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Le Village de Eourres

Maire d'Eourres, Caroline Yaffee raconte l'histoire singulière de ce village des Hautes-Alpes, passé de dix habitants dans les années 70 à une communauté vivante de 140 âmes. Loin d'être un modèle figé, Eourres est un laboratoire du vivre-ensemble où s'expérimentent la démocratie participative, l'autonomie et la sobriété heureuse. Comment cette dynamique a-t-elle permis de rouvrir une école, de créer une Biocoop et de développer une vie culturelle foisonnante ? Caroline Yaffee nous guide au cœur d'un projet de société où le respect de la nature et des liens humains prime sur tout le reste.

Caroline Yaffee, la démocratie participative et le respect du vivant au cœur d'un village des Hautes-Alpes

La renaissance d’un village

Perché à 1000 mètres d’altitude dans les Hautes-Alpes, le village d’Eourres a connu une histoire mouvementée. Centre dynamique du temps de Napoléon avec plus de 1000 habitants, il a subi l’exode rural jusqu’à n’être plus peuplé que par une dizaine d’anciens en 1975. C’est à cette époque qu’une première vague de jeunes, en quête d’un retour à la terre, s’y installe, attirée par le lieu isolé et les terres abordables. Caroline Yaffee, l’actuelle maire, arrive en 1979 avec une seconde vague qui prendra véritablement en main la destinée du village. Elle raconte comment l’élection d’un nouveau maire dans les années 80 a permis à cette jeunesse de s’investir, de créer des logements sociaux et de lancer une nouvelle dynamique.

« On a vraiment pris le destin du village en main », explique-t-elle, soulignant l’importance de cette impulsion politique pour permettre l’installation de nouvelles familles.

Un écosystème social et économique

La vie à Eourres s’est organisée de manière organique, à partir des besoins des habitants. La Biocoop locale est ainsi née d’un simple groupement d’achats. De la même manière, l’école a vu le jour grâce à des parents qui se sont regroupés pour créer un jardin d’enfants, avant d’obtenir un contrat avec l’Éducation nationale pour une école primaire à pédagogie alternative. Cette vitalité attire de nombreuses jeunes familles, séduites par un environnement préservé et une grande liberté pour les enfants. L’économie locale est diverse : artisans (vannerie, tourneur sur bois), agriculteurs (maraîchage, spiruline), intermittents du spectacle et activités d’agrotourisme. Une politique communale volontariste sur le foncier permet de maintenir des terrains à des prix abordables.

Cette organisation repose sur une philosophie de « sobriété bienheureuse », où beaucoup choisissent de travailler à temps partiel pour se consacrer à d’autres activités comme le jardinage.

La démocratie participative au quotidien

Le fonctionnement politique d’Eourres repose sur une démocratie participative bien ancrée. Les grandes orientations sont débattues lors de réunions de village ouvertes à tous, ou au sein de commissions thématiques. Le conseil municipal est ensuite chargé de mettre en œuvre les décisions prises collectivement. « Le conseil municipal est vu comme un organe non pas de décision mais d’exécution », précise Caroline Yaffee. Cette approche a permis de trouver des solutions créatives, comme pour l’installation d’habitats légers. Face à l’arrivée de familles en yourte, le village a mis en place un système de parrainage où un propriétaire privé se porte garant de l’installation sur son terrain, assurant une intégration harmonieuse.

L’arrivée de nouveaux habitants se fait de manière tout aussi organique, basée sur la rencontre et le partage, sans processus de sélection formel.

Un village ouvert mais pas une vitrine

Longtemps considérés comme des « extraterrestres » par les villages voisins, les habitants d’Eourres sont aujourd’hui des acteurs culturels reconnus dans la vallée, initiant des projets comme une bibliothèque intercommunale ou une fête du printemps. Si le village s’inspire de lieux comme la communauté de Findhorn en Écosse, il revendique son indépendance et ne se rattache à aucun mouvement particulier. Cette volonté de rester soi-même se traduit par un refus de la médiatisation à outrance. « On n’a jamais voulu faire de publicité », insiste la maire, qui préfère une croissance organique à une arrivée massive de curieux. Cette indépendance s’affirme aussi par des choix forts, comme le refus collectif de l’installation d’une antenne de téléphonie mobile ou des compteurs Linky.

