Une agence au service de la nature
Jean-Philippe Anglade raconte son parcours atypique, d’une formation littéraire à la direction scientifique de Biosphoto, où ses connaissances de naturaliste ont primé sur sa pratique de la photographie. Il retrace l’histoire de l’agence, fondée en 1997 par Catherine Delofoe, d’abord comme un petit collectif de passionnés avant de devenir une référence mondiale dans sa niche : la nature, l’environnement et le jardin. Rachetée en 2012 par le groupe Photononstop, Biosphoto rassemble aujourd’hui plus de 400 photographes et un fonds de deux millions d’images. Sa mission principale est d’offrir aux clients, qu’ils soient dans la presse, l’édition ou la publicité, une collection la plus exhaustive possible, appuyée par une expertise scientifique et un important travail d’indexation.
Le modèle économique repose sur la vente de droits d’usage pour des utilisations précises, la photo restant toujours la propriété de son auteur. « On se partage la vente, 50% de chaque côté », explique-t-il à propos de la répartition des revenus avec les photographes.
Le choc des microstocks
L’arrivée du numérique a profondément transformé le marché de la photographie en créant une offre pléthorique d’images. Sur cette vague sont apparus les microstocks, des géants comme Shutterstock ou Photolia, qui ont « cassé les modèles antérieurs ». Ces plateformes fonctionnent sur un modèle de volume et d’abonnement, proposant des images à des prix dérisoires, parfois quelques centimes. Pour Jean-Philippe Anglade, ce système oblige les photographes à produire une quantité énorme d’images pour espérer en tirer un revenu, au risque de niveler la créativité au profit d’un contenu très commercial et descriptif.
Face à ces « méga-stocks », Biosphoto défend un modèle différent, basé sur la valorisation du travail des auteurs, un contact humain et un accompagnement éditorial. « On essaie de valoriser les images des photographes », insiste-t-il, tout en reconnaissant la difficulté de maintenir des prix élevés face à une telle pression du marché.
Collaborer avec Biosphoto
Comment un photographe peut-il rejoindre l’agence ? Biosphoto reçoit des candidatures spontanées et démarche parfois directement des auteurs. Avec un fonds déjà très riche, le critère principal est la nouveauté. L’agence cherche à combler ses manques et à renouveler son stock avec des images inédites, que ce soit en termes d’espèces, de comportements ou de thématiques. Jean-Philippe Anglade cite l’exemple de la photographie ornithologique : « On a énormément de photos de héros cendrés magnifiques, le problème, c’est qu’on en a déjà beaucoup. » Un refus n’est donc pas une remise en cause de la qualité du photographe, mais une question de pertinence par rapport au fonds existant.
Parmi les sujets activement recherchés, il mentionne tout ce qui peut illustrer le réchauffement climatique, un thème complexe à traduire en images, ainsi que la photographie d’animaux domestiques, un marché important où les belles images bien réalisées sont rares.
Un engagement pour la planète
Au-delà de son activité commerciale, Biosphoto s’engage concrètement pour l’environnement à travers un partenariat avec Tara Expedition. Cette ONG utilise un voilier scientifique, anciennement celui de l’explorateur Jean-Louis Etienne, pour étudier les océans et sensibiliser le grand public aux enjeux marins. Pour Jean-Philippe Anglade, cette collaboration est une évidence : « Associer une entreprise qui vend des photos de nature comme Biosphoto à une ONG comme Tara Expedition, ça nous semblait couler de source. »
L’agence soutient financièrement l’organisation en lui reversant une partie de son chiffre d’affaires, contribuant ainsi à une aventure scientifique et humaine qu’il juge essentielle.
Les références de l’épisode
- Personnes : Catherine Delofoe, Jean-Louis Etienne, Agnès B.
- Organisations et entreprises : Biosphoto, Photononstop, Société française d’orchidophilie, Getty Images, Corbis, Magnum, Shutterstock, Photolia, Tara Expedition.
- Événements : COP21.
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Jean-Philippe Anglade, du monde littéraire à la direction scientifique de Biosphoto.
- Son rôle de naturaliste, une compétence clé pour intégrer l’agence.
- L’histoire de Biosphoto, de sa création en 1997 par Catherine Delofoe à son rachat par Photononstop.
- Le positionnement de l’agence : une niche spécialisée dans la nature, l’environnement et le jardin.
- Le métier d’une agence photo : constituer une collection exhaustive et documentée pour les clients.
- L’importance de l’indexation et des métadonnées (IPTC) pour la recherche d’images.
- Le modèle économique : la vente de droits d’usage et le partage des revenus à 50/50 avec les photographes.
- Le paysage concurrentiel : les géants généralistes et l’émergence des microstocks.
- L’impact de la révolution numérique et des microstocks sur les prix et le marché de la photographie.
- La différence de modèle entre une agence traditionnelle et les plateformes de microstock basées sur le volume.
- Les conseils aux photographes souhaitant commercialiser leurs images.
- Le processus de sélection de Biosphoto : la recherche de l’inédit pour enrichir un fonds de 2 millions de photos.
- Les thématiques recherchées par l’agence, comme le réchauffement climatique ou les animaux domestiques.
- Les sujets sur-représentés, comme les photos d’oiseaux très communs.
- Le partenariat engagé avec l’ONG Tara Expedition et son voilier scientifique.
FAQ
Qui est Jean-Philippe Anglade ?
Jean-Philippe Anglade est le directeur scientifique de l’agence photo Biosphoto. Naturaliste passionné avant d’être photographe, il a un parcours littéraire et a notamment travaillé dans l’œnologie. Il est également l’un des vice-présidents de la Société française d’orchidophilie et auteur d’un livre sur les orchidées sauvages. Ses connaissances naturalistes ont été son principal atout pour rejoindre l’agence il y a près de dix ans.
Qu’est-ce que l’agence Biosphoto ?
Biosphoto est une agence photographique française fondée en 1997, spécialisée dans les thématiques de la nature, de l’environnement et du jardin. Elle représente plus de 400 photographes du monde entier et propose une collection de plus de deux millions d’images à des clients de la presse, de l’édition et de la publicité. Elle se distingue par son expertise scientifique et son positionnement de leader sur cette niche.
Quelle est la différence entre une agence comme Biosphoto et un microstock ?
Biosphoto est une agence dite traditionnelle qui vend des droits d’usage pour des photos spécifiques (droit géré), avec un partage de revenus à 50/50 avec le photographe et un contact humain fort. Un microstock, comme Shutterstock, fonctionne sur un modèle de volume : il vend des abonnements permettant de télécharger un grand nombre d’images à très bas prix, ce qui se traduit par une rémunération très faible pour le photographe à chaque vente.
Comment un photographe peut-il travailler avec Biosphoto ?
Les photographes peuvent soumettre leur portfolio via le site de l’agence. La sélection ne se base pas uniquement sur la qualité technique ou artistique, mais surtout sur l’originalité et la capacité à illustrer des sujets que l’agence n’a pas ou peu. Biosphoto recherche activement des thèmes précis, comme des images illustrant le réchauffement climatique ou des photos d’animaux domestiques, tout en étant déjà très fournie sur des sujets communs comme les oiseaux.
Pourquoi Biosphoto soutient-elle Tara Expedition ?
Biosphoto soutient l’ONG Tara Expedition par cohérence avec ses propres valeurs et son domaine d’activité centré sur la nature. Tara Expedition mène des missions scientifiques sur les océans pour mieux les comprendre et sensibiliser le public. En reversant une partie de son chiffre d’affaires à l’ONG, Biosphoto participe au financement de ces actions, associant ainsi son image à une cause environnementale majeure.
