Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

Interview du photographe Alain Pons

Graphiste, photographe animalier et éditeur, Alain Pons est un homme d'image avec 45 ans d'expérience. Dans cet entretien sans filtre, il partage sa vision du métier, de ses débuts à l'ère du numérique. Loin des discours convenus, il analyse avec une lucidité rare les dérives du marketing des marques photo, l'effondrement du marché de la photographie animalière et le rôle destructeur des banques d'images à bas prix. Plus qu'un constat amer, Alain Pons livre un plaidoyer vibrant pour la créativité et l'urgence pour tout photographe de se construire une solide culture artistique, seul véritable rempart contre la standardisation.

45 ans d'images, de la faune sauvage à la création graphique

Un parcours au service de l’image

Alain Pons se présente comme un « vieux bonhomme » de l’image, avec une carrière de 45 ans qui a débuté après sa formation à l’école des Arts Déco. Pour lui, la photographie a toujours été un complément naturel à son activité principale de graphiste. Il a mené ces deux passions de front, montant sa propre entreprise et travaillant pour des clients prestigieux comme Nature et Découverte, Guy de Graine ou Capgemini, toujours dans la recherche d’identités visuelles fortes. Aujourd’hui officiellement à la retraite, il n’a rien arrêté : il continue de voyager, d’accompagner des photographes, de créer et de se faire plaisir, car c’est tout ce qu’il sait faire.

« Je continue à faire du graphisme et de la création graphique, tout simplement parce que je ne sais rien faire d’autre, et puis que ça me plaît. »

Le grand mensonge du numérique

Interrogé sur l’évolution du métier, Alain Pons porte un regard très critique sur l’époque actuelle. S’il reconnaît les avantages techniques extraordinaires offerts par le numérique, il dénonce ce qu’il appelle un « mensonge superposé ». Selon lui, les marques ont sciemment entretenu l’illusion qu’un matériel sophistiqué suffisait à faire d’un amateur un photographe professionnel. Il fustige ce marketing qui déresponsabilise le photographe et met l’accent sur l’outil plutôt que sur l’œil, l’intelligence et la formation de celui qui est derrière l’appareil.

« En 45 ans, je n’ai jamais vu de matériel faire ses propres photos. Il y a toujours un mec derrière pour faire le travail. »

La mort d’une profession ?

Le constat d’Alain Pons sur l’état de la photographie animalière est sans appel : pour lui, la profession est « morte ». Il se souvient d’une époque, il y a une quinzaine d’années, où 100 à 150 photographes en France vivaient correctement de leur travail. Aujourd’hui, il estime qu’ils ne sont plus que deux. La cause principale de cet effondrement est, selon lui, la généralisation des banques d’images libres de droit, les « microstocks », qui ont fait chuter les prix à des niveaux dérisoires, parfois moins d’un euro par photo. Cette situation pousse de nombreux amateurs à publier gratuitement dans l’espoir d’être reconnus, un calcul qu’il juge totalement vain.

Il explique que seuls les photographes avec une démarche très personnelle et créative, comme Vincent Minier ou Cyril Réozot, parviennent à s’en sortir, tandis que la presse ne fait quasiment plus appel aux professionnels pour des commandes.

L’urgence de la culture

Face à ce tableau sombre, le conseil principal d’Alain Pons aux jeunes qui souhaitent se lancer est de développer leur créativité et, surtout, leur culture. Il déplore le manque de culture photographique et artistique chez de nombreux photographes animaliers, qui ne connaissent ni leurs prédécesseurs ni les grands maîtres d’autres disciplines. Il raconte avoir fait le test lors de conférences : sur une salle de mille photographes, à peine trois ont visité une exposition de photo, de peinture ou de sculpture récemment. Pour lui, c’est une catastrophe qui explique la pauvreté créative d’une partie de la production animalière, où l’animal « fait tout le boulot ».

Pour se démarquer, il est donc essentiel de nourrir son œil et son esprit en lisant des livres, en allant voir des expositions de toutes sortes, afin de se forger un univers personnel et de ne pas se contenter d’enregistrer passivement une scène.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Vincent Minier, Cyril Réozot.
  • Entreprises et marques : Nature et Découverte, Guy de Graine, Capgemini, Yellow Corner.
  • Institutions : École des arts déco.