Eourres se définit avant tout comme une commune de la République, où chacun, quelles que soient ses convictions, a sa place.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Pierre Rabhi, Napoléon
  • Lieux : Eourres, Hautes-Alpes, Findhorn (Écosse), Laragne-Montéglin, Sisteron
  • Organisations : Biocoop, Colibris, Kaizen Magazine, Coopérative Oasis, France 3
  • Concepts : Démocratie participative, sobriété heureuse, communication non violente (CNV), phytoépuration

Au fil de l’épisode

  • Présentation d’Eourres, village de 140 habitants à 1000 mètres d’altitude dans les Hautes-Alpes.
  • L’histoire du village : d’un chef-lieu de canton à l’époque de Napoléon à un quasi-abandon dans les années 1970.
  • La renaissance grâce à deux vagues de nouveaux arrivants, en 1975 puis dans les années 80.
  • La création de services nés des besoins des habitants, comme la Biocoop et l’école à pédagogie alternative.
  • La politique foncière de la commune pour rendre les terrains accessibles aux jeunes familles.
  • L’économie locale, entre artisanat, agriculture, tourisme et activités artistiques, et la philosophie de la « sobriété bienheureuse ».
  • La vie sociale et culturelle, animée de manière spontanée par les villageois.
  • Le modèle de démocratie participative, où le conseil municipal exécute les décisions prises par la communauté.
  • L’intégration des yourtes et habitats légers via un système de parrainage par les propriétaires terriens.
  • Les liens avec la vallée : d’un statut de « marginaux » à celui de moteur culturel.
  • L’inspiration de la communauté de Findhorn et l’importance d’une spiritualité ouverte.
  • Le refus de se définir comme un modèle ou de faire de la publicité, pour préserver une croissance organique.
  • Les choix collectifs forts : le refus d’une antenne relais pour les téléphones portables et des compteurs Linky.

FAQ

Qui est Caroline Yaffee ?

Caroline Yaffee est la maire du village d’Eourres, dans les Hautes-Alpes. Arrivée en 1979, elle fait partie de la seconde vague d’habitants qui ont redonné vie au village. Engagée depuis plus de 40 ans dans ce projet de société alternatif, elle a été élue maire pour trois mandats. Elle porte la vision d’une communauté basée sur le respect de la nature, les relations humaines et la démocratie participative.

Qu’est-ce que le village d’Eourres ?

Eourres est une commune française des Hautes-Alpes qui, après avoir frôlé l’abandon, a été repeuplée à partir de 1975. Comptant aujourd’hui 140 habitants, le village est connu pour son mode de vie alternatif centré sur l’écologie, l’autonomie et une forte vie collective. Bien qu’il partage les valeurs de nombreux écovillages, il s’agit d’une commune classique, ouverte à tous, qui expérimente au quotidien la démocratie participative et la sobriété.

Comment les décisions sont-elles prises à Eourres ?

Les décisions sont prises selon un modèle de démocratie participative. Les grandes orientations pour le village sont débattues lors de réunions publiques ou au sein de commissions thématiques où tous les habitants peuvent s’impliquer. Le conseil municipal a pour rôle de concrétiser ces décisions collectives en s’occupant des aspects administratifs, juridiques et financiers, agissant ainsi comme un organe d’exécution plutôt que de décision.

Quelles sont les activités économiques à Eourres ?

L’économie d’Eourres est diversifiée et locale. Elle repose sur l’agriculture (maraîchage, spiruline), l’artisanat (vannerie, tournage sur bois), un fournil, l’agrotourisme (camping, randonnées avec des ânes ou à cheval) et les activités artistiques, avec plusieurs intermittents du spectacle. Beaucoup d’habitants créent leur propre activité et choisissent de travailler à temps partiel pour privilégier un mode de vie plus sobre et avoir du temps pour d’autres occupations.

Pourquoi Eourres n’a-t-il pas de réseau de téléphonie mobile ?

L’absence de réseau mobile à Eourres est un choix délibéré de la communauté. Les habitants ont refusé à plusieurs reprises l’installation d’une antenne relais sur les terrains de la commune. Cette décision, prise à une très large majorité, vise à préserver leur cadre de vie et leur environnement des ondes électromagnétiques. Le village privilégie en revanche le développement de la fibre optique pour l’accès à internet.

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