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#546 – Présidentielle 2027 – Édouard Philippe – Le courage politique et l’addiction française à la dépense publique

Édouard Philippe, maire du Havre depuis 2010 et Premier ministre de 2017 à 2020, est candidat à la présidentielle de 2027. Dans Génération Do It Yourself, il consacre plus de deux heures à ses grands chantiers pour le pays : l'école qui reproduit les inégalités, l'intelligence artificielle, la dette et le déficit accumulés depuis 1974, les retraites, l'immigration et l'Europe. Un entretien où il choisit d'exposer les problèmes plutôt que de promettre des solutions faciles, et défend une idée simple : nommer clairement ce qui ne va pas serait déjà une forme de courage politique.

Édouard Philippe, candidat à la présidentielle 2027 face à la dette publique

Un enfant de professeurs pour qui l’école était « sacrée »

Édouard Philippe se présente d’abord par ses origines. Né à Rouen en 1970, fils de deux professeurs de français, il raconte une enfance « très libre » mais bâtie sur un principe intangible : l’école, vue par ses parents comme « sacrée » et comme le vecteur d’une promotion sociale. Il rappelle que son arrière-grand-père était docker au Havre et que son père fut le premier de la famille à passer le bac. Latin, grec, allemand, puis hypokhâgne et Sciences Po : il se décrit comme un passionné d’histoire, « quiche en orthographe » dans sa jeunesse malgré son goût de la lecture.

Il attribue son déclic à un professeur de Sciences Po, l’historien Elikia M’Bokolo, qui lui aurait rendu une première dissertation en lui disant que, tant qu’il n’écrirait pas correctement le français, il n’aurait pas la moyenne. De cet épisode, il tire une conviction qui traverse tout l’entretien : la maîtrise de la langue et l’exigence scolaire ne sont pas négociables.

« L’école ne marche pas comme elle devrait » : son diagnostic sur l’éducation

Sur l’éducation, son constat est frontal : selon lui, aucun système scolaire de l’OCDE ne reproduit autant que le système français les inégalités sociales, ce qu’il juge incompatible avec le culte de « l’école de la République ». Il reconnaît une baisse du niveau, en orthographe comme en mathématiques, et martèle une hiérarchie des priorités : « La priorité numéro 1 de l’école, c’est pas le confort des professeurs. C’est pas le confort des parents d’élèves. C’est l’intérêt des élèves. » Il défend l’idée qu’une bonne école, comme une bonne armée, ne se juge pas à son élite mais à sa capacité à faire progresser chaque élève.

Ses remèdes tiennent en trois axes qu’il détaille : rendre de la liberté et de la responsabilité aux établissements et à leurs chefs, en contrepartie d’une évaluation ; revaloriser et mieux payer les professeurs, avec des carrières moins linéaires ; et trancher les questions qu’on préfère enterrer, en particulier les rythmes scolaires et des grandes vacances qu’il présente comme un facteur d’inégalité pour les enfants défavorisés. Il relie ce diagnostic à l’économie : il avance que la France forme environ 40 000 ingénieurs par an quand il en faudrait, selon lui, au moins 100 000, citant la Chine et le constructeur BYD pour souligner l’écart.

L’intelligence artificielle, une rupture qu’il « regarde en face »

Édouard Philippe reconnaît n’utiliser l’intelligence artificielle que « très peu » — ChatGPT et Mistral, dit-il, presque « de façon anecdotique ». Il refuse pour autant de détourner le regard. Il décrit une rupture d’un genre nouveau : « Cette fois-ci, c’est le col blanc qu’elle remplace. Avant, c’était le col bleu. » Il cite Bill Gates sur la part croissante du code écrit par des IA chez Microsoft, évoque les gains de productivité des développeurs, et range parmi les métiers exposés les traducteurs, les correcteurs et les jeunes avocats.

Il situe le débat à un niveau anthropologique et géopolitique : il rapproche l’IA du vocabulaire de la dissuasion nucléaire employé par certains spécialistes, insiste sur le rôle décisif de l’énergie — reprenant l’image, prêtée à Arthur Mensch, de l’électricité transformée en intelligence — et cite l’encyclique du pape Léon XIV sur les risques pour l’humanité. Interrogé sur la possibilité que l’IA finisse par nous dominer, il admet ne pas savoir, tout en confiant qu’« il y a une partie de moi-même qui les croit pas » quand on lui assure que c’est impossible.

