De l’athlétisme à la forêt
Ancien coureur à pied de bon niveau, Vincent Rannou a dû mettre un terme à sa pratique sportive intensive à cause de blessures récurrentes. Cherchant une nouvelle activité en lien avec la nature, il emprunte l’appareil photo de son frère et part en forêt. La rencontre inattendue et intense avec un chevreuil à moins de dix mètres de lui est une révélation. Il y retrouve l’adrénaline et les émotions de la compétition, ce qui marque le début de sa passion pour la photographie animalière. C’est de sa Bretagne natale qu’il tire son pseudonyme, « An-Aer », qui signifie « atmosphère » en breton, mais qui est aussi le nom d’un ruisseau de son enfance. Un nom choisi pour se donner une plus grande liberté d’expression et ne pas lier directement son art à son identité civile.
« J’ai eu la chance de tomber nez à nez avec un chevreuil. Et là, j’étais totalement, je ne sais pas comment l’expliquer, mais paniqué et stressé. »
L’école du terrain
Vincent Rannou a tout appris sur le terrain, en autodidacte. Confronté au manque de lumière en forêt, il a dû maîtriser par l’expérimentation le triangle d’exposition (ouverture, vitesse, ISO). Son parcours d’études dans le management industriel lui a paradoxalement beaucoup servi, en lui inculquant une méthode de remise en question et d’amélioration continue. Il s’inspire du travail de photographes comme Jérémy Villette, Teddy Bracar ou Éric Guérin, non pour les copier, mais pour analyser ce qui lui plaît dans leurs images tout en développant sa propre signature. Pour lui, la démarche est claire : la connaissance naturaliste et le respect de l’animal priment sur la technique pure. Comprendre le comportement d’une espèce et son environnement est la clé pour limiter le dérangement et réussir ses photos.
« Quand on fait des erreurs sur la partie naturaliste, on ne s’en rend pas spécialement compte. […] Je pense que cette partie naturaliste-là est vraiment essentielle. »
La patience du photographe
La photographie de mammifères sauvages est une école de patience et d’engagement. Vincent Rannou l’illustre avec ses propres chiffres : depuis le début de l’année, il a réalisé 134 sorties, cumulant plus de 500 heures en forêt. Un investissement colossal pour une centaine de photos qu’il juge dignes d’être présentées. Sa méthode repose sur un repérage minutieux, notamment à l’aide d’une dizaine de pièges photographiques d’entrée de gamme qui lui permettent de cartographier les passages des animaux. Une journée type commence avant l’aube pour être en affût à 7h30, suivi de plusieurs heures de marche exploratoire, toujours avec ses deux boîtiers à la main, prêt à saisir une opportunité. Cette discipline et cette connaissance intime de son territoire sont le secret de ses images.
« Ça m’est arrivé des fois de rester sincèrement au total 40 heures dans la même zone, réparti sur plusieurs jours. […] Quand il y a la photo et qu’on a vécu ce moment-là face à l’animal, c’est extraordinaire. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Jérémy Villette, Teddy Bracar, Éric Guérin, Philippe Mouès, Picasso.
- Marques et matériel : Canon (650D, 6D Mark II, 80D), Sigma (500mm f/4).
- Lieux et institutions : Bretagne, Grand Palais, LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).
- Médias : Instagram, Apple Podcast, Spotify.
Au fil de l’épisode
- La signification du pseudonyme « An-Aer » : un mot breton pour « atmosphère » et le nom d’un ruisseau de son enfance.
- Comment des blessures récurrentes en course à pied l’ont mené à la photographie.
- Le récit de sa première rencontre avec un chevreuil, un moment déclencheur.
- Le lien inattendu entre ses études en management industriel et sa méthode en photographie.
- Son apprentissage de la technique photo en autodidacte, directement sur le terrain.
- Les photographes qui l’inspirent, comme Jérémy Villette, Teddy Bracar et Éric Guérin.
- Pourquoi la connaissance naturaliste est, selon lui, plus importante que la maîtrise technique.
- Les mammifères qu’il photographie en Bretagne : chevreuils, renards, blaireaux, et même des visons d’Amérique.
- Les différences fondamentales d’approche entre la photographie de mammifères et celle d’oiseaux.
- L’investissement en temps : 134 sorties et plus de 500 heures en forêt en quelques mois.
- Sa journée type : repérage avec des pièges photo, affût matinal, puis longue marche d’exploration.
- Le « Moment Insta » : ses réponses aux questions des abonnés sur son animal préféré, ses conseils aux débutants et son matériel.
- Son équipement : deux boîtiers Canon (un plein format et un APS-C), un téléobjectif Sigma 500mm f/4 et un 70-200mm f/2.8.
- Ses accessoires indispensables : trépied, lampe frontale, batteries de rechange et du talc pour vérifier le sens du vent.
FAQ
Qui est Vincent Rannou ?
Vincent Rannou, connu sous le pseudonyme An-Aer, est un photographe animalier français basé dans le centre de la Bretagne. Spécialisé dans la photographie de mammifères sauvages, il est un ancien athlète qui a transposé la discipline et la persévérance du sport dans sa pratique photographique. Il partage son travail principalement sur les réseaux sociaux et sur son site internet.
Pourquoi Vincent Rannou utilise-t-il le pseudonyme An-Aer ?
Le pseudonyme « An-Aer » a une double signification pour Vincent Rannou. Il signifie « atmosphère » en breton, ce qui reflète sa quête d’ambiances particulières dans ses photos. C’est aussi le nom d’un ruisseau près duquel il a grandi. Il a choisi ce nom pour dissocier son travail artistique de son identité personnelle et se sentir plus libre dans sa création.
Quelle est l’approche de Vincent Rannou pour la photo animalière ?
Son approche est fondée sur le respect de la nature et une connaissance approfondie des animaux et de leur environnement, qu’il juge plus importante que la technique. Il consacre un temps considérable au repérage, utilisant des pièges photographiques pour étudier les habitudes des animaux. Ses sorties combinent de longues heures d’affût patient et des marches d’exploration pour connaître parfaitement son territoire.
Quel matériel photo Vincent Rannou utilise-t-il ?
Vincent Rannou travaille avec deux boîtiers Canon : un 6D Mark II (plein format) et un 80D (APS-C). Il les couple avec deux objectifs principaux : un Sigma 500mm f/4 pour les sujets éloignés, monté sur l’APS-C pour atteindre une focale équivalente à 800mm, et un 70-200mm f/2.8 pour plus de polyvalence. Il utilise systématiquement un trépied pour garantir la netteté de ses images.
Combien de temps Vincent Rannou consacre-t-il à la photographie ?
Il y consacre un temps très important. À titre d’exemple, il mentionne avoir effectué 134 sorties et passé plus de 500 heures en forêt depuis le début de l’année au moment de l’interview. Il explique qu’il peut passer jusqu’à 40 heures sur une même zone, réparties sur plusieurs jours, dans l’espoir d’obtenir la photo qu’il a imaginée, ce qui témoigne d’un engagement et d’une patience extrêmes.
