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Interview du photographe Cyrille Grillère

Photographe spécialisé dans les paysages et la nature, Cyrille Grillère est aussi berger d'alpage. Dans cet entretien, il nous ouvre les portes de son univers, un quotidien partagé entre la contemplation et l'action. Il raconte comment sa solide formation de naturaliste, de la géologie à la biologie, nourrit son travail photographique et lui permet d'anticiper les plus belles scènes. Cyrille Grillère détaille sa technique de prédilection, la pose lente, pour créer des images de filets d'eau et de nuages à l'aspect cotonneux. Il partage également son expérience de la vie en montagne, son rapport aux animaux et sa vision nuancée sur la cohabitation avec le loup.

Cyrille Grillère, la photographie de paysage en pose lente et la vie de berger d'alpage

Du naturaliste au photographe

Natif de l’Isère, au pied du massif du Vercors, Cyrille Grillère a grandi entre campagne et montagne, une enfance qui a forgé sa passion pour la nature. Cette passion a guidé tout son parcours, le menant à des études en biologie et géologie, puis à un BTS en gestion et protection de la nature. Il explique comment ce bagage scientifique est un atout majeur dans sa pratique photographique. En étudiant les cartes IGN et géologiques, il peut anticiper la nature des terrains, la végétation probable et donc le potentiel photographique d’un lieu avant même de s’y rendre. Cette préparation minutieuse lui permet de se concentrer sur l’essentiel une fois sur place.

Pour Cyrille Grillère, le repérage est une étape cruciale, qu’il effectue souvent par mauvais temps. Libéré de la pression de la « belle lumière », il peut se focaliser entièrement sur la composition, utilisant son viseur pour visualiser les proportions et mémoriser mentalement les scènes potentielles.

La réalité du berger d’alpage

L’autre facette de Cyrille Grillère est son métier de berger d’alpage, une activité qu’il a exercée pendant plusieurs saisons, notamment dans le Valais suisse. Loin des images d’Épinal de « Belle et Sébastien », il décrit un métier exigeant, où l’on est présent pour les bêtes de fin mai à début octobre, sept jours sur sept. Sa mission : veiller au bien-être de jeunes vaches, s’assurer qu’elles ne manquent de rien et gérer leur pâturage pour éviter de dégrader les sols. Il raconte son quotidien, du lever à 6h30 pour inspecter le troupeau au déplacement des parcs électriques au fil de la saison pour trouver l’herbe fraîche.

Il partage une approche personnelle du métier, travaillant sans chien. Pendant les quinze premiers jours, il passe tout son temps au sein du troupeau, parlant aux animaux pour qu’ils s’habituent à sa voix. Cette méthode lui permet ensuite de guider les déplacements de centaines de bêtes uniquement en les appelant, créant un lien de confiance qui évite le stress aux animaux.

Le loup, la montagne et la photographie

Interrogé sur la question du loup, Cyrille Grillère offre une perspective nuancée. Gardant des vaches de race d’Hérens, cornues et capables de se défendre, il n’a jamais subi d’attaque en six ans d’alpage. S’il comprend la colère des éleveurs, il s’interroge sur la pertinence de la taille de certains troupeaux de moutons en France, parfois composés de 1500 à 2000 têtes, qu’il juge très difficiles à surveiller efficacement, même à plusieurs bergers. Il compare la situation avec l’Espagne ou l’Italie, où les troupeaux sont souvent plus petits, facilitant la cohabitation avec le prédateur. Il raconte aussi cette anecdote où, absorbé par une séance de macrophotographie, un loup est passé à quelques mètres de lui sans qu’il ne s’en aperçoive.

Cette vie en montagne, si elle laisse peu de temps pour la photographie durant la saison d’alpage, nourrit profondément son inspiration et sa connaissance intime du terrain, qu’il met à profit le reste de l’année.

La maîtrise de la pose lente

La signature photographique de Cyrille Grillère réside en grande partie dans sa maîtrise de la pose lente. C’est cette technique qui lui permet d’obtenir des rendus doux et feutrés, transformant l’eau des torrents en filets soyeux et les nuages en nappes ouatées. Il explique que le principe est d’enregistrer le mouvement des éléments sur une durée prolongée, créant un contraste saisissant entre la fixité du paysage (roches, montagnes) et la dynamique de l’eau ou du ciel. Pour lui, c’est une manière formidable « d’enregistrer une durée » en une seule image.

La durée de la pose n’est jamais la même : elle dépend de la vitesse du sujet. Un torrent rapide nécessitera une pose relativement courte (une demi-seconde, voire un huitième de seconde) pour conserver une texture, tandis qu’un lac ou des nuages lents pourront demander plusieurs minutes. Pour y parvenir, son équipement est essentiel : un trépied stable et une télécommande pour éviter toute vibration au déclenchement.

La technique au service de l’émotion

Pour garantir une netteté maximale, Cyrille Grillère insiste sur un détail technique souvent négligé : le relevage du miroir de son reflex avant la prise de vue. Cette précaution élimine les micro-vibrations internes et fait, selon lui, la différence entre une image « juste nette » et une image au piqué exceptionnel, où chaque détail est retranscrit. Il a tellement intégré cette pratique qu’il l’utilise pour plus de 90% de ses photos de paysage, même sans pose lente. Après avoir longtemps travaillé avec du matériel Canon, il est passé chez Nikon, notamment pour la dynamique plus étendue du capteur du D800, qui lui permet de gérer des scènes à très fort contraste lumineux.

