Un soldat, pas un journaliste
Le major Arnaud insiste sur un point : un soldat de l’image n’est pas un journaliste militaire. « Je suis un militaire qui t’accompagne et documente l’action de l’armée française sur le terrain », explique-t-il. Cette distinction est fondamentale. Avant d’être un technicien de l’image, il est un soldat, soumis aux mêmes contraintes et à la même rusticité que les autres. Il porte le même équipement, la même arme, mais avec le poids supplémentaire de son matériel de captation. Sa mission exige une compréhension tactique fine pour se placer sans gêner la manœuvre ni se mettre en danger. Il ne cherche pas à être invisible, ce qui pourrait le faire oublier en cas de danger, mais « transparent », intégré au dispositif tout en restant concentré sur sa tâche.
Pour lui, la communication est une arme et chaque photo, une munition. Un rôle qu’il assume pleinement, conscient de l’importance de l’image dans les conflits modernes, comme en Ukraine où chaque unité embarque désormais un spécialiste.
L’œil derrière l’objectif
Photographier la guerre confronte à « ce qu’on n’a pas envie de voir, au pire de ce que peut produire l’humanité ». Le major Arnaud évoque la mission en Centrafrique comme la plus difficile psychologiquement, où il a dû documenter des charniers. Dans ces moments, l’appareil photo agit comme un filtre, une protection qui le sépare de la réalité. « Quand j’ai l’œil dans la caméra, je suis un professionnel. Je me coupe de ce qu’il y a autour », confie-t-il. La confrontation avec la dureté des images se fait plus tard, lors du traitement et de la sélection, ou lorsque des souvenirs refont surface. Le moment le plus éprouvant de sa carrière reste la documentation des cérémonies d’hommage aux soldats tombés en Afghanistan. Seul à devoir bouger, travailler, alors que tous les autres sont figés dans le deuil, il devait immortaliser l’instant pour les familles restées en France.
« J’avais envie de faire autre chose, de ne pas être là », se souvient-il, évoquant la difficulté de ne pas pouvoir prendre part à ce moment réparateur.
Devoir de mémoire et d’action
Au-delà de la communication opérationnelle, le soldat de l’image a une mission de mémoire. Depuis 1915, l’armée documente ses actions, et l’ensemble de ces archives est conservé à l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense). Cette mission impose de ne rien s’interdire à la prise de vue. « Il faut tout documenter, il faut tout photographier », même les scènes les plus difficiles, car une image peut devenir une preuve ou une pièce historique. La sélection pour la diffusion au grand public ne lui appartient pas, elle est du ressort de la chaîne de commandement. Il raconte avoir dû résister, en Afghanistan, à un chef de groupe sous le choc qui lui demandait de supprimer les photos d’un véhicule ayant sauté sur un engin explosif. Il a tenu bon, fidèle à sa mission.
Son parcours l’a mené de simple opérateur à chef d’équipe, puis producteur, notamment pour le podcast Quartier Libre, passant de la communication opérationnelle à celle de recrutement.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn de Nicolas Brault
- La chaîne YouTube du Capitaine Brault
- Le compte TikTok du Capitaine Brault
- Le canal WhatsApp du Capitaine Brault
- Le site de recrutement de l’Armée de Terre
Les références de l’épisode
- Personnes : Didier François, Jean-Yves Le Drian, Florence Parly, Benoît Saint-Denis.
- Organisations et unités : ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense), CIRPA Terre, 2e REP (Régiment étranger de parachutistes), Troupes de marine, DRHAT (Direction des Ressources Humaines de l’Armée de Terre).
- Lieux et opérations : Kosovo, Yougoslavie, République centrafricaine (RCA), Côte d’Ivoire, Sénégal, Tchad, Afghanistan, Mali, Irak, Liban, Algérie, Bosnie, Kaboul, col d’Ouzbine.
- Œuvres : le film d’animation « Valse avec Bachir ».
- Équipements et concepts : VAB (Véhicule de l’avant blindé), hélicoptère Tigre, porte-avions Charles de Gaulle, SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins), IED (engin explosif improvisé), CCT (Combat Camera Team).
Au fil de l’épisode
- La première expérience du major Arnaud face à la caméra, lui qui est habituellement derrière.
- La distinction fondamentale entre un soldat de l’image et un journaliste militaire.
