Des sciences naturelles à l’art photographique
Avant de devenir photographe à plein temps, David Greyo a consacré sa carrière à la protection de la nature. La photographie était alors un simple outil de travail, servant à illustrer ses rapports de biologiste ou à documenter ses observations. C’est en réalisant que ses images pouvaient avoir un impact et sensibiliser le public à la cause environnementale qu’il a commencé à explorer la dimension artistique de ce médium. Il raconte ce passage délicat d’une pratique purement documentaire, où le sujet prime, à une démarche créative où l’animal ou la plante devient un support graphique pour construire une image forte.
Inspiré par les livres puis par les forums en ligne, il a nourri son regard en observant le travail d’autres photographes, dont certains sont devenus des amis avec qui il partage des sorties sur le terrain.
Le collectif avant l’individu
David Greyo est l’un des membres fondateurs du collectif de photographes nature Eresus Nature. Né d’une bande d’amis qui collaboraient déjà de manière informelle, le collectif a été créé pour mutualiser leurs photothèques et ainsi mieux répondre aux demandes des agences ou des magazines. « On s’est dit que c’était une démarche qui nous permettait d’être plus fort », explique-t-il. En regroupant les images de six photographes, ils offrent un choix plus large et augmentent leurs chances de vendre leurs clichés. Le statut d’association loi 1901 leur permet également de monter des expositions collectives et de mener des actions de sensibilisation.
Le nom du collectif, Eresus, vient d’une petite araignée rouge et noire découverte ensemble lors d’un week-end dans la Drôme Provençale, un souvenir fondateur qui a également inspiré la charte graphique du groupe.
Vivre de sa passion
Avec une grande franchise, David Greyo aborde la réalité économique du métier de photographe. Il explique que les revenus tirés de la vente directe de ses images sont très faibles et insuffisants pour en vivre. Les concours photo, au-delà de la reconnaissance, représentent une source de revenus complémentaires non négligeable grâce aux prix remportés. Mais la clé, selon lui, réside dans la diversification. Comme beaucoup de ses confrères, il organise des stages et des voyages photo, une activité qui correspond à son goût pour la transmission hérité de son ancien métier de naturaliste.
Il considère cette diversification comme une évolution nécessaire du métier. « Je pense que c’est vraiment l’évolution du métier de photographe. Là où il y a 20 ans, les photographes pro, avec un petit stock d’images, arrivaient à se faire un salaire. Maintenant, vendre directement ses images, ça ne représente rien du tout dans mes revenus annuels. »
Au-delà de la nature
Bien que spécialiste de la photo animalière et de nature, David Greyo ne se cantonne pas à ce seul domaine. Il couvre également des mariages, réalise des portraits ou des reportages. Loin d’y voir une incompatibilité, il considère que la maîtrise de la lumière et de la composition est universelle, quel que soit le sujet. Passer d’une fleur à un portrait est un défi stimulant qui lui permet de se remettre en question et d’éviter la routine. Cette polyvalence marque pour lui une étape importante : le moment où il est passé de « photographe naturaliste » à « photographe tout court ».
Cette ouverture se retrouve dans ses voyages, comme son récent séjour en Norvège pour photographier les aurores boréales, un rêve personnel avant d’être un projet professionnel. Il y a vécu une expérience plus photogénique que visuelle, la pose longue révélant des couleurs et des formes à peine perceptibles à l’œil nu.
Une photographie engagée
Pour David Greyo, la boucle est bouclée : la photographie, qui l’a éloigné de son métier dans la protection de la nature, lui permet aujourd’hui d’y contribuer d’une autre manière. Il raconte son engagement auprès d’un sanctuaire de chimpanzés en Guinée, pour lequel il est administrateur d’une association. Grâce à la vente de ses clichés réalisés sur place, il a pu participer au financement d’une opération chirurgicale complexe pour une jeune chimpanzée orpheline, victime du braconnage.
C’est dans ces actions concrètes qu’il trouve le sens de son métier. « C’est ce genre de truc qui fait plaisir, où on se dit que notre métier de photographe, au moins il sert à quelque chose. » Chaque image vendue, chaque projet soutenu est une modeste contribution à la préservation d’un monde naturel qui a toujours été au cœur de sa vie.
Les références de l’épisode
- Personnes : Christophe Salin, Olivier Simon, Philippe Mouès, Fabien Gréban, Vincent Munier.
