La naissance d’une passion
Joël Héras raconte comment sa passion pour la photographie, née en 1976, s’est rapidement orientée vers la nature et les insectes. Frustré de ne pas pouvoir observer le mécanisme du vol, il a été animé par une curiosité presque scientifique : comment un insecte décolle-t-il ? Se pousse-t-il sur ses pattes ? La forme de ses ailes change-t-elle en mouvement ? Cette quête de l’invisible l’a conduit à une évidence : le matériel existant ne suffisait pas. Il lui fallait inventer son propre système pour capturer ces instants fugaces.
« Ce qui t’intéressait, c’était de voir ce que l’œil humain ne pouvait pas voir, c’est-à-dire qu’est-ce qui se passe quand un insecte vole. »
Un ingénieur au service de l’image
Fort de ses études et de son expérience en électronique, notamment dans le dépannage de téléviseurs, Joël Héras a conçu et fabriqué lui-même l’intégralité de son dispositif. Le système se compose de trois parties : des cellules de détection, un obturateur rapide et des flashs ultra-rapides. Une installation qu’il a mise au point dans les années 80 et qui, preuve de sa fiabilité, est toujours fonctionnelle aujourd’hui. Il explique que le passage au numérique n’a pas fondamentalement changé sa technique, mais lui a surtout facilité la gestion de la lumière et l’équilibre entre le sujet et l’arrière-plan.
Cette maîtrise technique lui a permis de se concentrer sur l’essentiel : l’image, sans se laisser dicter sa pratique par les évolutions technologiques ou les modes photographiques.
Un parcours en toute discrétion
Malgré un talent évident, Joël Héras n’a jamais cherché à faire carrière dans la photographie, la considérant longtemps comme un simple loisir. Sa première parution dans le magazine Chasseurs d’images en 1986 ne change rien à son quotidien. C’est en 2002 qu’un tournant s’opère : il décide de rejoindre la prestigieuse agence BIOS, qui devient un véritable accélérateur pour son activité. Il raconte avoir simplement démarché l’agence sur son stand au festival de Montier-Ander, avec ses diapositives sous le bras. Ce festival, où il a exposé à plusieurs reprises, notamment en 2002 et 2004, n’a jamais été un aboutissement pour lui, mais plutôt une étape pour continuer à partager son travail.
Il a également publié un livre, « Bat Mandel », en 2002, et a croisé la route d’autres grands noms comme Guylain Simard, Vincent Minier ou Michel Lou, sans jamais se départir de son approche personnelle.
Le jardin comme terrain de jeu
Pour trouver ses sujets, Joël Héras n’a pas besoin d’aller très loin. Il estime que 80 % de ses photographies sont réalisées dans son propre jardin de 1500 m². Loin d’être un espace manucuré, il le conçoit comme une friche volontaire, un écosystème entièrement dédié à la biodiversité. Il y a aménagé une mare, créé des talus artificiels pour les abeilles et les guêpes solitaires, et pratique une tonte raisonnée pour laisser un maximum de place à la vie sauvage. Cette proximité lui permet d’observer et de photographier les insectes dans leur milieu naturel, avec une patience et une connaissance fine de leurs habitudes.
Son approche est un véritable plaidoyer pour la création de micro-sanctuaires de biodiversité, accessibles à tous.
Conseils de maître
Pour ceux qui voudraient s’essayer à la photographie d’insectes en vol, Joël Héras livre quelques conseils. Il recommande de commencer par des espèces au vol plus lent ou stationnaire, comme certaines libellules ou le moro-sphinx, un papillon qui butine en faisant du surplace. Techniquement, pour figer le mouvement, il suggère deux approches : utiliser une vitesse d’obturation très élevée (1/4000s ou 1/8000s) pour les sujets un peu éloignés, ou, pour les gros plans, se servir de la brièveté de l’éclair de plusieurs flashs externes. Il insiste sur l’importance de l’éclairage pour sculpter le sujet. Enfin, son post-traitement est minimaliste : tout est réglé à la prise de vue, de la balance des blancs au cadrage, ne s’autorisant qu’un léger ajustement du contraste.
Une philosophie qui prône la maîtrise technique en amont pour un résultat le plus pur possible.
