De la course à pied à l’affût
Christophe Ravier vit en Alsace depuis une trentaine d’années, où il pratique la photographie nature en amateur. Son déclic pour cette discipline coïncide avec son passage au numérique, il y a une dizaine d’années. C’est en réalisant qu’il passait à côté de l’essentiel lors de ses footings en nature qu’il a décidé de ralentir. « J’ai assez facilement laissé tomber les baskets pour une paire de bottes, changé mon lycra contre une tenue de camouflage », raconte-t-il. Cette nouvelle approche, plus lente et contemplative, lui a permis de mieux observer et comprendre le monde sauvage qui l’entoure. Ses sorties sont désormais dédiées au repérage et à l’observation naturaliste.
Cette passion l’a également mené, avec un ami, à créer une exposition photo en 2010, à l’occasion de l’année internationale de la biodiversité. L’événement a grandi pour devenir le Festival Focal Nature à Offendorf, qui rassemble chaque année une vingtaine de photographes régionaux.
La primauté du comportement
Loin de son métier de responsable de projet dans l’industrie chimique, Christophe Ravier trouve dans la photographie un espace où son côté « ingénieur » lui sert à bricoler son matériel et à comprendre la technique. Équipé en Canon, avec notamment un 5D Mark III et un téléobjectif de 500 mm, il privilégie la photographie depuis un affût. Pour lui, l’essentiel n’est pas la perfection technique, mais la capture d’un comportement. « Une belle photo de mammifère ou d’oiseau, c’est avant tout une photo pour moi de comportement », explique-t-il. Selon lui, une scène de vie intense tolère plus facilement de légers défauts de lumière ou de composition, contrairement à la macrophotographie ou au paysage, qui exigent une maîtrise plus artistique.
Il insiste sur l’importance de la connaissance de l’espèce et de la proximité. Pour lui, les meilleures photos se font près de chez soi, là où des visites fréquentes permettent de se familiariser avec le milieu, de repérer les bonnes lumières et de comprendre les habitudes des animaux.
Dans l’intimité du grèbe huppé
Le grèbe huppé est son sujet de prédilection. Cet oiseau, reconnaissable à sa collerette rousse et noire, ses yeux rouges et sa double huppe, est célèbre pour ses parades amoureuses spectaculaires. Au printemps, les couples se livrent à une danse bruyante où ils semblent marcher sur l’eau en s’offrant des bouquets d’algues. Christophe Ravier souligne l’importance de la démarche naturaliste : observer, écouter et apprendre pour comprendre les mœurs de l’animal. Il a ainsi pu documenter des moments uniques, comme la construction du nid flottant, l’accouplement, ou le transport des poussins nidifuges sur le dos des parents.
Il raconte comment les adultes échangent les petits : l’un se cabre pour faire tomber les poussins à l’eau, qui grimpent aussitôt sur le dos de l’autre parent, libérant le premier pour qu’il puisse aller se nourrir. Une connaissance fine qui permet d’anticiper les actions et de réaliser des clichés uniques.
L’art de l’affût flottant
Pour s’approcher au plus près du grèbe huppé sans le déranger, Christophe Ravier utilise une technique immersive : l’affût flottant. Il démystifie sa fabrication, expliquant qu’il s’agit d’une structure simple à construire avec des plaques de mousse, du contreplaqué marine et une toile de camouflage. L’appréhension de noyer son matériel est, selon lui, très faible. L’essentiel est d’habituer les animaux à cette forme étrange en venant régulièrement. « En début de saison, c’est difficile de l’approcher à moins d’une cinquantaine de mètres. En fin de saison, il y a eu qui viennent tourner autour de l’affût flottant », confie-t-il.
Cet outil offre une perspective unique au ras de l’eau et permet une grande mobilité sans supporter le poids du matériel. Côté réglages, il conseille de travailler à une ouverture moyenne comme f/8 pour assurer la netteté sur l’ensemble de l’oiseau, quitte à monter en ISO, une capacité qu’il apprécie sur son boîtier. C’est en connaissant parfaitement le comportement du grèbe qu’il a pu capturer sa fameuse photo de l’oiseau bondissant sur son nid, un cliché qui n’est pas le fruit du hasard mais d’une observation patiente.
Les références de l’épisode
- Personnes : Christophe Ravier, Régis Moscardini.
- Lieux : Alsace, Strasbourg, le Rhin, Offendorf, Baie de Somme.
- Événements : Festival de l’oiseau en baie de Somme, Festival Focal Nature.