Dette, retraites, dépense publique : « dire la vérité qui fâche »

C’est le cœur de l’entretien et le fil du titre. Sur la dette, il rappelle que « le dernier budget voté en équilibre, c’était 73 ou 74 » et que la France est en déficit chaque année depuis, soit plus d’un demi-siècle. Il assume de dire que cette dette sera payée par les générations suivantes et reproche à la classe politique de repousser les décisions difficiles. Pour lui, « une lucidité, c’est déjà une forme de courage » : il préfère, dit-il, exposer clairement les problèmes plutôt que promettre des solutions faciles.

Sur les retraites, il refuse l’idée d’un âge de départ unique à 67 ans et distingue les carrières longues, les carrières hachées et la pénibilité réelle de certains métiers, qu’il illustre par l’exemple d’ouvrières de conserverie. Il plaide pour introduire une part de capitalisation obligatoire en complément de la répartition, et se dit fier de la réforme de l’apprentissage menée à Matignon. Sur la dépense publique, il défend une méthode : regarder les grandes masses, ne pas « alléger de l’intérieur » mais créer des structures nouvelles et légères en supprimant les anciennes. Interrogé sur un « DOGE à la française », il répond que « ça n’a pas très bien marché, le DOGE », et privilégie le gel ou la suppression de réglementations plutôt qu’une simple simplification.

Du Havre à la France : sa méthode et son refus de « segmenter » les Français

Édouard Philippe présente son mandat de maire du Havre — adjoint dès 2001, maire depuis 2010 — comme son expérience politique la plus formatrice, « bien plus importante » que ses trois années de Premier ministre. Il en tire une grille de lecture de l’investissement public : une dépense se justifie si elle en attire ensuite de privées. Il illustre par le tramway lancé au Havre en 2010, d’abord contesté puis suivi, dit-il, d’une hausse d’environ 30 % de la fréquentation des transports.

Sur la fiscalité, il se revendique de la politique de l’offre : « Avant de redistribuer, c’est bien de produire. » Il explique son opposition au rétablissement de l’ISF, dont il chiffre le rendement passé à environ 5 milliards par an mais qu’il juge inférieur au coût des départs à l’étranger, et son rejet de la taxe Zucman au motif que « le capital est mobile ». Il oppose enfin à la segmentation des électorats une adresse « à la France » plutôt qu’« aux Français », en se réclamant de De Gaulle. Dans une série de questions rapides, il aborde sans détour l’international : la nécessité de « parler avec la Russie un jour », l’exigence que les constructeurs chinois produisent en Europe s’ils veulent y vendre, un problème d’immigration « qu’on ne sait pas maîtriser ni organiser », une distinction ferme entre « l’islam radical » et l’ensemble des musulmans, et une Europe qui, selon lui, « s’est agenouillée devant Trump » sur le plan commercial.