Au fil de l’épisode

  • Présentation d’Alain Pons, photographe, graphiste et éditeur avec 45 ans de carrière.
  • Son parcours depuis l’école des Arts Déco et la complémentarité entre ses activités.
  • Sa vision du reportage photo : retranscrire l’essence d’un pays, sa faune, ses paysages et ses habitants.
  • Son regard sur l’ère numérique : une technologie formidable mais un « mensonge » marketing.
  • La critique des marques qui laissent croire que le matériel fait le photographe.
  • Le rôle des magazines, qui bénéficient de ce marketing et ne peuvent « cracher dans la soupe ».
  • Son constat sur la profession de photographe animalier, qu’il juge « morte ».
  • L’effondrement du nombre de photographes pouvant vivre de leurs images, passé de 150 à 2 en 15 ans.
  • L’impact dévastateur des banques d’images « microstock » et de la vente de photos à quelques centimes.
  • L’illusion des photographes amateurs qui publient gratuitement en espérant une reconnaissance future.
  • L’exemple de photographes comme Vincent Minier ou Cyril Réozot qui s’en sortent grâce à un travail très personnel.
  • Le conseil aux jeunes photographes : inventer quelque chose et être créatif pour percer.
  • Le manque de culture photographique et artistique, un problème majeur selon lui.
  • Le test réalisé en conférence sur la fréquentation des expositions par les photographes.
  • La comparaison avec la photo de mode pour illustrer que le sujet ne fait pas tout.
  • Le niveau de la photo animalière jugé « très pauvre » par rapport à d’autres domaines.
  • La nécessité de bouquiner et de visiter des expositions de peinture ou de sculpture pour se cultiver.

FAQ

Qui est Alain Pons ?

Alain Pons est un photographe, graphiste et éditeur français avec 45 ans d’expérience dans les métiers de l’image. Formé à l’école des Arts Déco, il a mené de front une carrière de créatif pour de grandes entreprises et une passion pour la photographie de nature, parcourant le monde pour photographier la faune sauvage et les paysages. Il est connu pour son regard critique sur l’évolution du métier de photographe.

Pourquoi Alain Pons est-il critique envers le matériel photo numérique ?

Il estime que les fabricants entretiennent un « mensonge » en faisant croire aux amateurs que l’achat d’un appareil sophistiqué leur permettra de devenir des professionnels. Pour lui, le matériel n’est qu’un outil et ne remplacera jamais l’œil, l’intelligence et la culture du photographe. Il dénonce un marketing qui dévalorise la compétence humaine au profit de la technologie, alors qu’il n’a « jamais vu de matériel faire ses propres photos ».

Quel est son avis sur le métier de photographe animalier aujourd’hui ?

Alain Pons considère que la profession de photographe animalier est « morte ». Il explique qu’il y a une quinzaine d’années, une centaine de photographes en vivaient correctement en France, contre à peine deux aujourd’hui. Il attribue cet effondrement à la généralisation des banques d’images à très bas prix (microstock), qui a rendu impossible la vente d’images à un tarif décent pour les professionnels.

Quel conseil principal Alain Pons donne-t-il aux photographes ?

Son conseil fondamental est de développer une solide culture artistique et photographique. Il insiste sur l’importance de ne pas se limiter à son domaine, mais de lire des livres, de visiter des expositions de peinture, de sculpture et de photographie pour nourrir sa créativité. C’est, selon lui, le seul moyen de développer un regard personnel et de se démarquer dans un univers saturé d’images techniquement parfaites mais souvent sans âme.

Épisodes similaires
Photographe professionnel travaillant sur le choix de son statut juridique pour se lancer
Libre et Photographe - Podcast Photo Les 3 statuts pour se lancer en tant que photographe pro | Leçon #8
Amateur, auteur ou artisan : quel statut choisir pour se lancer photographe pro, sans jargon administratif.
23 novembre 2021 · 17 min
Écouter l'épisode
Visuel de l'épisode du podcast Libre et Photographe consacré à la photographe animalière Léa Cirotteau
Libre et Photographe - Podcast Photo Interview #25 | Léa Cirotteau – Photographe nature en reconversion
Community manager licenciée devenue photographe animalière, Léa Cirotteau photographie la faune urbaine avec un regard engagé.
5 novembre 2021 · 59 min
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.