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#46 Tigrane Seydoux -BIG MAMMA – comment importer l’Italie à Paris

Cofondateur du groupe Big Mamma, Tigrane Seydoux est l’entrepreneur qui a importé un coin d’Italie authentique au cœur de Paris. Issu d’une célèbre famille mais traçant sa propre voie, il partage un parcours marqué par des épreuves personnelles profondes, notamment la perte de sa mère et le suicide de son frère. Ces drames ont forgé sa conviction : le bien-être de ses 650 salariés est sa priorité absolue. Dans cet épisode, il raconte comment cette philosophie humaine est devenue le pilier d'un succès fulgurant, de ses études à HEC à la création de ses restaurants, en passant par un projet de crêperie en Bretagne.

Tigrane Seydoux, l'art d'importer la dolce vita italienne avec un management profondément humain

Un parcours façonné par les épreuves

Tigrane Seydoux se présente comme le cofondateur de Big Mamma, mais derrière l’entrepreneur à succès se cache une histoire personnelle intense. Dernier d’une fratrie de six, il grandit dans une famille soudée, mais marquée par des drames. Il traverse la maladie puis la perte de sa mère alors qu’il est en classe préparatoire, une épreuve surmontée grâce au soutien exceptionnel de son entourage à l’école Ginette. Quelques années plus tard, alors qu’il termine ses études à HEC, il fait face à un second choc : le suicide de son frère, son plus proche confident, miné par un travail qui le rendait malheureux. Cet événement tragique devient la pierre angulaire de sa philosophie de vie et de management.

« Ma responsabilité, c’est leur offrir tout ce que mon frère n’a pas eu », confie-t-il à propos de ses 650 salariés, faisant du bonheur au travail une mission non négociable.

De la finance à l’envie d’entreprendre

Après un parcours scolaire brillant au lycée Henri IV puis à HEC, Tigrane Seydoux explore différentes voies. Des stages chez L’Oréal à Hong Kong et dans la finance à Londres lui confirment que sa place n’est pas dans les grandes structures traditionnelles. Pour se reconstruire après le décès de son frère, il entreprend un tour du monde de neuf mois à travers dix-huit pays. À son retour, il peine à trouver un poste dans l’hôtellerie de luxe en pleine crise. Une rencontre opportune le mène chez LOV Groupe, la société d’investissement de Stéphane Courbit. Il y devient son bras droit pendant trois ans, une expérience formatrice où il observe de près un entrepreneur en pleine action.

« Quand tu côtoies à longueur de journée un entrepreneur qui innove et lance constamment de nouveaux trucs, ça commence à te piquer et ça finit par te rattraper », explique-t-il. C’est là qu’il se rapproche de Victor Lugger, une connaissance d’HEC, avec qui il partage la même soif de créer.

Le grand saut… dans une crêperie bretonne

La décision est prise un soir, après quelques bières : le lendemain, à la même heure, Tigrane Seydoux et Victor Lugger démissionneront de leurs postes respectifs. Un pacte pour se jeter dans le vide sans filet de sécurité. « Si tu le fais en te laissant un moyen de revenir en arrière, sois sûr que tu reviendras en arrière », affirme Tigrane. Leur première idée peut surprendre : monter une crêperie. Loin de l’Italie, leur aventure entrepreneuriale commence donc en Bretagne, où ils passent un mois à se former au métier, faisant la plonge et apprenant à tourner les crêpes dans un modeste établissement à Brest.

Ils en reviennent avec un diplôme de maître crêpier, mais après quelques mois à développer le projet, ils réalisent que leur cœur n’y est pas. Le concept ne leur ressemble pas, la passion manque.