Cependant, il rappelle que la technique, une fois maîtrisée, doit savoir s’effacer. L’essentiel reste de capter une émotion et de retranscrire la beauté d’une scène. Il conclut en évoquant son expérience au festival de Montier-en-Der, une manifestation hors norme qui lui a permis de rencontrer le public et des professionnels, soulignant l’importance de ces moments d’échange direct pour un photographe.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Gilles Martin.
  • Lieux : Isère, massif du Vercors, l’Ain, Bourgogne, Charolais, Valais (Suisse), plateau d’Ambel, sommet de Fondurle, Espagne, Italie.
  • Événements : Festival de Montier-en-Der (transcrit « Montillander »), Festival Nature Namur, Salon de la photo à Paris.
  • Marques et matériel : Canon (5D, 5D Mark II, 5D Mark III), Nikon (D800, D800E, D810), Pentax, Zeiss (21mm f/2.8).
  • Organismes : IGN.
  • Œuvres citées : Belle et Sébastien, Heidi.

Au fil de l’épisode

  • Présentation de Cyrille Grillère, ses origines et sa passion pour la nature.
  • L’importance de sa formation de naturaliste (biologie, géologie) dans son approche photographique.
  • Comment il utilise les cartes IGN et géologiques pour préparer ses sorties photo.
  • Sa méthode de repérage sur le terrain, souvent par mauvais temps pour se concentrer sur la composition.
  • Son métier de berger d’alpage : la réalité loin des clichés.
  • Le quotidien d’un berger : surveillance du troupeau, gestion des pâturages.
  • Sa technique personnelle pour guider le troupeau à la voix, sans chien.
  • Son point de vue nuancé sur la cohabitation avec le loup, lié à son expérience avec des vaches.
  • La question de la taille des troupeaux en France comme facteur de conflit.
  • Anecdote d’un loup passé à quelques mètres de lui sans qu’il le voie.
  • Sa technique de prédilection en photo de paysage : la pose lente.
  • Explication technique pour obtenir des filets d’eau et des ciels en mouvement.
  • Comment choisir le temps de pose en fonction de la vitesse du sujet.
  • Le matériel indispensable : trépied et télécommande.
  • L’astuce cruciale du relevage du miroir pour une netteté maximale.
  • Le passage de Canon à Nikon pour la dynamique supérieure du capteur.
  • Ses choix d’ouverture (entre f/13 et f/16) pour une grande profondeur de champ.
  • La philosophie de mettre la technique au service de l’émotion.
  • Son expérience en tant qu’exposant au festival de Montier-en-Der.
  • L’importance des rencontres réelles et du retour du public lors des expositions.

FAQ

Qui est Cyrille Grillère ?

Cyrille Grillère est un photographe français spécialisé dans la photographie de nature et de paysage. Originaire de l’Isère, il possède une solide formation de naturaliste (biologie, géologie) et a également exercé le métier de berger d’alpage. Cette double casquette nourrit son travail photographique, lui apportant une connaissance intime des milieux montagnards qu’il photographie, notamment à travers la technique de la pose lente.

Qu’est-ce que la technique de la pose lente en photographie ?

La pose lente est une technique photographique qui consiste à utiliser un temps d’exposition long, de quelques fractions de seconde à plusieurs minutes. Cyrille Grillère l’utilise pour capturer le mouvement d’éléments comme l’eau ou les nuages. Le résultat donne un aspect doux, feutré et dynamique à ces éléments, contrastant avec la netteté des parties fixes du paysage comme les rochers ou les montagnes.

En quoi consiste le métier de berger d’alpage selon Cyrille Grillère ?

Selon Cyrille Grillère, le métier de berger d’alpage est une activité exigeante qui demande une présence constante auprès des bêtes durant plusieurs mois. Loin de l’image romantique, c’est un travail de surveillance, de soin et de gestion du pâturage. Il met en avant la relation de confiance qu’il établit avec son troupeau, qu’il guide à la voix plutôt qu’avec un chien, pour assurer leur bien-être.

Pourquoi Cyrille Grillère a-t-il changé de marque d’appareil photo ?

Après avoir travaillé plusieurs années avec des boîtiers Canon, Cyrille Grillère est passé chez Nikon, en acquérant un D800. La raison principale de ce changement est la plus grande « dynamique » du capteur Nikon. Cette caractéristique lui offre plus de souplesse pour gérer les scènes à fort contraste, comme un cours d’eau très clair dans un sous-bois sombre, et ainsi réussir des images dans des conditions de lumière difficiles.

Quel est l’avis de Cyrille Grillère sur la cohabitation avec le loup ?

En tant que berger de vaches, qui sont moins vulnérables, Cyrille Grillère n’a jamais subi d’attaque de loup. Son avis est nuancé : il comprend la détresse des éleveurs mais estime que la taille de certains troupeaux de moutons en France est un facteur aggravant, rendant la surveillance très complexe. Il suggère que des troupeaux plus petits, comme en Espagne ou en Italie, pourraient faciliter la cohabitation.

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