Du marketing à la forêt
Rien ne prédestinait Fabrice Milochau à devenir photographe de paysage. Il raconte avoir commencé sa vie professionnelle dans le marketing, un univers bien loin de ses aspirations profondes. C’est à l’âge de 30 ans qu’une remise en question le pousse à changer de voie pour exercer un métier en lien avec la nature. Après un passage par le journalisme au sein du magazine Science et Nature, il fait une rencontre décisive : celle du photographe Gilles Martin. Ce dernier l’encourage à se lancer, lui qui était prothésiste dentaire quelques années auparavant. Fabrice Milochau profite alors d’une période de chômage pour se donner un an et demi et s’immerger quotidiennement dans la forêt de Fontainebleau, s’exerçant sans relâche avec son appareil argentique.
« À niveau photo égal entre deux photographes, c’est toujours le plus amoureux de ce qu’il fait qui va faire les plus belles images. »
Laisser parler l’émotion
Pour Fabrice Milochau, la photographie de paysage est avant tout un « alibi pour être dans la nature ». Il insiste sur l’importance du chemin et de l’expérience vécue sur le terrain, bien plus que sur le résultat final. Selon lui, une démarche trop calculée, cherchant à répondre à une demande du marché, se ressentira dans les images et manquera d’âme. Il invite chaque photographe à s’interroger sur ce qui le touche personnellement dans une scène. C’est cette introspection qui permet de dépasser la simple photo « carte postale » et de créer des images chargées d’émotion. Sa définition du paysage est d’ailleurs très simple et ouverte : « c’est la partie du monde que l’on peut embrasser d’un seul regard ».
Cette approche l’amène à ne pas sacraliser les conditions de prise de vue. Il ne cherche pas à prédire la lumière idéale avec des applications, préférant composer avec ce que la nature lui offre à l’instant T, même en plein milieu de journée sous un soleil dur. C’est en se confrontant à toutes les situations, même les moins flatteuses, que l’on progresse le plus vite.
Un matériel simple et réfléchi
Loin de la course à l’équipement, Fabrice Milochau prône une approche pragmatique. Il travaille avec un boîtier plein format et quelques zooms qui couvrent ses besoins du grand angle au téléobjectif. Il révèle trois accessoires qui lui sont indispensables : un simple pinceau de bricolage pour nettoyer son matériel, une sacoche banane pour un accès facile et moins de transpiration qu’un sac à dos, et surtout, le filtre dégradé neutre. Ce dernier reste pour lui essentiel afin d’équilibrer les fortes différences de luminosité entre le ciel et le sol, directement à la prise de vue, pour un résultat plus naturel que les retouches logicielles.
Enfin, il confie utiliser un trépied quasi systématiquement. Au-delà de la stabilité, cet outil l’oblige à se poser, à ralentir et à soigner sa composition. « Le simple fait d’utiliser ce pied et d’avoir une photo posée va faire que tu vas avoir un autre rapport à ce qu’il y a devant toi et tu vas apporter beaucoup plus d’attention et beaucoup plus de soin à la composition de ton image. »
Les références de l’épisode
- Livre : « Les Secrets de la photo de Paysage » de Fabrice Milochau (éditions Eyrolles)
- Personnes : Gilles Martin (photographe)
- Magazines et éditeurs : Géo, Terre Sauvage, Figaro Mag, Détour en France, Science et Nature, Le Monde de la Photo, Artho, Glena, Eyrolles
- Lieux : Forêt de Fontainebleau, Chemins de Saint-Jacques de Compostelle
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Fabrice Milochau : d’une carrière en marketing à la photographie professionnelle.
- La bascule à 30 ans et l’envie d’un métier au contact de la nature.
- Son passage par le magazine Science et Nature et la rencontre décisive avec le photographe Gilles Martin.
- Son année d’apprentissage intensif et autodidacte en argentique dans la forêt de Fontainebleau.
- L’évolution du marché de la presse magazine pour les photographes.
- Pourquoi la photo de paysage est avant tout un « alibi » pour être dans la nature.
- L’importance du plaisir et de l’expérience vécue sur le terrain, plus que la destination.
- Sa définition personnelle et ouverte de ce qu’est un paysage.
- Son approche du matériel : des zooms pratiques plutôt que des focales fixes.
- Ses trois accessoires indispensables : un pinceau, une sacoche banane et un filtre dégradé neutre.
- Pourquoi il préfère un filtre physique aux corrections logicielles pour gérer les contrastes de lumière.
- L’usage systématique du trépied, non seulement pour la stabilité mais surtout pour ralentir et soigner sa composition.
- Sa méthode pour le repérage : pas d’applications, mais de la recherche dans les guides et les livres.
- Sa philosophie : photographier par tous les temps et à toute heure pour progresser.
- Un conseil simple pour trouver des points de vue : regarder les cartes postales locales.
- Comment dépasser la photo « carte postale » en se connectant à sa propre émotion.
- Cas pratique détaillé : les étapes pour réussir une photo de coucher de soleil sur la plage.
- Conseil de composition : ne jamais centrer la ligne d’horizon.
- Conseil de profondeur : toujours chercher un premier plan pour donner de l’échelle.
- Conseil de perspective : utiliser la plage de profil plutôt que de face.
- Conseil technique : attendre que le soleil soit très bas pour équilibrer l’exposition.
- La sortie de son livre « Les secrets de la photo de paysage » et sa chronique mensuelle dans Le Monde de la Photo.
FAQ
Qui est Fabrice Milochau ?
Fabrice Milochau est un photographe professionnel français spécialisé dans la photographie de paysage. Après une première carrière dans le marketing, il a opéré une reconversion à l’âge de 30 ans pour vivre de sa passion pour la nature. Auteur de plusieurs livres, dont « Les Secrets de la photo de Paysage » aux éditions Eyrolles, il a été publié dans de grands magazines comme Géo ou Terre Sauvage.
Quel matériel Fabrice Milochau utilise-t-il pour la photo de paysage ?
Fabrice Milochau privilégie un équipement pragmatique et léger. Il utilise un boîtier plein format et principalement des objectifs zooms (18-35 mm, 28-70 mm, 80-200 mm) pour leur polyvalence. Ses accessoires essentiels sont un filtre dégradé neutre pour équilibrer la lumière, un simple pinceau pour le nettoyage, et une sacoche banane plutôt qu’un sac à dos. Il utilise aussi systématiquement un trépied pour soigner ses compositions.
Pourquoi utiliser un trépied en photographie de paysage ?
Selon Fabrice Milochau, le trépied a deux fonctions majeures. La première, évidente, est d’assurer une stabilité parfaite et d’éviter tout flou de bougé, ce qui est crucial pour des tirages de grande taille. La seconde, plus philosophique, est d’inciter le photographe à ralentir. En posant son appareil, on prend davantage le temps d’observer, de peaufiner son cadrage et de porter une plus grande attention aux détails de la composition.
Comment dépasser la photo « carte postale » selon Fabrice Milochau ?
Pour éviter le cliché, Fabrice Milochau conseille de s’éloigner de la recherche de l’image « idéale » dictée par les conventions (ciel bleu parfait, heure dorée). Il recommande de se livrer à une introspection et de s’interroger : « Qu’est-ce qui me touche, moi, dans ce que je vois ? ». La clé est de se concentrer sur cette émotion personnelle et de chercher à la retranscrire, peu importent les conditions de lumière ou le lieu.
