Un appel venu de loin
Avant de dédier sa vie aux peuples d’Amazonie, Mathilde Everaere suivait un parcours classique : après des études à Sciences Po en relations internationales, elle commence à voyager pour des stages à l’étranger. Mais au-delà de son cursus, elle ressent depuis l’enfance un appel profond pour le lointain, une intuition que d’autres manières de voir le monde existent. C’est au Brésil, à l’âge de 23 ans, que sa vie prend un tournant décisif lorsqu’elle est invitée à rencontrer une tribu amazonienne. Cette expérience est un choc qui la pousse à rester sur place pour approfondir ce qui n’est alors qu’une intuition.
« Je sentais qu’il y avait quelque chose qui me poussait à aller au-delà de ce que je pouvais avoir accès, comme forme d’apprécier, de voir, de comprendre et matérialiser la matière et la réalité ici en France. »
Mémoire d’un peuple
Mathilde Everaere raconte la résilience des peuples autochtones du Brésil, dont l’histoire a été marquée par plusieurs vagues de colonisation. Elle évoque une période particulièrement sombre et récente : la dictature militaire qui, jusqu’en 1986, a imposé une violence extrême à ces communautés, allant jusqu’à interdire leur langue et leurs pratiques culturelles sous peine de mort. Cette oppression a provoqué une rupture générationnelle et une crise identitaire profonde. Pourtant, elle témoigne de leur incroyable capacité de résilience et de leur renaissance politique et culturelle fulgurante ces dernières décennies.
Aujourd’hui, plus de 300 ethnies au Brésil se réapproprient leur culture, retrouvent leur fierté et s’organisent pour faire entendre leur voix sur la scène internationale, notamment sur les enjeux climatiques.
Le sens du collectif
Ce qui a profondément touché Mathilde Everaere, c’est la cohérence du mode de vie tribal, qu’elle a vu se refléter dans le comportement naturel des enfants. Elle décrit un système éducatif basé non pas sur la théorie, mais sur l’apprentissage pratique et interconnecté au sein de la communauté, ce qui favorise l’autonomie, la confiance et le sens des responsabilités. Devenue mère à son tour, elle a mesuré la richesse de cette approche. Elle aborde aussi le défi que représente la modernité pour les jeunes générations, tout en soulignant un puissant mouvement de réappropriation culturelle, souvent lié à la redécouverte des plantes sacrées.
C’est pour transmettre ces savoirs qu’elle a cofondé l’association O Organismo, qui vise à créer des ponts entre les mondes et à réapprendre à vivre comme un « organisme unifié ».
La conscience des plantes
L’épisode explore le sujet des plantes-médecine, comme le rapé ou l’ayahuasca, qui suscitent un intérêt croissant en Occident. Mathilde Everaere explique que pour les peuples d’Amazonie, ces plantes sont des outils de guérison puissants agissant sur les plans physique, émotionnel et spirituel. Selon leurs traditions, la connaissance de leurs propriétés et de leurs alchimies complexes n’est pas le fruit d’essais-erreurs, mais une information transmise directement par les plantes aux ancêtres. Elle partage ses propres expériences, les décrivant comme des moments de transformation profonde qui permettent de prendre du recul et de redonner un sens à sa vie.
Elle met toutefois en garde contre les risques d’une appropriation culturelle superficielle, rappelant que ces pratiques s’inscrivent dans un cadre rituel et sacré qui doit être respecté.
Pour aller plus loin
- Le site d’Alexandre Sattler, photographe et réalisateur du podcast
- L’association Regard’Ailleurs
- Le compte Instagram d’Alexandre Sattler
Les références de l’épisode
- Les peuples Huni Kuin, Shanna, Wano Kekoi, Yaonawa et Shipibo
- L’association O Organismo
- L’État de l’Acre au Brésil
- Les plantes-médecine : ayahuasca, rapé, cacao
- L’école Sciences Po
- La COP (Conférence des Parties sur le climat)
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Mathilde Everaere, de Sciences Po à l’appel du voyage.
- Sa première rencontre décisive avec une tribu d’Amazonie à 23 ans.
- La décision de rester au Brésil pour apprendre auprès des peuples autochtones.
- La création de l’association O Organismo pour faire le pont entre les cultures.
- La vie en communauté et la gestion d’un territoire en osmose avec la nature.
- L’histoire des peuples brésiliens : colonisation et violences de la dictature jusqu’en 1986.
- La perte et la reconquête de la langue et de l’identité culturelle.
- La renaissance politique des peuples autochtones sur la scène internationale.
- L’impact de la maternité sur sa compréhension des modes de vie traditionnels.
- Le modèle d’éducation autochtone, basé sur la pratique et la liberté.
- Les défis de la modernité pour les jeunes générations et la réappropriation des traditions.
- Le rôle des plantes sacrées dans la revitalisation culturelle.
- L’usage de la technologie pour préserver et partager les savoirs ancestraux.
- Définition des plantes-médecine et de la pharmacopée amazonienne.
- L’intérêt occidental pour ces pratiques et le risque d’appropriation culturelle.
- L’origine de la connaissance des plantes, transmise par les esprits de la nature.
- Ses expériences personnelles et transformatrices avec l’ayahuasca.
- Le message final : la possibilité de créer une réalité collective plus harmonieuse.
FAQ
Qui est Mathilde Everaere ?
Mathilde Everaere est une ancienne chargée de coopération internationale formée à Sciences Po. Sa vie a changé en 2015 après une rencontre avec les traditions des peuples d’Amazonie. Elle se consacre depuis à l’étude et au partage de leurs pratiques, notamment celles du peuple Huni Kuin. Elle agit comme un pont entre les cultures, transmettant les savoirs ancestraux sur la vie en communauté, la guérison et les plantes-médecine.
Qu’est-ce que le peuple Huni Kuin ?
Le peuple Huni Kuin est l’une des nombreuses ethnies autochtones vivant en Amazonie brésilienne, principalement dans l’État de l’Acre, à la frontière avec le Pérou. C’est le premier peuple que Mathilde Everaere a rencontré et avec lequel elle a tissé des liens forts. Ils possèdent une culture riche et une connaissance profonde de la forêt et des plantes médicinales, qui sont au cœur de leurs traditions et de leur spiritualité.
Que sont les plantes-médecine selon les traditions amazoniennes ?
Dans cet épisode, les plantes-médecine sont présentées comme des végétaux dotés d’un pouvoir de guérison sur les plans physique, émotionnel et spirituel. Des exemples comme le rapé (un tabac en poudre) ou l’ayahuasca sont cités. Selon les peuples autochtones, la connaissance de leur préparation et de leurs usages a été transmise directement par les esprits des plantes à leurs ancêtres. Leur utilisation s’inscrit toujours dans un cadre rituel et sacré.
Comment les peuples autochtones d’Amazonie ont-ils survécu ?
L’épisode explique qu’ils ont subi de plein fouet la colonisation et la violence d’une dictature militaire au Brésil jusque dans les années 1980, qui a failli anéantir leur culture. Malgré cette oppression, de nombreuses communautés ont survécu. Elles connaissent aujourd’hui une renaissance culturelle et politique, se réappropriant leurs traditions et s’organisant pour défendre leurs droits et leur vision du monde sur la scène internationale.
