quelles sont les erreurs à éviter en créant une formation en ligne ?
Selon Thomas Hubert, les trois erreurs les plus communes sont : se limiter à une simple vidéo sans autres supports, créer des vidéos trop longues, et penser la formation comme un simple tutoriel linéaire. Il met aussi en garde contre la tentation de créer des formations « encyclopédies » qui noient l’apprenant sous une quantité excessive d’informations.
Comment savoir si une formation en ligne est de bonne qualité ?
Le taux de personnes terminant la formation est un mauvais indicateur. Une bonne formation en 2023 intègre des interactions humaines, comme des sessions en direct ou une communauté active pour l’entraide. Sa qualité se mesure surtout aux résultats concrets obtenus par les apprenants, que l’on peut évaluer par des sondages plusieurs mois après la fin du programme.
Par quoi commencer pour créer sa formation en ligne ?
La toute première étape, avant même d’écrire le plan, est une phase d’audit et d’analyse. Il faut étudier en profondeur les besoins de sa clientèle cible pour comprendre précisément la transformation qu’elle recherche. C’est cette compréhension qui permet ensuite de concevoir un programme pertinent et d’éviter de s’éparpiller en voulant tout enseigner.
