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L’astrophotographie avec Corentin de la chaine Nébuleuses et Cacao

Corentin Kimenau, astrophotographe derrière la chaîne Nébuleuses et Cacao, ne court ni après les records ni après la performance. Réalisateur le jour, il photographie la nuit le ciel étoilé pour une seule raison : partager l'émerveillement. Dans cet épisode de Libre et Photographe, il raconte comment une simple tasse de chocolat chaud a donné son nom à son projet, ce qu'il appelle le « vertige de lucidité », et surtout comment débuter l'astrophotographie sans se ruiner. Une invitation, très concrète, à lever la tête et à regarder vraiment le spectacle offert chaque nuit.

Corentin Kimenau, l'astrophotographie accessible pour s'émerveiller du ciel étoilé

Une tasse de chocolat et le vertige du ciel

Corentin Kimenau est réalisateur de films publicitaires, mais c’est la nuit, loin des clients, qu’il donne vie à son projet le plus personnel : Nébuleuses et Cacao. Il raconte que le nom est né d’une photographie prise en plongée d’une tasse de chocolat chaud, dont la mousse dessinait une nébuleuse. La nébuleuse, pour lui, dit l’immensité ; le lait et le cacao rappellent l’enfance et ce qu’il appelle le regard d’enfant, une naïveté volontairement gardée pour continuer à s’étonner du ciel.

Il explique avoir grandi à la campagne, là où la Voie lactée était encore accessible depuis le jardin. Pas de déclic unique, dit-il, mais un émerveillement qui ne l’a jamais quitté.

« Juste une excuse pour parler de tout ça »

L’astrophotographie, résume-t-il, c’est l’astronomie et la photographie réunies : capter sur un capteur la lumière des astres. Mais Corentin Kimenau se méfie de la performance, des résultats et des records. Ce qu’il cherche, c’est l’émerveillement et la poésie. Il a forgé une expression pour décrire ce qu’il ressent sous les étoiles, le « vertige de lucidité » : la conscience soudaine de faire partie d’un tout. « L’astrophotographie, pour moi, c’est juste une excuse pour pouvoir parler de tout ça », confie-t-il.

Son but n’est pas d’être vu mais de montrer : « mon but avec ces vidéos c’est de montrer les choses, c’est pas d’être vu ». Il regrette que les médias parlent du ciel sans poésie, alors que, dit-il, « la Lune, en fait, elle est comme ça tous les soirs. Elle est splendide tous les soirs quand c’est pas couvert. »

De la pose de trente secondes au ciel profond

Corentin Kimenau détaille sa méthode sans jargon. Tout part de la pose longue, souvent trente secondes autour de 1600 ISO, pour laisser le capteur récolter un maximum de lumière. Vient ensuite l’empilement (le stacking) : prendre une dizaine à une vingtaine de photos identiques, puis les superposer et les aligner pour réduire le bruit et renforcer le signal. Il ajoute des « darks », des photos prises capuchon fermé pour soustraire le bruit électronique. Comme la rotation de la Terre transforme les étoiles en filés, il recourt à une monture équatoriale alignée sur l’étoile polaire, avec un petit moteur de suivi, et parfois une lunette d’autoguidage pour poser très longtemps.

Le traitement se fait ensuite sur Lightroom et Photoshop, plus une étape dédiée avec Siril, un logiciel français, libre et gratuit. Pour révéler certains gaz, comme le rouge de la nébuleuse de la tête de cheval, il évoque le retrait du filtre du capteur. Il rappelle les distances vertigineuses en jeu : huit minutes pour que la lumière du Soleil nous parvienne, environ 1500 années-lumière pour la nébuleuse d’Orion, 2,5 millions pour la galaxie d’Andromède. Les meilleures nuits sont sèches, sans nuages et sans Lune ; l’été apporte des turbulences, l’hiver un ciel plus pur, et chaque saison ses objets, d’Orion à Jupiter.

Se lancer sans se ruiner

Bonne nouvelle pour les curieux : Corentin Kimenau insiste sur l’accessibilité. On commence avec le boîtier et l’objectif que l’on a déjà, puis on progresse par paliers. S’il faut investir, il conseille d’acheter d’abord une monture équatoriale plutôt qu’un objectif plus lumineux, pour un budget qui peut aller de quelques centaines d’euros à mille euros environ ; il cite Skywatcher parmi les fabricants. Son avertissement : ne pas s’offrir un gros télescope sans la monture adaptée.

