Photographe, ou voyageur d’abord ?
Sylvain Sester ne tranche pas : cela fait une vingtaine d’années qu’il parcourt le monde, et chez lui, le photographe et le voyageur ne vont pas l’un sans l’autre. Il revendique une photo « humaniste, humaine », tournée vers la rencontre et la recherche d’endroits encore pleins d’authenticité. Il aime citer Alexandra David-Néel — « Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer » — et en a fait un principe. Ses terres de prédilection reviennent au fil de l’échange : Bali, Madagascar, la Birmanie, l’Inde, le Venezuela et son delta de l’Orénoque. Longtemps, il a mené cette passion en parallèle d’un métier dans l’industrie chimique, de l’autre côté de la frontière suisse, en voyageant deux fois par an sur ses congés, avec son épouse ; depuis la sortie de son livre, il se consacre pleinement à la photo et au voyage.
Sa boussole, ce n’est pas le monument à cocher, mais la personne à rencontrer.
L’immersion avant l’image
Sa méthode tient en un mot : l’immersion. Sylvain Sester privilégie le portrait posé plutôt que la photo de rue, l’appareil servant de « prétexte » pour aller vers les gens. Il raconte ses matins à Bénarès, où, après le Gange, il filait se perdre dans la vieille ville pour retrouver, chaque jour, la même famille rencontrée près de son hôtel — un thé, des beignets, un moment partagé sans même parler la même langue. Il assume une démarche proactive, presque sans refus : pousser une porte, créer le contact, boire le chai qui, en Inde, est autant une boisson qu’un rite de rencontre. Il se souvient d’une petite Indienne aux yeux verts, croisée dans un lieu de pèlerinage, dont le regard lui a évoqué la célèbre « Afghane » de Steve McCurry ; d’abord rembarré, il est revenu, a pris le thé avec le père tatoueur, et a fini par faire le portrait — l’un de ceux qui figurent dans son livre. C’est aussi pour prolonger ces rencontres qu’il expose beaucoup, entre dix et quinze fois par an.
Chaque photo, dit-il, porte une anecdote ; face au public, il peut passer une demi-heure à raconter six pages de son livre.
« La vie est belle », un livre-hymne au bonheur
Le livre s’appelle « La vie est belle », et le titre dit tout : une ode au sourire, à la joie, aux émotions simples, glanées partout dans le monde. Sester explique avoir choisi ce thème — plutôt qu’un sujet de reportage comme son travail sur le désert — parce qu’un premier livre doit d’abord vous ressembler. Il le voulait généreux : un grand format à l’italienne (paysage), une couverture rigide, un beau papier, environ 160 pages pour quelque 130 photographies. Le plus dur ? L’editing. Piocher 130 images cohérentes parmi des milliers, accepter d’écarter des photos qu’on adore — sa préférée n’y figure même pas — et défendre malgré tout une poignée d’incontournables, comme cette Indienne aux yeux verts, parce que leur histoire dit, à sa manière, que la vie est belle.
Résultat : un objet qu’il voulait pouvoir laisser feuilleter en exposition sans la moindre gêne sur sa qualité.
Faire le livre en auto-édition
Sylvain Sester a testé les deux voies. Un ami imprimeur a soumis son projet à des éditeurs, et de son côté il a contacté Escourbiac, référence du livre photo, où son interlocuteur — prénommé John — l’a beaucoup accompagné et « challengé » sur l’editing. Il a finalement choisi l’auto-édition, pour rester libre du livre et de sa marge. Le nerf de la guerre : vendre assez d’exemplaires en amont pour lancer l’impression. Il monte alors une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank, en s’appuyant sur son public Facebook — et l’engouement, dès les premiers jours, le rassure assez pour signer le devis. Entre les contributions, les ventes en exposition prévues sur trois ans et le soutien d’un ami qui lui prend un lot de livres, il trouve son circuit de distribution. Son moteur reste le même que dans la photo : la passion du projet, mené sur cinq à six mois, avec l’objectif de présenter l’ouvrage au festival de Montier-en-Der.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Alexandra David-Néel — exploratrice et écrivaine, dont Sylvain Sester cite une phrase sur le sens du voyage
- Steve McCurry — photographe, auteur de la célèbre « Afghan Girl », à laquelle il compare son portrait d’une Indienne aux yeux verts
- Escourbiac — imprimeur spécialisé dans le livre photo, qui a imprimé « La vie est belle »
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Présentation : Sylvain Sester, photographe voyageur
- 00:01:38 — « Voyager sans rencontrer l’autre, c’est se déplacer »
- 00:02:26 — Les pays de prédilection
- 00:03:38 — Une vie partagée entre l’industrie et le voyage
- 00:05:36 — Voyager autrement : le logement chez l’habitant
- 00:07:35 — Le portrait posé plutôt que la photo de rue
- 00:10:19 — Se perdre dans la vieille ville de Bénarès
- 00:13:34 — Exposer pour aller à la rencontre du public
- 00:17:02 — L’excitation de la veille, à Pondichéry
- 00:33:43 — L’Indienne aux yeux verts, écho à l’Afghane de Steve McCurry
- 01:01:38 — Choisir le thème du livre
- 01:03:21 — Éditeur ou auto-édition ?
- 01:06:08 — Le financement participatif sur KissKissBankBank
- 01:17:22 — Le cahier des charges : grand format et beau papier
- 01:21:18 — L’editing : choisir 130 photos parmi des milliers
FAQ
Qui est Sylvain Sester ?
Sylvain Sester est un photographe voyageur alsacien. Depuis une vingtaine d’années, il parcourt le monde à la recherche de rencontres et pratique une photographie humaniste, centrée sur le portrait. Il a longtemps voyagé sur ses congés en parallèle d’un métier dans l’industrie chimique, avant de se consacrer pleinement à la photographie et au voyage.
Quel est le livre de Sylvain Sester ?
Son livre s’intitule « La vie est belle ». Publié en 2020 et auto-édité, c’est un recueil de portraits et de scènes recueillis partout dans le monde, pensé comme un hymne au bonheur, au sourire et aux émotions simples. Un grand format à l’italienne d’environ 160 pages, réunissant quelque 130 photographies.
Quelle est la démarche de Sylvain Sester ?
Il pratique une photographie humaniste fondée sur l’immersion : passer du temps avec les gens, loger chez l’habitant, partager un thé, avant de réaliser des portraits posés. L’appareil lui sert de prétexte pour aller à la rencontre de l’autre, souvent sans refus, avec l’idée que le voyage vaut d’abord pour ces rencontres.
Comment a-t-il auto-édité « La vie est belle » ?
Après avoir exploré la piste d’un éditeur, il a choisi l’auto-édition pour rester libre. Il a fait imprimer le livre chez Escourbiac et l’a financé par une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank, en mobilisant son public sur les réseaux sociaux. La vente en exposition a complété ce circuit de distribution.
Où découvrir le travail de Sylvain Sester ?
Il expose très régulièrement, entre dix et quinze fois par an, et partage son travail sur les réseaux sociaux, notamment sa page Facebook. C’est aussi en exposition qu’il présente et dédicace son livre « La vie est belle ».