- Les qualités requises pour ce métier : la rusticité d’un soldat et la curiosité d’un technicien.
- Le concept de se rendre « transparent » sur le terrain pour s’intégrer sans gêner la manœuvre.
- La photo comme « munition » dans la guerre de l’information.
- L’évolution de la place du soldat de l’image dans les opérations depuis 2009.
- Ses missions les plus dures : l’Afghanistan sur le plan physique, la Centrafrique sur le plan psychologique.
- Le rôle de l’appareil photo comme filtre protecteur face à l’horreur.
- La difficulté de traiter les images traumatisantes après la mission.
- Le devoir de mémoire : documenter toutes les actions de l’armée pour les archives de l’ECPAD.
- Le processus de validation des images, qui ne relève pas de l’opérateur mais de la chaîne de commandement.
- L’anecdote en Afghanistan où il a refusé de supprimer des photos après l’explosion d’un IED.
- Le moment le plus difficile de sa carrière : photographier les cérémonies d’hommage aux soldats morts au combat.
- Son expérience aux côtés des plus hautes autorités, comme les ministres de la Défense ou le chef d’état-major des armées.
- Son parcours professionnel, d’opérateur de prise de vue à chef d’équipe puis producteur.
- Le modèle de la « Combat Camera Team » (CCT) à trois personnes.
- La question des soldats qui produisent leurs propres contenus sur les réseaux sociaux et les risques pour la sécurité opérationnelle.
- La recherche d’une dimension esthétique et émotionnelle dans ses clichés.
- Les meilleurs souvenirs : la découverte des autres armées, comme la Marine ou l’Armée de l’air et de l’espace.
- La frustration d’une opération majeure en Afghanistan où il n’a ramené aucune image.
- Le surnom de « manouches du désert » donné aux équipes image au Mali.
- Son rôle actuel dans la communication de recrutement avec le podcast « Quartier Libre ».
- Les nouvelles voies de recrutement pour devenir soldat de l’image.
FAQ
Qui est le major Arnaud ?
Le major Arnaud est un soldat de l’image de l’armée de Terre. Avec une carrière débutée dans les années 1990, il a documenté la plupart des opérations extérieures françaises, notamment au Kosovo, en Afghanistan et en Centrafrique. Après avoir été opérateur de prise de vue et chef d’équipe sur le terrain, il travaille aujourd’hui à la communication de recrutement, notamment en tant que producteur du podcast Quartier Libre.
Qu’est-ce qu’un soldat de l’image ?
Un soldat de l’image est un militaire spécialiste de la production audiovisuelle (photo et vidéo). Sa mission est de documenter les actions de l’armée, que ce soit en entraînement ou en opération extérieure. Il est avant tout un soldat, partageant les mêmes conditions que les unités qu’il accompagne. Son travail sert à la fois la communication opérationnelle, le devoir de mémoire pour les archives et la communication de recrutement.
Pourquoi le métier de soldat de l’image est-il psychologiquement difficile ?
Ce métier expose directement aux réalités les plus dures de la guerre. Le soldat de l’image ne peut pas détourner le regard ; son devoir est de documenter les scènes de violence, les blessés ou les charniers. L’un des aspects les plus éprouvants, selon le major Arnaud, est de devoir photographier les cérémonies d’hommage aux camarades tombés au combat, l’obligeant à travailler alors que les autres sont dans le recueillement.
Quelle est la différence entre un soldat de l’image et un journaliste de guerre ?
Contrairement à un journaliste qui est un civil indépendant, le soldat de l’image est un militaire. Il fait partie intégrante du dispositif sur le terrain et son travail répond à une mission commandée par l’institution militaire. Ses productions sont destinées à la communication de l’armée et au devoir de mémoire, tandis qu’un journaliste travaille pour un média externe avec une ligne éditoriale indépendante.
Comment les images prises en opération sont-elles utilisées ?
Les images ont deux destinations principales. D’une part, elles servent à la communication opérationnelle : après validation par l’état-major, elles peuvent être diffusées pour informer le public sur les actions des armées. D’autre part, elles remplissent un devoir de mémoire : l’intégralité des clichés est versée aux archives de l’ECPAD, qui conserve l’histoire visuelle de la Défense depuis 1915 et la rend accessible aux chercheurs et aux familles.
