De l’enseignement à la passion sauvage
Exceptionnellement, Régis Moscardini passe de l’autre côté du micro. Interviewé par le photographe Aymeric Baron, il raconte comment la photographie animalière est entrée dans sa vie. Loin d’un déclic soudain, il s’agit d’un cheminement naturel. Jeune instituteur muté dans un petit village du Morvan, au cœur de la Bourgogne, il se retrouve souvent seul le week-end. Pour occuper son temps, il se promène dans cette région très préservée et commence à s’intéresser à la photographie. Le petit appareil compact est vite remplacé par un reflex, et le doigt est mis dans un engrenage passionnant.
« Tu te retrouves embarqué dans une passion qui est la photographie animalière. Et puis, après, tu ne peux plus lâcher, tu as le virus et c’est parti comme ça. »
Plus naturaliste que patient
Interrogé sur les qualités indispensables du photographe animalier, Régis Moscardini bat en brèche une idée reçue : la patience n’est pas la première des vertus. Avant tout, il faut être un bon naturaliste. Selon lui, on peut maîtriser la technique à la perfection, si l’on n’a aucune connaissance du comportement et de l’habitat de l’animal, on n’arrivera à rien. Il insiste sur la nécessité de se documenter, de lire, de s’intéresser à l’espèce que l’on souhaite photographier pour savoir où et quand la trouver. La curiosité scientifique est la première des clés.
La seconde qualité est de développer un œil artistique pour dépasser la simple photo documentaire et créer de l’émotion. Pour cela, il conseille de nourrir sa créativité en s’imprégnant de toutes les formes d’art : peinture, sculpture, musées. S’ouvrir à d’autres univers que celui de la photographie est essentiel pour enrichir sa propre pratique et ne pas se contenter de reproduire ce qui existe déjà.
Choisir son sujet, préparer sa sortie
Pour un débutant, la première recommandation de Régis Moscardini est de s’entraîner « à vide ». La photographie animalière offre peu de moments de déclenchement ; il est donc crucial d’être prêt lorsque l’occasion se présente. Il raconte s’être exercé sur des peluches pour maîtriser des techniques comme le contre-jour, ou sur des animaux domestiques pour s’entraîner au flou de mouvement. L’erreur à ne surtout pas commettre est de partir sur le terrain sans préparation, en espérant simplement croiser des animaux. La faune sauvage en France est extrêmement farouche et a une peur viscérale de l’être humain, qu’elle détecte bien avant d’être vue.
Sa méthode pour trouver les animaux est simple : se concentrer sur une seule espèce à la fois. Une fois l’espèce choisie (par exemple, le renard), il faut tout apprendre sur elle, puis partir sur le terrain pour chercher des indices de sa présence (crottes, passages). L’étape suivante est l’observation à distance, avec des jumelles, pour confirmer sa présence et étudier ses habitudes. Ce n’est qu’après ce long travail de repérage que la prise de vue peut être envisagée.
Affût, approche et respect de l’animal
Régis Moscardini aborde les deux grandes techniques pour photographier les animaux : l’affût et l’approche. L’affût, qui consiste à se cacher et à attendre que l’animal vienne, est sa méthode de prédilection. Elle permet d’obtenir des attitudes très naturelles car l’animal ne se sent pas observé, et elle est la plus respectueuse car elle minimise le dérangement. L’approche, qui consiste à se déplacer pour trouver l’animal, est plus adaptée aux photographes qui aiment bouger, mais elle est plus intrusive et mène à plus d’échecs. Pour les débutants, il conseille de commencer par l’affût pour éviter la frustration.
Il insiste sur un point fondamental : le respect de l’animal. En tant que photographe, on est un invité dans son habitat. Il faut donc se faire le plus petit possible et être particulièrement vigilant durant les périodes de reproduction et d’élevage des jeunes pour ne pas causer de stress qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les individus.
Le matériel pour bien démarrer
Quel équipement pour se lancer ? Régis Moscardini recommande un kit minimaliste mais efficace : un appareil photo reflex, un trépied et un téléobjectif d’au moins 300 mm. Le trépied est indispensable en affût, non pas pour le flou de bougé, mais pour le confort et la liberté de mouvement. Concernant l’appareil, une rafale rapide et une bonne montée en sensibilité ISO sont des atouts majeurs. Pour l’objectif, un 300 mm f/4 est un excellent compromis, un véritable « couteau suisse » polyvalent. Pour un budget plus conséquent, il suggère les zooms 150-600 mm de Sigma ou Tamron, très performants pour leur prix.
Enfin, il détaille les bases du camouflage : porter des vêtements aux teintes neutres, casser la silhouette humaine (en s’asseyant, en utilisant une toile de camouflage), masquer la peau des mains et du visage, et surtout, maîtriser son odeur. Pas de parfum, pas de cigarette, et des vêtements lavés à l’eau claire, sans lessive, pour ne pas alerter l’odorat très développé des mammifères.
Les références de l’épisode
- Personnes : Aymeric Baron.
- Lieux : Morvan, Bourgogne.
- Marques et entités : Auxonature.com, Wikipédia, Décathlon, Pentax, Canon, Nikon, Sigma, Tamron.