Édouard Philippe nous recommande…

  • « Cyrano de Bergerac » — Edmond Rostand : le livre qu’il choisirait d’offrir à tous les Français, celui auquel il dit revenir le plus souvent.
  • « Le Vicomte de Bragelonne », « Vingt ans après », « Les Trois Mousquetaires » — Alexandre Dumas, dont il se dit passionné.
  • « L’Homme qui aimait les chiens » — Leonardo Padura : son dernier grand coup de cœur, un roman sur l’assassinat de Trotski qu’il a « très envie d’offrir ».
  • « Voyage au bout de la nuit » — Louis-Ferdinand Céline, cité parmi les livres qui ont compté pour lui.
  • « L’Étrange Défaite » — Marc Bloch.
  • « Les Faux-Monnayeurs » — André Gide.
  • « Les Contemplations » et « La Légende des siècles » — Victor Hugo.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Emmanuel Macron — président de la République, dont Édouard Philippe fut le Premier ministre de 2017 à 2020.
  • Le Havre — ville dont il est maire depuis 2010, présentée comme son laboratoire de méthode.
  • Horizons — le parti qu’il a fondé.
  • Antoine Rufenacht — ancien maire du Havre, auprès de qui il fut adjoint.
  • Pierre de Villiers — ancien chef d’état-major des armées, évoqué à propos du budget de la défense.
  • Bill Gates — cité sur la part du code désormais produite par l’IA chez Microsoft.
  • Anthropic — citée pour une IA de codage jugée marquante.
  • Mistral AI et Arthur Mensch — cités sur l’IA et le rôle de l’énergie.
  • Yann Le Cun — cité sur les limites des grands modèles de langage.
  • Philippe Aghion — économiste, croisé lors d’un événement sur l’IA.
  • Gabriel Zucman — économiste dont la « taxe Zucman » est discutée.
  • ISF — l’impôt de solidarité sur la fortune, qu’il ne souhaite pas rétablir.
  • Encyclique du pape Léon XIV, dans le sillage de « Rerum Novarum » — citée sur la doctrine sociale face à l’IA.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:00 — Un Rouennais élu maire du Havre
  • 00:10:51 — Ce que le conservatoire apprend que l’école a oublié
  • 00:16:38 — La vérité que personne n’ose dire sur le niveau des Français
  • 00:24:45 — Le vieux principe oublié d’éducation
  • 00:31:32 — Comment réparer l’Éducation nationale
  • 00:45:15 — Pourquoi la France ne forme pas assez d’ingénieurs
  • 00:53:39 — Parler d’IA comme d’une bombe atomique
  • 01:05:29 — Le coût du travail qui nous sépare de l’Allemagne
  • 01:12:03 — La vérité que personne n’assume sur l’âge de la retraite
  • 01:20:12 — Ce que la dette française fera vraiment à nos enfants
  • 01:28:12 — Vers un DOGE à la française ?
  • 01:39:23 — L’addiction française à la dépense publique
  • 01:51:23 — Transformer une ville que tout le monde fuyait
  • 02:00:24 — Pourquoi tous les autres pays ont supprimé leur ISF
  • 02:07:59 — Parler à la France et non aux Français
  • 02:13:22 — Est-ce qu’on peut faire confiance à Donald Trump ?
  • 02:13:55 — Est-ce qu’il faut dialoguer avec Vladimir Poutine ?
  • 02:16:29 — Est-ce que la France a un problème avec l’immigration ?
  • 02:19:13 — Est-ce que l’Europe fonctionne ?
  • 02:19:59 — Le livre à 670 millions d’euros
  • 02:27:52 — Ce qu’on ne dit pas avant une nomination

FAQ

Qui est Édouard Philippe ?

Édouard Philippe est un homme politique français né à Rouen en 1970. Maire du Havre depuis 2010, il a été Premier ministre d’Emmanuel Macron de 2017 à 2020. Fondateur du parti Horizons, il est candidat à l’élection présidentielle de 2027, contexte dans lequel il est reçu par Génération Do It Yourself.

Pourquoi Édouard Philippe est-il l’invité de Génération Do It Yourself ?

L’épisode a été enregistré à un an de la présidentielle de 2027, à laquelle Édouard Philippe est candidat. Génération Do It Yourself précise ne pas être un média politique et ne soutenir aucun candidat : l’objectif affiché est de comprendre comment celles et ceux qui veulent diriger le pays raisonnent sur les grands sujets.

Que propose Édouard Philippe pour l’école ?

Il part du constat que le système français reproduirait plus qu’ailleurs les inégalités sociales. Il propose de rendre de la liberté et de la responsabilité aux établissements en échange d’une évaluation, de mieux rémunérer les professeurs, et de rouvrir des questions sensibles comme les rythmes scolaires et les grandes vacances, qu’il juge inégalitaires.

Que dit Édouard Philippe sur la dette publique ?

Il rappelle que le dernier budget français voté à l’équilibre remonte, selon lui, à 1973 ou 1974, et que le pays est en déficit chaque année depuis. Il assume de dire que cette dette pèsera sur les générations futures et défend la nécessité de réduire la dépense publique plutôt que d’ignorer le problème.

Quelle est la position d’Édouard Philippe sur les retraites ?

Il refuse l’idée d’un âge de départ unique fixé à 67 ans pour tous et distingue carrières longues, carrières hachées et pénibilité réelle. Il plaide pour introduire une part de capitalisation obligatoire en complément du système par répartition, tout en défendant la réforme de l’apprentissage qu’il a portée.

Quels livres Édouard Philippe recommande-t-il ?

Le livre qu’il offrirait à tous les Français est « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand. Il cite aussi sa passion pour Alexandre Dumas, des œuvres de Victor Hugo, Louis-Ferdinand Céline, Marc Bloch et André Gide, ainsi que son dernier coup de cœur, « L’Homme qui aimait les chiens » de Leonardo Padura.

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