Les références de l’épisode
- « Bat Mandel », livre de Joël Héras (2002)
- Magazine Chasseurs d’images
- Agence BIOS
- Festival de Nature et de Photos Animalières de Montier-Ander
- Guylain Simard, photographe
- Stéphane Dalton, photographe
- Vincent Minier, photographe
- Michel Lou, photographe
- « Les Secrets des Photographes Animaliers » (DVD)
- Le moro-sphinx (papillon)
Au fil de l’épisode
- Début de l’interview et présentation de Joël Héras, spécialiste de la photo d’insectes en vol.
- Ses débuts en photographie en 1976 et son intérêt pour la nature.
- L’origine de sa démarche : la curiosité de voir ce que l’œil ne peut percevoir dans le vol des insectes.
- La décision de fabriquer son propre matériel pour surmonter les limites techniques.
- Son parcours en électronique qui lui a donné les compétences pour créer son système.
- Description de son installation : cellules de détection, obturateur rapide et flashs ultra-rapides.
- La fiabilité de son matériel, conçu il y a plus de 30 ans et toujours fonctionnel.
- L’impact limité du passage au numérique sur sa technique de prise de vue.
- Sa première parution dans le magazine Chasseurs d’images en 1986.
- Son approche de la photographie comme un loisir, sans plan de carrière initial.
- Son entrée à l’agence BIOS en 2002, qui a professionnalisé sa pratique.
- La manière dont il a contacté l’agence, au festival de Montier-Ander.
- Son expérience en tant qu’exposant à Montier-Ander, vue comme une étape et non un aboutissement.
- Sa transition vers le numérique, une fois la qualité d’image jugée équivalente à l’argentique.
- Sa rencontre avec le photographe Guylain Simard.
- L’influence relative du photographe Stéphane Dalton, dont il a découvert le travail après avoir fini son propre matériel.
- Son admiration pour le travail de Vincent Minier et Michel Lou.
- Son indépendance stylistique face aux modes photographiques, comme le flou extrême.
- Sa méthode pour identifier les espèces d’insectes grâce à des livres de détermination.
- Son jardin, son principal terrain de jeu, aménagé pour attirer un maximum d’insectes.
- Les aménagements spécifiques de son jardin : mare, talus artificiel pour abeilles solitaires.
- Conseils pour débuter : choisir des insectes au vol stationnaire comme les libellules ou le moro-sphinx.
- Astuces techniques : utiliser une vitesse d’obturation très rapide ou la brièveté de l’éclair de plusieurs flashs.
- Son approche minimaliste du post-traitement, privilégiant les réglages à la prise de vue.
FAQ
Qui est Joël Héras ?
Joël Héras est un photographe français reconnu comme le spécialiste de la photographie d’insectes en vol. Passionné par la nature et l’électronique, il est célèbre pour avoir conçu et fabriqué son propre système de prise de vue à très haute vitesse dans les années 1980 afin de capturer des détails invisibles à l’œil nu. Son travail a été publié et exposé, notamment au festival de Montier-Ander.
Comment Joël Héras photographie-t-il les insectes en vol ?
Il utilise un dispositif qu’il a entièrement créé, composé de cellules de détection qui déclenchent l’appareil, d’un obturateur ultra-rapide et de flashs spécifiques. Ce système lui permet de figer le mouvement des ailes avec une précision extrême. La plupart de ses réglages, comme la balance des blancs et le cadrage, sont effectués directement à la prise de vue pour un post-traitement minimal.
Quel matériel Joël Héras recommande-t-il pour débuter dans ce domaine ?
Pour photographier des insectes en vol sans matériel spécialisé, il conseille d’utiliser un appareil photo avec une vitesse d’obturation très élevée, comme 1/4000s ou 1/8000s, pour les sujets un peu distants. Pour les gros plans, il recommande d’employer deux ou trois flashs externes montés sur un support, car la brièveté de leur éclair permet de figer le mouvement efficacement.
Où Joël Héras trouve-t-il les insectes qu’il photographie ?
La grande majorité de ses photos, environ 80 %, sont prises dans son propre jardin. Il l’a volontairement laissé en partie en friche et y a aménagé des habitats spécifiques, comme une mare ou un talus pour les abeilles solitaires, afin d’attirer une grande diversité d’insectes. Son jardin est ainsi devenu son principal studio de photographie en plein air.