- Animaux cités : blaireau européen, mésange, rouge-gorge, renard, lapin de garenne.
Au fil de l’épisode
- Régis Moscardini explique le format particulier de l’épisode : il est l’interviewé, et non l’interviewer.
- Présentation de Régis par le photographe Aymeric Baron.
- Les débuts de Régis en photographie : une conséquence de son installation comme instituteur dans le Morvan.
- Le passage du simple intérêt à la passion dévorante pour la photographie animalière.
- L’importance de l’amour pour la nature et les animaux, sauvages comme domestiques.
- L’attirance pour la rareté et le mystère des animaux difficiles à observer.
- Les qualités indispensables du photographe animalier : être un bon naturaliste avant d’être un bon technicien.
- La nécessité de se documenter et de connaître intimement l’espèce que l’on veut photographier.
- Développer un œil artistique en s’inspirant de toutes les formes d’art, au-delà de la photo.
- Conseil pour débuter : s’entraîner « à vide », avec des peluches ou des animaux domestiques, pour maîtriser la technique.
- L’erreur fréquente du débutant : partir à l’aventure sans préparation.
- La peur viscérale des animaux sauvages envers l’être humain.
- La méthode pour trouver les animaux : se focaliser sur une seule espèce et l’étudier.
- L’exemple du renard : apprendre ses habitudes, repérer les indices de présence, puis observer à distance.
- L’importance capitale de la direction du vent pour ne pas être trahi par son odeur.
- L’éthique du photographe : nous sommes des invités dans l’habitat des animaux.
- La vigilance absolue requise pendant les périodes de nidification et d’élevage des petits.
- Comparaison entre l’affût (se cacher) et l’approche (se déplacer).
- Pourquoi l’affût est recommandé pour les débutants afin d’éviter la frustration.
- Le matériel minimum conseillé pour commencer : un reflex, un trépied et un objectif de 300 mm.
- Les caractéristiques utiles d’un boîtier : rafale rapide et bonne gestion des hauts ISO.
- Le 300 mm f/4, le « couteau suisse » de la photo animalière.
- Pour aller plus loin : les zooms 150-600 mm de Sigma et Tamron.
- Les bases du camouflage : vêtements neutres, casser la forme humaine, masquer la peau et gérer les odeurs.
- Le matériel personnel de Régis : un boîtier Pentax K3 et un 300 mm f/4.
- Conseil pour le choix d’une marque : privilégier l’écosystème d’objectifs disponibles.
- Comment réaliser des photos originales : se mettre à hauteur de l’animal.
- L’importance de capturer une attitude, un comportement, pour créer de l’émotion.
- Raconter une histoire pour que le spectateur s’attarde sur l’image.
- Les réglages de base : priorité à l’ouverture, autofocus continu et mode rafale.
- Adapter ses réglages à son intention créative (figer le mouvement ou créer un flou).
- Conclusion et invitation à visiter le blog Auxonature.com.
FAQ
Qui est Régis Moscardini ?
Régis Moscardini est un photographe professionnel spécialisé dans la photographie animalière. Ancien instituteur, il s’est installé dans le Morvan, en Bourgogne, où il pratique sa passion. Il est également le fondateur du blog de référence Auxonature.com, sur lequel il partage depuis 2010 de nombreux conseils techniques et des récits de terrain pour aider les photographes à progresser.
Quelles sont les qualités essentielles pour un photographe animalier ?
Selon Régis Moscardini, la qualité première n’est pas la patience, mais d’être un bon naturaliste. Il est crucial de connaître en profondeur l’espèce que l’on souhaite photographier : son habitat, son régime alimentaire, ses habitudes. Vient ensuite la nécessité de développer un œil artistique pour créer des images émouvantes et non de simples documents. Cela passe par une curiosité pour toutes les formes d’art.
Quel matériel est recommandé pour débuter en photographie animalière ?
Pour commencer, Régis Moscardini conseille un équipement simple et efficace : un appareil photo de type reflex, un trépied stable et un téléobjectif d’une focale d’au moins 300 mm. Le trépied est essentiel pour le confort lors des longues attentes en affût. Un boîtier avec une bonne cadence en rafale et une bonne performance en haute sensibilité (ISO) est un plus.
Comment trouver des animaux sauvages à photographier ?
La méthode de Régis Moscardini consiste à ne pas se disperser. Il recommande de choisir une seule espèce et de se documenter à fond sur elle. Ensuite, il faut se rendre sur le terrain pour chercher des indices de sa présence (traces, crottes). Une fois une zone potentielle identifiée, l’étape suivante est l’observation discrète à distance, avec des jumelles, pour confirmer la présence de l’animal et étudier ses déplacements avant d’envisager la prise de vue.
Faut-il privilégier l’affût ou l’approche ?
Régis Moscardini explique que le choix dépend du tempérament du photographe. L’affût (se cacher et attendre) est plus discret, moins dérangeant pour l’animal et permet d’obtenir des attitudes naturelles. L’approche (se déplacer vers l’animal) convient aux personnes plus actives. Cependant, il recommande aux débutants de commencer par l’affût, car cette technique mène plus rapidement à des réussites et permet d’éviter la frustration des échecs répétés de l’approche.