Il recommande aussi de pousser la porte d’un club d’astronomie : lui-même s’est rendu deux fois dans un club situé à une quarantaine de kilomètres, où des bénévoles lui ont fait découvrir les anneaux de Saturne dans une lunette. « ça m’a scotché », se souvient-il. Ses conseils pour débuter tiennent en quelques gestes simples : sortir ses vieilles jumelles pour regarder la Lune, s’éloigner un peu des villes, et surtout ne pas attendre la Nuit des étoiles pour lever la tête.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Siril — logiciel libre et gratuit de traitement et d’empilement d’images astronomiques, développé par Cyril Richard.
  • « La Vallée des loups » — documentaire de Jean-Michel Bertrand, cité par Corentin comme une inspiration.
  • Ciel et Espace — magazine et podcast d’astronomie qu’il recommande pour savoir ce qu’il y a à observer chaque mois.
  • Skywatcher — fabricant de montures et de télescopes évoqué pour débuter.
  • Festival Frames (Avignon) — festival de créateurs vidéo où son travail a été distingué.
  • « Lettres ouvertes à l’infini » et « L’endroit exact de la solitude » — sa série et son web-documentaire personnels.

Au fil de l’épisode

  • L’origine du nom « Nébuleuses et Cacao » et la fameuse tasse de chocolat chaud
  • Le métier de réalisateur et la naissance d’un projet personnel
  • Sa philosophie : l’émerveillement plutôt que la performance et les records
  • Le « vertige de lucidité » face au ciel étoilé
  • Ce qu’est vraiment l’astrophotographie, et pourquoi elle est accessible à tous
  • Les distances vertigineuses : la lumière du Soleil, la nébuleuse d’Orion, la galaxie d’Andromède
  • La technique de la pose longue et de l’empilement d’images
  • Le rôle de la monture équatoriale et de l’étoile polaire
  • Le traitement des images avec Siril
  • La pollution lumineuse et les meilleures conditions d’observation
  • Le budget pour débuter et le choix du matériel
  • Les clubs d’astronomie et la découverte des anneaux de Saturne
  • Ses conseils pour se lancer, des jumelles pointées vers la Lune au ciel du désert

FAQ

Qu’est-ce que l’astrophotographie ?

L’astrophotographie associe l’astronomie et la photographie : il s’agit de capter la lumière des astres sur le capteur d’un appareil. Selon Corentin Kimenau, elle est accessible à tous et peut débuter avec un simple reflex et son objectif de kit, avant d’aller vers des cibles plus lointaines comme les nébuleuses ou les galaxies.

Peut-on débuter l’astrophotographie sans matériel coûteux ?

Oui. Corentin Kimenau explique que l’on peut commencer avec le boîtier et l’objectif que l’on possède déjà. Il conseille, si l’on investit, de privilégier d’abord une monture équatoriale plutôt qu’un objectif plus lumineux, pour un budget qui peut rester sous la barre des mille euros.

À quoi sert une monture équatoriale ?

La rotation de la Terre transforme les étoiles en filés lumineux dès que la pose s’allonge. La monture équatoriale, alignée sur l’étoile polaire et équipée d’un petit moteur de suivi, compense ce mouvement. Elle permet de poser plus longtemps et de photographier le ciel profond sans traînées d’étoiles.

Qu’est-ce que l’empilement (stacking) d’images ?

L’empilement, ou stacking, consiste à prendre plusieurs photos identiques d’une même cible, par exemple vingt poses de trente secondes, puis à les superposer et les aligner. Corentin Kimenau explique que cette technique réduit le bruit et renforce le signal, révélant des détails invisibles sur une seule image.

Qui est Corentin Kimenau, alias Nébuleuses et Cacao ?

Corentin Kimenau est l’astrophotographe et réalisateur qui anime la chaîne et le site Nébuleuses et Cacao. Réalisateur de films publicitaires, il consacre son projet personnel à une astrophotographie tournée vers l’émerveillement plutôt que la performance, à travers photographies et web-documentaires comme la série « Lettres ouvertes à l’infini ».

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