Du théâtre à la nature sauvage
Adrien Favre raconte son parcours atypique, qui l’a mené des cours de théâtre à la photographie animalière. D’abord comédien, il passe à la réalisation pour raconter ses propres histoires, avant de trouver sa véritable vocation. Le déclic se produit lors d’un voyage en Inde en 2015, où il filme les actions d’une ONG pour la préservation du tigre. La rencontre avec une tigresse sauvage et la prise de conscience de l’effondrement de la biodiversité le poussent à agir. Il décide alors de mettre sa maîtrise de l’image au service de la faune, convaincu que des formats courts et percutants peuvent toucher les jeunes générations.
Autodidacte, il aborde ce nouveau domaine avec l’enthousiasme d’un enfant et une profonde humilité, se considérant comme un éternel apprenti de la nature.
Le pouvoir des images pour une cause
Pour Adrien Favre, la photographie et le cinéma sont des outils puissants pour défendre la vie sauvage et questionner la place de l’homme sur la planète. Il déplore que la société moderne ait façonné un monde pour l’homme, au détriment des autres espèces. Il croit fermement que la survie de l’humanité est liée à la santé des écosystèmes. Il évoque les grands fléaux écologiques comme la déforestation liée à l’huile de palme et la sixième extinction de masse, citant le chiffre de 58 % des animaux sauvages disparus en 40 ans. Selon lui, les photographes animaliers ont un devoir de témoigner et de militer pour la protection de ce patrimoine naturel fragile.
« Je fais de la photographie pour montrer la beauté, bien sûr, mais aussi la fragilité. Parce que je trouve que l’un ne va pas sans l’autre. »
Le loup, un retour sous tension
Fasciné par le loup depuis son enfance, notamment grâce au film « Danse avec les loups », Adrien Favre lui a consacré un court-métrage pour le Nikon Film Festival. L’épisode explore en profondeur la situation de l’animal en France. Revenu naturellement en 1992, le loup compterait environ 360 individus sur le territoire. Si 80 % des Français sont favorables à son retour, sa présence cristallise les tensions, notamment avec le monde de l’élevage. Adrien Favre démonte les peurs irrationnelles héritées des contes et rappelle que le loup n’est pas dangereux pour l’homme. Il souligne que son retour est une chance pour retrouver des écosystèmes sains et complets.
Il regrette que le débat soit souvent passionné et peu constructif, alors que des solutions de cohabitation existent.
Cohabiter plutôt que détruire
Face aux difficultés des éleveurs, Adrien Favre refuse de jeter la pierre et reconnaît la détresse que peuvent causer les attaques. Il rappelle cependant que le loup n’est pas le responsable de la crise de la filière ovine, qui subit une concurrence mondiale féroce. Il plaide pour des solutions constructives et un meilleur accompagnement des éleveurs : formation, aide à l’installation de parcs électrifiés et financement de chiens de protection comme les patous. Il dénonce la politique de tirs de prélèvement, qui autorise l’abattage de 40 loups par an, une solution qu’il juge inefficace et purement politique. Il s’inspire de pays comme l’Italie ou l’Espagne, qui réussissent mieux à cohabiter avec le prédateur.
Pour lui, il est essentiel de retrouver un savoir-faire pastoral qui s’est perdu avec la disparition du loup pendant 75 ans.
Photographier le mal-aimé
Est-il possible de photographier le loup sauvage en France ? Adrien Favre répond avec prudence. Si c’est techniquement possible, il estime qu’il faut éviter au maximum de le chercher activement, en raison de la forte pression qui pèse sur l’espèce (tirs légaux, braconnage). Il raconte n’avoir jamais réussi à en photographier en France, mais partage ses expériences à l’étranger, en Finlande ou aux États-Unis, où il a pu observer une meute de seize individus. Il évoque l’émotion intense de sa première rencontre avec un loup, des larmes de joie partagées avec son frère. Pour lui, la meilleure façon de voir un loup en France est peut-être de ne pas le chercher, comme son ami qui en a photographié un alors qu’il était à l’affût pour des renards.
Il insiste sur la nécessité de prendre d’immenses précautions pour ne jamais déranger cet animal craintif et persécuté.
Les références de l’épisode
- Personnes : Vincent Munier, Jean-Michel Bertrand, Fabien Weschlag, Fabien Drogman, Arnaud Marchais, Johan Clément, Laurent Wauquiez.
- Organisations et institutions : Cours Florent, Nikon Film Festival, WWF, ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage), Muséum national d’Histoire naturelle, ASPAS, Kap Loup, Férus, Ipsos.
- Œuvres : « Je suis, un nuisible » (court-métrage d’Adrien Favre), « Danse avec les loups » (film de Kevin Costner), « L’odeur de l’herbe coupée » (film de Franck Vignac).
- Médias et plateformes : Facebook, Instagram, YouTube, iTunes, France 2, blog Oxonature.com.