- Organisations et événements : collectif Eresus Nature, Festival de la photo animalière de Montier-en-Der, Festival Salamandre.
- Lieux : Suisse, Belgique, Canada, Drôme Provençale, Norvège, Inde (Rajasthan), Toscane, Camargue, Vosges, Guinée.
- Marques et plateformes : Canon, 500px.
- Espèces mentionnées : orchidées sauvages, araignée Eresus, écureuil de Corée, chimpanzés, marmottes.
Au fil de l’épisode
- Le parcours de David Greyo : de naturaliste à photographe professionnel.
- Comment la photographie est devenue un outil de sensibilisation à la protection de la nature.
- Le passage d’une approche documentaire à une démarche artistique.
- Ses sources d’inspiration et l’importance de regarder le travail des autres.
- Sa vision de généraliste, ouvert à tous les sujets et toutes les opportunités.
- Sa passion pour les orchidées sauvages.
- Son rapport au matériel photo : un outil avant d’être une passion.
- Le choix de l’objectif macro comme seul équipement à conserver pour sa polyvalence.
- La création du collectif de photographes Eresus Nature pour mutualiser les forces.
- Le fonctionnement du collectif et les défis de la gestion à distance.
- L’origine du nom « Eresus », inspiré par une araignée découverte en groupe.
- L’importance des concours photo comme source de revenus complémentaires.
- La nécessité de diversifier ses activités pour vivre de la photographie.
- L’organisation de stages et de voyages photo, un prolongement de son travail de sensibilisation.
- L’impact du numérique sur le marché de la photographie.
- Récit de son voyage en Norvège pour observer les aurores boréales.
- La différence entre l’expérience vécue et le rendu photographique des aurores.
- Sa pratique de la photo de mariage, de portrait et de reportage.
- La conviction que les principes de la photographie sont universels, quel que soit le sujet.
- Le making-of d’une photo d’écureuil prise en Inde.
- La différence de comportement de la faune sauvage en Europe et en Inde.
- Mise en garde sur les dangers de nourrir les animaux sauvages comme les marmottes.
- Ses projets à venir : voyages, expositions et suivi d’un projet humanitaire en Guinée.
- Son engagement pour un sanctuaire de chimpanzés et comment ses photos aident à financer des actions de conservation.
FAQ
Qui est David Greyo ?
David Greyo est un photographe professionnel spécialisé dans la photographie de nature et animalière. Ancien biologiste, il a d’abord utilisé la photo comme un outil pour son travail de protection de la nature avant de s’y consacrer à plein temps. Il est également co-fondateur du collectif Eresus Nature et organise des stages et voyages photo. Sa pratique s’étend aussi au portrait et au reportage.
Qu’est-ce que le collectif Eresus Nature ?
Eresus Nature est un collectif de six photographes de nature unis au sein d’une association. Son but principal est de mutualiser les photothèques de ses membres pour répondre plus efficacement aux demandes d’agences ou de magazines. Cette structure leur permet également de monter des projets communs comme des expositions et de renforcer leur visibilité. Le nom vient d’une araignée découverte par les fondateurs lors d’une sortie.
Comment David Greyo vit-il de la photographie ?
David Greyo explique qu’il est très difficile de vivre uniquement de la vente de ses photos. Pour assurer ses revenus, il a diversifié ses activités. Il compte sur les gains des concours photo, mais surtout sur l’organisation de stages, de formations et de voyages photographiques. Cette diversification est, selon lui, une évolution incontournable du métier de photographe professionnel aujourd’hui.
Pourquoi un photographe animalier fait-il aussi des mariages ?
Pour David Greyo, les compétences techniques et artistiques en photographie sont transversales. Il estime que la maîtrise de la lumière, de la composition et la capacité à saisir un instant s’appliquent à tous les sujets, qu’il s’agisse d’un animal, d’une fleur ou d’un portrait. Photographier des événements comme des mariages est pour lui un nouveau défi qui lui permet de se remettre en question et d’enrichir sa pratique globale.
La photographie peut-elle vraiment aider à la protection de la nature ?
Oui, et David Greyo en donne un exemple concret. Engagé auprès d’un sanctuaire de chimpanzés en Guinée, il a utilisé ses photos pour lever des fonds. La vente de ses clichés d’une jeune chimpanzée orpheline a contribué à financer une opération chirurgicale vitale. Pour lui, c’est la preuve que la photographie peut être un outil puissant pour sensibiliser le public et générer un soutien direct à des projets de conservation.
