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Raymond Lindemann, Diên Biên Phu, la survie et la fraternité des blessés

En 1952, Raymond Lindemann s'engage à dix-huit ans dans les parachutistes coloniaux. Un an plus tard, il saute deux fois sur Diên Biên Phu : la première pour installer le camp, la seconde en pleine bataille, sur les positions d'Éliane. Blessé à plusieurs reprises, il combat jusqu'à la reddition, puis marche quarante-quatre jours vers les camps du Viêt-Minh. Dans ce premier épisode de Gueules Cassées, il raconte sans détour la faim, la maladie, la captivité et le retour. Un témoignage sobre sur la guerre d'Indochine et sur la fraternité des blessés qui l'a, plus tard, reconstruit.

Raymond Lindemann, parachutiste à Diên Biên Phu, la captivité et la survie

Un engagement à dix-huit ans, de la Corse à l’Indochine

Né à Ajaccio en 1934, Raymond Lindemann s’engage en 1952, à dix-huit ans. Il le dit d’emblée : en Corse, « il n’y avait pas beaucoup de travail pour les jeunes », et son enfance dans une famille d’anciens coloniaux l’a « incité à partir pour voir ce que c’était vraiment ». Il espère aussi retrouver à Saigon la nourrice de sa mère. Après un regroupement à Bastia et le passage par Marseille, il est formé aux parachutistes en Bretagne, breveté en décembre 1952, puis embarque sur le Pasteur pour dix-neuf jours de traversée. Affecté comme tireur à la mitrailleuse au 1er bataillon de parachutistes coloniaux (1er BPC), il connaît ses premiers combats au Laos, dans la jungle et la montagne. Il y apprend, dit-il, à « vivre sur le pays », à manger du riz et du poisson sec, et découvre une guerre d’embuscades où l’unité doit sans cesse se replier.

De cette première période, il retient surtout la jeunesse des engagés et la dureté du terrain. « En Indochine, on a souvent été les gibiers », résume-t-il, décrivant des marches interminables, des combats meurtriers au Laos et des pertes lourdes.

Diên Biên Phu : deux sauts, une blessure et la chute du camp

En novembre 1953, Raymond Lindemann saute sur Diên Biên Phu avec l’opération Castor : le 1er BPC arrive en renfort, après le 6e BPC parachuté en tête. Il participe à l’installation dans la cuvette, aux travaux de génie et à la remise en état de la piste d’aviation, avant de repartir vers Hanoï à la mi-décembre. Quelques mois plus tard, alors que la situation du camp retranché se dégrade, il saute une seconde fois, en pleine bataille, sous le feu de la DCA. Le mot de ralliement est « Éliane ». Sur ces positions, il tient une tranchée près de la RP41. Le 6, volontaire pour récupérer des explosifs déposés par l’adversaire tout près de sa position, il traverse le feu et reçoit un premier éclat au genou et au mollet ; il sera de nouveau blessé, au bas-ventre, par une grenade. Il combat aux côtés du capitaine Jean Pouget, qui commande sa 3e compagnie, jusqu’aux combats au corps à corps des dernières heures.

Quand les munitions et les vivres manquent, la position tombe. « On est sortis, on avait la corde autour du cou », raconte-t-il. Fait prisonnier avec les derniers survivants, il est conduit vers la base arrière du Viêt-Minh.

La captivité, les quarante-quatre jours de marche et le retour

Commence alors la captivité. Après les premiers interrogatoires et les « cours politiques », Raymond Lindemann part en colonne vers les camps : quarante-quatre jours de marche, le plus souvent de nuit et sous la pluie, pour échapper à l’aviation. Il aide un temps un camarade plus gravement blessé que lui, avant d’en être séparé. Au camp 73, il décrit l’« éducation politique » quotidienne, les corvées, l’ensevelissement des morts et une mortalité effrayante : jusqu’à onze décès par jour, beaucoup emportés moins par leurs blessures que par l’épuisement et le renoncement. À l’été 1954, la Convention de Genève change la donne ; après un dernier sursis, il est libéré, échangé sur la plage de Sam Son, puis rapatrié par bateau sanitaire via Dalat et Saigon. De retour en Corse, il passe par l’hôpital d’Ajaccio.

Il repart ensuite pour l’Algérie, au 3e RCP. Là, dit-il, le rapport s’inverse : après avoir « longtemps été le gibier » en Indochine, il se retrouve « toujours le chasseur ». Réformé avec un handicap reconnu à 35 %, il découvre enfin, par un ancien camarade, l’Union des Blessés de la Face et de la Tête. « On avait trouvé une petite famille », dit-il de cette fraternité des blessés, où, « quel que soit le conflit », les hommes se reconnaissent « frères de sang ».