- Marques et matériel : Canon (5D Mark III, 500mm f/4, 100-400mm, 17-40mm).
- Organisations : Agence BIOS Photo.
- Espèces animales : grèbe huppé, héron, grande égrette, renard, chevreuil, sanglier, lièvre, lapin, gorge bleue.
Au fil de l’épisode
- Présentation de Christophe Ravier, photographe amateur spécialiste du grèbe huppé.
- Son parcours : comment il est passé de la course à pied à la photographie de nature pour mieux observer.
- La naissance du Festival Focal Nature à Offendorf, en Alsace.
- Le lien entre son métier d’ingénieur dans l’industrie chimique et sa pratique photographique.
- Son équipement photo, principalement de la marque Canon.
- Sa philosophie : privilégier la photographie de comportement animalier.
- L’importance de la connaissance du terrain et de la photographie de proximité.
- Son terrain de jeu : une réserve naturelle forestière et alluviale le long du Rhin.
- Ses techniques de repérage de la faune : traces, déjections et écoute des chants d’oiseaux.
- Le grèbe huppé : un oiseau photogénique mais souvent méconnu.
- Description de l’espèce, de son habitat et de ses parades amoureuses spectaculaires.
- Les particularités du grèbe : son nid flottant et ses poussins transportés sur le dos des parents.
- La démarche naturaliste comme préalable indispensable à la photographie.
- Les comportements les plus intéressants à photographier chez le grèbe.
- La technique de l’affût flottant pour approcher les oiseaux d’eau.
- Conseils pour construire son propre affût flottant.
- Comment les animaux s’habituent progressivement à la présence de l’affût.
- Le choix des focales et les réglages à adopter pour ce type de prise de vue.
- L’histoire derrière sa célèbre photo du grèbe qui bondit sur son nid.
- Le conseil final de Christophe : sortir souvent, léger, et ne jamais oublier ses jumelles.
FAQ
Qui est Christophe Ravier ?
Christophe Ravier est un photographe animalier amateur basé en Alsace. Connu pour ses magnifiques clichés du grèbe huppé, il s’est spécialisé dans la photographie en milieu aquatique grâce à la technique de l’affût flottant. Ancien coureur à pied, il a adopté une approche lente et patiente de la nature, considérant que la connaissance de l’espèce et l’observation priment sur la prise de vue elle-même. Il est également co-organisateur du Festival Focal Nature à Offendorf.
Qu’est-ce qu’un grèbe huppé ?
Le grèbe huppé est un oiseau aquatique que l’on trouve sur les lacs et étangs, notamment dans la moitié nord de la France. Il est très reconnaissable à ses yeux rouges, sa collerette de plumes rousses et noires et sa double huppe sur la tête. Particulièrement photogénique, il est connu pour ses comportements fascinants, comme sa parade nuptiale où les deux partenaires semblent marcher sur l’eau, ou le fait que les parents transportent leurs poussins sur leur dos.
Pourquoi l’affût flottant est-il une technique efficace ?
L’affût flottant est une structure flottante camouflée qui permet au photographe de s’immerger dans le milieu aquatique. Cette technique est très efficace car elle place l’objectif au niveau de l’animal, offrant des perspectives uniques. Elle permet de s’approcher des espèces farouches sans être perçu comme une menace humaine. L’animal s’habitue à cette forme flottante et se comporte plus naturellement, ce qui est idéal pour capturer des scènes de vie authentiques.
Comment Christophe Ravier a-t-il commencé la photographie animalière ?
Christophe Ravier a commencé la photographie animalière après une prise de conscience lors de ses sorties de course à pied. Il sentait qu’il passait trop vite à côté des scènes de nature. Il a alors décidé de ralentir radicalement son rythme, troquant ses chaussures de sport contre des bottes et une tenue de camouflage. Cet éloge de la lenteur lui a permis de développer son sens de l’observation et sa connaissance du terrain, qui sont devenus les piliers de sa pratique photographique.
Quel est le conseil principal de Christophe Ravier pour réussir ses photos animalières ?
Pour Christophe Ravier, une bonne photo animalière est avant tout le résultat d’un excellent repérage et d’une connaissance approfondie de l’espèce photographiée. Il conseille de passer beaucoup de temps sur le terrain à observer, idéalement avec une paire de jumelles. Selon lui, le déclenchement de l’appareil photo n’est que l’aboutissement de tout ce processus d’apprentissage et d’immersion. Son mot d’ordre est : « sortez léger et sortez souvent ».