- Lieux : Inde, Brésil, Malaisie, Italie, Espagne, Canada, Finlande, Pologne, Biélorussie, États-Unis, Parc national du Mercantour, Pyrénées, Massif Central, Vosges, Haute-Marne, Aube, Avignon.
- Animaux et espèces : loup, renard, tigre, ours, bison, chevreuil, blaireau, orang-outan.
- Autres : chien Patou.
Au fil de l’épisode
- Le parcours atypique d’Adrien Favre : du Cours Florent à la réalisation, puis à la photographie animalière.
- Le voyage en Inde qui a servi de déclic et sa rencontre avec un tigre sauvage.
- La prise de conscience de l’urgence de protéger la biodiversité.
- Le pouvoir des images et du cinéma pour sensibiliser, notamment les jeunes générations.
- La place de l’homme dans la nature et la nécessité de repenser notre rapport au vivant.
- Les grands enjeux écologiques : déforestation, huile de palme, sixième extinction de masse.
- Le rôle et la responsabilité des photographes animaliers dans la protection de la nature.
- Son court-métrage « Je suis, un nuisible » sur le renard, et les réactions qu’il a suscitées.
- La fascination d’Adrien Favre pour le loup, née du film « Danse avec les loups ».
- La situation du loup en France : un retour naturel depuis 1992, une population d’environ 360 individus.
- La peur culturelle du loup, ancrée dans l’imaginaire collectif, face à la réalité d’un animal qui ne s’attaque pas à l’homme.
- Le conflit entre la présence du loup et les activités d’élevage.
- Analyse de la crise de la filière ovine, dont le loup n’est pas le principal responsable.
- Les solutions de cohabitation : chiens de protection, parcs électrifiés, aide au gardiennage.
- La critique de la politique des tirs de prélèvement, jugée inefficace et contre-productive.
- La possibilité de photographier le loup sauvage en France : un défi immense et une pratique déconseillée.
- Les expériences d’Adrien Favre à l’étranger pour observer et photographier le loup.
- L’émotion de la première rencontre avec un loup sauvage.
- Les questions des auditeurs sur Instagram : comment agir pour protéger le loup, le danger de l’hybridation avec les chiens.
- Le statut de « nuisible » du renard et le plaidoyer pour sa réhabilitation.
- Les futurs projets d’Adrien Favre, notamment un livre sur le renard.
FAQ
Qui est Adrien Favre ?
Adrien Favre est un photographe et cinéaste français spécialisé dans la faune sauvage. Issu d’un parcours atypique, il a d’abord été comédien après une formation au Cours Florent avant de se tourner vers la réalisation. Un voyage en Inde a été un tournant, le décidant à consacrer son travail à la défense de la cause animale à travers des films et des photographies engagés, notamment sur le renard et le loup.
Pourquoi Adrien Favre s’est-il intéressé à la photographie animalière ?
Son engagement pour la photographie animalière est né d’un déclic lors d’un voyage en Inde en 2015. Parti pour filmer les actions d’une ONG de préservation du tigre, il a été profondément marqué par une rencontre avec une tigresse sauvage et par les chiffres alarmants sur la disparition des espèces. Cette expérience lui a fait prendre conscience de l’urgence d’agir et du pouvoir des images pour sensibiliser le public à la fragilité de la biodiversité.
Quelle est la situation du loup en France selon l’épisode ?
Selon Adrien Favre, le loup est revenu naturellement en France en 1992 via l’Italie. La population était estimée à environ 360 individus au moment de l’enregistrement. Bien que l’espèce recolonise progressivement ses anciens territoires, sa situation reste précaire. Elle est menacée par une politique de tirs autorisant l’abattage de 40 loups par an, ainsi que par un braconnage important, ce qui met en péril la viabilité de la population à long terme.
Comment cohabiter avec le loup selon Adrien Favre ?
Adrien Favre prône des solutions constructives pour favoriser la cohabitation entre le loup et les activités humaines, notamment l’élevage. Il insiste sur l’importance d’aider les éleveurs à protéger leurs troupeaux grâce à des moyens éprouvés : chiens de protection (patous), parcs électrifiés et aide au gardiennage. Il estime que la solution n’est pas dans l’abattage des loups, mais dans la formation, l’accompagnement et la redécouverte d’un savoir-faire pastoral adapté à la présence du prédateur.
Est-il possible de photographier le loup sauvage en France ?
D’après Adrien Favre, photographier un loup sauvage en France est possible mais extrêmement difficile et peu recommandé. En raison de la forte pression exercée sur l’espèce (chasse, braconnage), il conseille d’éviter de le chercher activement pour ne pas le déranger. Il souligne la nature très craintive de l’animal et la nécessité de prendre d’infinies précautions. La meilleure chance de l’apercevoir reste souvent le fruit du hasard, lors d’affûts pour d’autres espèces.