Cap sur l’Italie : la quête du produit vrai

Le projet de crêperie abandonné, le duo se tourne vers une passion commune : l’Italie. L’idée est de recréer à Paris l’ambiance authentique et le rapport qualité-prix exceptionnel des trattorias locales. Commence alors un périple de près de deux ans et demi à sillonner l’Italie. Ils ne cherchent pas un local, mais des produits et des producteurs. Leur méthode : manger dans les meilleurs restaurants, puis toquer à la porte des cuisines pour demander aux chefs leurs secrets et leurs fournisseurs. De fil en aiguille, ils tissent un réseau unique de petits artisans, souvent en micro-production, pour importer directement jambons, fromages, tomates ou huile d’olive.

Cette quête obsessionnelle de l’authenticité devient la marque de fabrique de Big Mamma, un modèle basé sur le circuit court et la relation humaine avec les producteurs, à l’opposé des schémas industriels classiques.

Big Mamma, un succès fondé sur l’humain

Le premier restaurant, East Mamma, ouvre ses portes à Bastille. Le succès est immédiat et fulgurant. « Le deuxième jour, on avait une file d’attente de 200 personnes devant la porte », se souvient Tigrane. Ce succès repose sur un modèle économique précis : pas de réservation pour assurer une rotation maximale des tables et ainsi proposer des produits d’exception à des prix très accessibles. Si cette politique suscite parfois des critiques, elle est la condition sine qua non de leur promesse. Le groupe compte aujourd’hui sept restaurants à Paris et s’apprête à ouvrir son premier établissement en région, à Lille. La croissance s’est faite au gré des coups de cœur pour des lieux, sans plan d’expansion rigide.

L’autre pilier du succès est l’équipe, composée en grande majorité d’Italiens pour garantir une expérience immersive. L’histoire d’Enrico, recruté comme simple serveur et devenu directeur des opérations, illustre cette culture de la promotion interne et de la confiance.

Un équilibre entre exigence et vie personnelle

Pour Tigrane Seydoux, l’entrepreneuriat n’est pas un sacerdoce qui justifie de tout sacrifier. Marqué par son histoire, il est un fervent défenseur de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Il refuse le modèle de l’entrepreneur qui ne prend jamais de vacances et ne voit pas ses enfants grandir. Cette philosophie, il se l’applique à lui-même et s’efforce de la diffuser au sein de son entreprise, récemment labellisée B Corp pour son impact social et environnemental. Il reste profondément impliqué, passant du temps dans chaque restaurant et connaissant personnellement ses équipes, mais a appris à déléguer pour se préserver.

« J’ouvre chaque nouveau resto comme si c’était le premier. Le jour où je ne serai plus capable de le faire, j’arrête tout », conclut-il, résumant une aventure où la passion et l’humain restent les seuls moteurs.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Victor Lugger, Stéphane Courbit, Guillaume Fonquernie, Henri Seydoux, Jérôme Seydoux, Nicolas Seydoux, Michel Seydoux, Léa Seydoux, Enrico (directeur des opérations de Big Mamma), Michael Goldman, Sébastien Kopp.
  • Entreprises et marques : Big Mamma Group, East Mamma, Obermama, Mama Primi, La Felicità, LOV Groupe, L’Oréal, My Major Company, BetClick, Veja, Patagonia, Ben & Jerry’s, Innocent, Danone.
  • Lieux et établissements : Lycée Henri IV, Ginette (Versailles), HEC Paris, Monaco, Brest, Lille.
  • Concepts et œuvres : le label B Corp, le film « Le Cercle des poètes disparus ».

