Des jumelles à l’appareil photo
Né en 1984, Julien Séré a d’abord été un passionné de nature avant de devenir photographe. C’est sa formation de naturaliste, avec un BTA en gestion de la faune sauvage, qui a constitué le socle de sa pratique. Il raconte que la photographie est venue plus tard, presque comme une nécessité pour partager et prouver la richesse de ses observations solitaires en forêt. « On observe les choses extraordinaires quand on est seul au milieu des bois, et puis on passe pour un menteur », confie-t-il. Ce qui n’était au départ qu’un moyen de ramener un souvenir est rapidement devenu une passion exigeante, où la connaissance du terrain et de la biologie des espèces prime sur tout le reste.
Pour lui, tout photographe animalier doit acquérir ce bagage naturaliste, que ce soit par des études ou par la lecture, pour espérer rencontrer les animaux dans de bonnes conditions.
La patience de l’affût
Pour photographier les grands mammifères de nos régions, comme le cerf ou le chevreuil, Julien Séré ne jure que par une seule méthode : l’affût. Il délaisse complètement l’approche, qu’il juge trop intrusive et vouée à l’échec pour un être humain. L’affût, au contraire, consiste à se poster dans un lieu de passage connu des animaux, en prenant soin de tous les détails : le sens du vent, un camouflage parfait. C’est une école de patience qui, à force de répétition, multiplie les chances de contact. Il insiste également sur un aspect souvent négligé par les débutants : le confort. Être bien installé n’est pas un luxe, mais une condition essentielle pour rester silencieux et immobile pendant de longues heures, et ainsi ne pas gâcher le moment crucial où l’animal apparaît.
« S’asseoir sur un caillou, ça dure, au bout de deux heures on commence à avoir mal aux fesses », explique-t-il pour illustrer l’importance de bien préparer son poste d’observation.
Voyages photographiques
Julien Séré partage le récit de deux voyages qui ont marqué son parcours. Le premier l’a mené en Norvège, dans le parc national du Dovre, à la rencontre du bœuf musqué. Inspiré par les clichés de Vincent Munier, il a découvert un animal qu’il qualifie de « préhistorique », une rencontre qui « transporte dans le passé ». Accompagné du photographe Christophe Doucet, il a appris à repérer et approcher cet animal puissant dans des paysages immenses. Le second voyage l’a conduit en Hongrie, chez le photographe de renommée mondiale Bence Máté. Une expérience qu’il juge très enrichissante, où il a découvert des techniques d’affût d’un confort et d’une ingéniosité rares.
Il y a notamment appris des astuces surprenantes, comme l’utilisation de miroirs pour amener la lumière sur une scène, transformant la nature en véritable studio.
La « Drinking Station », un projet innovant
De son séjour chez Bence Máté, Julien Séré a ramené une idée qu’il est en train de concrétiser en France : la création d’une « Drinking Station ». Le concept est simple en apparence mais redoutablement efficace : construire un petit bassin avec une faible profondeur d’eau pour que les oiseaux viennent naturellement s’y abreuver et s’y baigner. Cela permet de les photographier dans des conditions idéales. Loin de voir cela comme une manipulation de la nature, il considère que c’est un service rendu aux animaux, tout comme le fait de mettre à leur disposition de la boue pour construire leur nid. Il estime que cette technique, qui a fait ses preuves en Hongrie, est tout à fait adaptable en France.
Ce projet, presque terminé, promet des images spectaculaires et témoigne de sa volonté d’innover constamment dans sa pratique.
Les références de l’épisode
- Personnes : Bence Máté, Vincent Munier, Christophe Doucet, Isabelle, Valentine.
- Lieux : Chaumont, Côte d’Or, Norvège, Parc national du Dovre, Oslo, Hongrie, Luxembourg.
- Espèces animales : cervidés, bœuf musqué, chevreuil, renard, chat forestier, lièvre, hirondelle.
- Marques et matériel : Canon 500mm, Sigma 120-300mm, Nikon.
- Concepts : Drinking Station.
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Julien Séré, de sa formation de naturaliste à ses débuts en photographie animalière.
- Pourquoi il a commencé la photo : pour prouver et partager ses observations de la faune.
- Sa technique de prédilection pour les grands mammifères : l’affût, et pourquoi il ne pratique jamais l’approche.
- L’importance du confort dans un affût pour garantir le silence et la patience.
- Récit de son voyage en Norvège sur les traces du bœuf musqué, un animal qu’il qualifie de préhistorique.
- L’influence des photos de Vincent Munier dans son choix de destination.
- Son séjour en Hongrie chez le photographe Bence Máté pour découvrir ses techniques d’affût innovantes.
- Les astuces de Bence Máté, comme l’utilisation de miroirs pour gérer la lumière en pleine nature.
- Le projet de Julien Séré de construire une « Drinking Station » en France pour photographier les oiseaux.
- Conseils pour réussir ses photos d’oiseaux en vol, notamment en repérant leurs passages réguliers.
- Sa méthode en trois étapes pour le repérage de nouveaux sites photographiques.
- L’anecdote sur l’achat de son téléobjectif 500mm au Luxembourg pour bénéficier d’un prix avantageux.
FAQ
Qui est Julien Séré ?
Julien Séré est un photographe animalier français né en 1984. Avant de se consacrer à la photographie, il a suivi des études de naturaliste et obtenu un BTA en gestion de la faune sauvage. Cette connaissance approfondie de la nature est un pilier de sa pratique. Il est spécialiste des affûts, notamment pour photographier les cervidés dans sa région de la Côte d’Or, et a réalisé plusieurs voyages photographiques marquants à l’étranger.
Quelle est la technique de photographie privilégiée par Julien Séré ?
La technique quasi exclusive de Julien Séré est l’affût. Il consiste à se camoufler dans un poste fixe et à attendre que les animaux se présentent. Il considère cette méthode plus discrète et respectueuse que l’approche, qui risque de déranger la faune. Pour lui, la réussite d’un affût repose sur la patience, une bonne connaissance du terrain, la prise en compte du vent et un confort suffisant pour rester immobile et silencieux.
Qu’est-ce qu’une « Drinking Station » ?
Une « Drinking Station » est un aménagement photographique inspiré par le photographe hongrois Bence Máté. Il s’agit d’un point d’eau artificiel, un bassin de faible profondeur, conçu pour attirer les oiseaux qui viennent y boire et se baigner. Cela permet au photographe, posté en affût à proximité, de réaliser des clichés dans des conditions de lumière et de proximité idéales. Julien Séré travaille à la construction d’une telle installation en France.
Quels voyages photographiques Julien Séré raconte-t-il ?
Julien Séré évoque deux voyages majeurs. Le premier l’a conduit en Norvège, dans le parc national du Dovre, pour photographier le bœuf musqué, un animal qui le fascinait. Le second était un séjour en Hongrie chez le célèbre photographe Bence Máté, où il a pu apprendre et observer des techniques d’affût très sophistiquées, qu’il cherche désormais à adapter en France.
