De la Bretagne à Bayonne, l’appel des forces spéciales
Anthony s’engage comme volontaire au 1er RPIMa en 1998, à Bayonne, et quitte l’armée en 2017 avec le grade d’adjudant. Il raconte avoir choisi ce régiment de parachutistes d’infanterie de marine parce qu’il représentait pour lui « le plus beau régiment de France » au niveau des opérations spéciales. La vocation est familiale : son grand-père a servi en Indochine puis en Algérie, son père dans l’infanterie de marine et son frère au RICM. Quitter sa Bretagne natale pour le Sud-Ouest, il dit savoir exactement où il met les pieds.
Après une formation « dure et exigeante » d’environ un an — la filière RAPAS (recherche aéroportée et actions spécialisées) — il rejoint la troisième compagnie, spécialisée dans l’appui-feu et la patrouille SAS, et attend près de deux ans avant sa première opération. Suivent l’Afghanistan et le Tchad en 2008 en patrouilles motorisées, puis une équipe de chuteurs opérationnels dédiée au contre-terrorisme et à la libération d’otages, avec des opérations héliportées et des infiltrations sous voile. Son premier combat a lieu en Afghanistan, en 2004. « On est tellement bien préparé qu’au final on répète tout simplement la gestuelle et les fondamentaux », explique-t-il, en insistant sur la cohésion, la fraternité et la « confiance aveugle » entre coéquipiers.
La blessure invisible et la force de se relever
Anthony a d’abord été blessé aux oreilles au Tchad, puis a développé un stress post-traumatique — non pas sur une opération précise, précise-t-il, mais « sur la globalité » de sa carrière. Il évoque Yann, qu’il présente comme le premier Français mort sur le théâtre afghan, en 2004, puis la succession des pertes. Le SPT se manifeste par des nuits agitées où il « refait » ses opérations. Il le compare à une blessure physique, avec ses graduations, de la simple entorse à la fracture ouverte : un SPT peut être léger ou, au contraire, peser lourdement sur la vie quotidienne. Sensibilisé très tôt à Bayonne, il reconnaît que le sujet paraissait alors « lointain ».
Sa transition vers le civil s’est faite rapidement grâce aux emplois réservés, avec une entrée à l’école des douanes de La Rochelle deux mois après son départ. Il souligne le rôle central de la famille dans la reconstruction. C’est par hasard, lors d’une information au régiment, qu’il découvre les Gueules Cassées. Aujourd’hui porte-drapeau de l’UBFT pour le département des Landes et récemment promu délégué adjoint, il aide les camarades blessés dans leurs démarches, notamment pour obtenir une pension militaire d’invalidité. Il rappelle que la blessure psychique est désormais reconnue comme une blessure à part entière, homologable en blessure de guerre, et cite la devise qui, selon lui, résume tout : « la force de se relever ».
Les références de l’épisode
- 1er RPIMa — régiment de parachutistes d’infanterie de marine, basé à Bayonne, unité du commandement des opérations spéciales.
- RAPAS — filière « recherche aéroportée et actions spécialisées » du régiment.
- RICM — régiment d’infanterie-chars de marine, où ont servi son père et son frère.
- UBFT, les Gueules Cassées — Union des Blessés de la Face et de la Tête, association qui accompagne les blessés en service (gueules-cassees.asso.fr).
- Afghanistan, Tchad et Mali — théâtres d’opérations évoqués.
- Pension militaire d’invalidité — indemnisation par l’État des blessures reçues en service.
Au fil de l’épisode
- 00:00 — Engagement au 1er RPIMa en 1998, héritage familial et choix de Bayonne
- 01:44 — Une formation dure et exigeante : la filière RAPAS et la patrouille SAS
- 02:27 — Près de deux ans d’attente avant la première opération
- 03:09 — Afghanistan et Tchad (2008) : patrouilles motorisées et traversée du désert
- 03:40 — Équipe chuteur opérationnel : contre-terrorisme et libération d’otages
- 04:46 — Cohésion, fraternité et confiance aveugle ; la première blessure et le stress post-traumatique
- 07:50 — Les différents stades du stress post-traumatique
- 09:22 — La sensibilisation au SPT et la transition vers la vie civile
- 10:26 — Le rôle central de la famille dans la reconstruction
- 10:45 — La découverte de l’UBFT, les Gueules Cassées
- 11:25 — Porte-drapeau et délégué adjoint dans les Landes
- 12:14 — Aider les camarades blessés : démarches et pension d’invalidité
- 13:41 — La blessure psychique reconnue comme blessure de guerre
- 14:51 — « La force de se relever »
FAQ
Qui est Anthony, l’invité de cet épisode ?
Anthony est un ancien sous-officier du 1er RPIMa, régiment des forces spéciales françaises basé à Bayonne. Engagé en 1998, il a quitté l’armée en 2017 avec le grade d’adjudant, après des opérations en Afghanistan, au Tchad et au Mali. Il est aujourd’hui porte-drapeau et délégué adjoint de l’UBFT dans les Landes.
Qu’est-ce que le 1er RPIMa ?
Le 1er RPIMa (régiment de parachutistes d’infanterie de marine) est une unité des forces spéciales de l’armée de terre française, basée à Bayonne et rattachée au commandement des opérations spéciales. Ses opérateurs sont formés par la filière RAPAS (recherche aéroportée et actions spécialisées) à des missions comme le contre-terrorisme, la libération d’otages ou l’infiltration.
Qu’est-ce que le stress post-traumatique chez les militaires ?
Le stress post-traumatique (SPT) est une blessure psychique qui peut apparaître après une exposition au combat ou à des événements traumatisants. Anthony explique qu’il ne s’est pas déclaré sur une opération précise, mais sur la globalité de sa carrière, souvent par des nuits agitées. Il en décrit plusieurs stades, du plus léger au plus lourd.
La blessure psychique est-elle reconnue comme une blessure de guerre ?
Oui. Anthony rappelle que la blessure psychique est désormais reconnue comme une blessure à part entière et peut être homologuée en tant que blessure de guerre. Cette reconnaissance ouvre notamment droit à une pension militaire d’invalidité, versée par l’État pour indemniser les blessures reçues en service.
Qu’est-ce que l’UBFT, les Gueules Cassées ?
L’UBFT (Union des Blessés de la Face et de la Tête), connue sous le nom des Gueules Cassées, est une association qui accompagne les militaires et agents de l’État blessés en service, y compris pour le stress post-traumatique. Elle apporte un soutien financier, une écoute et une aide dans les démarches administratives.