Les références de l’épisode

  • 1er bataillon de parachutistes coloniaux (1er BPC) — l’unité de Raymond Lindemann en Indochine.
  • Diên Biên Phu — le camp retranché français du Nord-Vietnam, théâtre de la bataille de 1954.
  • Opération Castor — le saut aéroporté du 20 novembre 1953 qui installe le camp.
  • Éliane — l’ensemble de positions défensives du camp, et le mot de ralliement de son unité.
  • Capitaine Jean Pouget — commandant de sa 3e compagnie, à ses côtés dans les derniers combats.
  • 6e BPC — le bataillon parachuté en tête lors de l’opération Castor.
  • Le Pasteur — le paquebot transformé en transport de troupes qui le mène en Indochine.
  • Convention de Genève — les accords de 1954 qui conduisent à la libération des prisonniers.
  • 3e RCP — le régiment de chasseurs parachutistes où il sert ensuite en Algérie.
  • Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT) — l’association des Gueules Cassées, qui accompagne les blessés de guerre.

Au fil de l’épisode

  • 00:00 — Raymond Lindemann se présente : né en 1934 à Ajaccio, engagé en 1952.
  • 00:52 — Le départ de Corse et le regroupement des jeunes engagés à Bastia.
  • 01:45 — La formation parachutiste en Bretagne et l’embarquement sur le Pasteur.
  • 03:37 — L’arrivée au Nord-Vietnam et le premier combat au Laos.
  • 06:36 — La jeunesse des engagés et la difficulté du recrutement.
  • 07:47 — « En Indochine, on a souvent été les gibiers ».
  • 10:38 — Les longues marches et les combats d’embuscade au Laos.
  • 14:17 — L’opération Castor : le premier saut sur Diên Biên Phu.
  • 16:17 — L’installation dans la cuvette et les travaux de génie.
  • 18:53 — L’ordre de sauter une seconde fois sur Diên Biên Phu.
  • 20:43 — Le mot de ralliement « Éliane » et la prise de position.
  • 23:35 — Volontaire pour récupérer des explosifs : une première blessure.
  • 27:09 — La rencontre du capitaine Pouget et les combats de tranchée.
  • 29:16 — La reddition, la corde autour du cou.
  • 31:14 — Les premiers cours politiques et la faim.
  • 34:55 — La marche de quarante-quatre jours vers les camps.
  • 37:07 — Le camp 73 : « éducation politique » et corvées.
  • 39:17 — La mortalité quotidienne dans le camp.
  • 40:21 — La Convention de Genève et l’annonce d’une libération.
  • 44:35 — La plage de Sam Son et l’échange des prisonniers.
  • 46:18 — Le retour en France et l’hôpital d’Ajaccio.
  • 47:33 — L’Algérie : d’un côté « le gibier », de l’autre « le chasseur ».
  • 50:06 — La réforme et un handicap reconnu à 35 %.
  • 51:29 — La découverte des Gueules Cassées.
  • 53:28 — « Frères de sang » : la fraternité des blessés.
  • 54:41 — Un message aux jeunes engagés.

FAQ

Qui est Raymond Lindemann ?

Raymond Lindemann est un vétéran français né à Ajaccio en 1934. Engagé à dix-huit ans, il a servi comme parachutiste au 1er bataillon de parachutistes coloniaux à Diên Biên Phu, où il a été blessé puis fait prisonnier par le Viêt-Minh en 1954. Il a ensuite combattu en Algérie.

Qu’est-ce que la bataille de Diên Biên Phu ?

Diên Biên Phu est un camp retranché français installé dans une cuvette du Nord-Vietnam en novembre 1953. Assiégé par le Viêt-Minh, il tombe en mai 1954, au terme d’une bataille décisive de la guerre d’Indochine. Raymond Lindemann y a sauté deux fois et combattu sur les positions d’Éliane.

Comment Raymond Lindemann a-t-il été blessé à Diên Biên Phu ?

Selon son récit, Raymond Lindemann s’est porté volontaire pour récupérer des explosifs déposés par l’adversaire près de sa position. En traversant le feu, il a reçu un éclat au genou et au mollet. Il a ensuite été de nouveau blessé au bas-ventre par une grenade, avant la chute du camp.

Qu’est-il arrivé aux prisonniers français après la chute de Diên Biên Phu ?

Après la reddition, Raymond Lindemann et les survivants ont été conduits à pied vers les camps du Viêt-Minh, au cours d’une marche de quarante-quatre jours. Dans les camps, il décrit la faim, la maladie, l’« éducation politique » et une forte mortalité. Il a été libéré à l’été 1954, après la Convention de Genève.

Qu’est-ce que l’opération Castor ?

L’opération Castor est le saut aéroporté français qui installe le camp retranché de Diên Biên Phu, le 20 novembre 1953. Le 6e BPC saute en tête ; le 1er bataillon de parachutistes coloniaux de Raymond Lindemann arrive en renfort. Les parachutistes participent ensuite aux travaux d’aménagement de la cuvette.

Qu’est-ce que les Gueules Cassées et l’UBFT ?

Les Gueules Cassées désignent les blessés de la face et de la tête ; l’Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT) est l’association qui les rassemble et les accompagne. Raymond Lindemann l’a rejointe après ses guerres. Il la décrit comme « une petite famille », présente « en cas de coup dur ».

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