Au fil de l’épisode

  • Le lien de parenté éloigné avec Henri Seydoux.
  • Son enfance comme sixième et dernier enfant d’une fratrie très soudée.
  • Les épreuves familiales : la maladie et le décès de sa mère, puis le suicide de son frère.
  • Ses origines monégasques et son parcours scolaire à Paris, au lycée Henri IV.
  • Ses années de classe préparatoire en internat à Ginette, un soutien crucial dans une période difficile.
  • Son expérience à HEC et ses premiers stages à l’étranger, chez L’Oréal et dans la finance.
  • Comment le drame de son frère a forgé sa vision du management et l’importance du bonheur au travail.
  • Sa responsabilité d’employeur envers ses 650 salariés.
  • Son tour du monde de neuf mois dans 18 pays pour se reconstruire.
  • Ses débuts professionnels chez LOV Groupe, comme bras droit de Stéphane Courbit.
  • Sa rencontre avec Victor Lugger, son futur associé.
  • Le pacte de démissionner le même jour pour se lancer dans l’entrepreneuriat.
  • Leur premier projet surprenant : monter une crêperie, avec une formation à Brest.
  • Le pivot vers la restauration italienne, une véritable passion.
  • Le sourcing des produits : deux ans et demi à parcourir l’Italie pour rencontrer les meilleurs petits producteurs.
  • La construction d’une équipe majoritairement italienne pour une authenticité maximale.
  • L’ouverture et le succès immédiat du premier restaurant, East Mamma.
  • Le modèle économique sans réservation pour garantir un rapport qualité-prix accessible.
  • La croissance du groupe, avec sept restaurants à Paris et une ouverture prochaine à Lille.
  • L’obtention du label B Corp, qui récompense l’engagement social et environnemental.
  • L’importance de la promotion interne, illustrée par le parcours d’Enrico.
  • Sa philosophie sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
  • Comment il gère la charge mentale et la connexion permanente qu’implique son métier.
  • Son moteur : le plaisir de l’aventure humaine et la création de lieux de vie.

FAQ

Qui est Tigrane Seydoux ?

Tigrane Seydoux est un entrepreneur français, cofondateur avec Victor Lugger du groupe de restauration Big Mamma. Diplômé d’HEC, il a travaillé aux côtés de Stéphane Courbit avant de se lancer. Son parcours personnel, marqué par des drames familiaux, a profondément influencé sa vision du management, plaçant le bien-être et l’épanouissement de ses salariés au cœur de son projet d’entreprise.

Qu’est-ce que le groupe Big Mamma ?

Big Mamma est un groupe de restaurants italiens fondé par Tigrane Seydoux et Victor Lugger. Le concept repose sur une cuisine italienne authentique, avec des produits de qualité sourcés directement auprès de petits producteurs en Italie. Le groupe, qui emploie 650 personnes, est connu pour ses lieux à la décoration soignée, son ambiance conviviale assurée par un personnel majoritairement italien, et ses prix accessibles. Il compte sept établissements à Paris et prépare son expansion à Lille.

Pourquoi les restaurants Big Mamma ne prennent-ils pas de réservation ?

Le choix de ne pas prendre de réservation est au cœur du modèle économique de Big Mamma. Selon Tigrane Seydoux, cela permet d’optimiser le taux de rotation des tables en éliminant les temps morts entre deux services. Cette efficacité accrue permet de servir plus de clients et de maintenir des prix très compétitifs pour des produits de haute qualité. C’est la contrepartie assumée pour rendre l’excellence de la cuisine italienne accessible au plus grand nombre.

Comment le parcours personnel de Tigrane Seydoux a-t-il influencé son management ?

Le management de Tigrane Seydoux est directement lié à deux événements tragiques. La perte de sa mère lui a appris l’importance du soutien de l’entourage. Surtout, le suicide de son frère, qui était malheureux dans son travail, l’a convaincu que le bonheur et l’épanouissement professionnel ne sont pas négociables. Il considère qu’il a la responsabilité d’offrir à ses 650 employés un cadre de travail sain et épanouissant, ce que son frère n’a pas eu.

Quelle était la première idée de restaurant de Tigrane Seydoux et Victor Lugger ?

Avant de créer l’empire italien Big Mamma, la première idée de Tigrane Seydoux et Victor Lugger était de monter une crêperie. Très sérieusement engagés dans ce projet, ils sont partis se former pendant un mois en Bretagne, dans une petite crêperie de Brest, où ils ont appris le métier et obtenu un diplôme de maître crêpier. Ils ont finalement abandonné l’idée, réalisant que ce projet ne correspondait pas à leur passion profonde.

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