Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

Interview du photographe animalier Marc Costermans

Marc Costermans est un photographe animalier belge connu pour ses images de martin-pêcheur et de faucon crécerelle, deux espèces qu'il photographie à quinze kilomètres de chez lui et qui lui ont valu plusieurs prix. Dans cet entretien, il ouvre sa boîte à outils : comment installer un perchoir pour qu'un oiseau farouche vienne l'adopter en une semaine, comment choisir l'arrière-plan pour obtenir un fond rose ou orangé, comment pré-régler la mise au point pour saisir un vol. Le tout avec une exigence constante : ne jamais déranger l'animal.

Marc Costermans, photographier le martin-pêcheur en vol et sur fonds colorés

Un voyage de noces qui a tout déclenché

Marc Costermans est belge, père de trois enfants, et photographie depuis 1993. Il raconte avoir passé, en Belgique, un examen d’État donnant accès à la profession de photographe, « exactement, je ne sais pas, comme un électricien, un plombier » : il faisait alors des reportages de mariage et vendait des images à des revues, et voulait être en règle. Cette protection de la profession n’existe plus aujourd’hui. Sa passion pour la photographie animalière, elle, est née pendant son voyage de noces : quarante jours dans les grands parcs américains, dont Yellowstone, avec un 400 mm prêté dont la mise au point se faisait par allongement de l’objectif. Au retour, il achète son premier reflex argentique. Le déclic suivant vient de son jardin : un merle leucique, au plumage partiellement blanc, venait régulièrement au fond du terrain, hors de portée de son 70-200 mm. Il achète alors un 300 mm puis un 500 mm, mais l’oiseau a disparu avant qu’il ait pu le photographier. Interrogé sur l’existence d’une « école belge » de la photographie animalière, il avance une explication simple : une densité de population forte, peu de grands rassemblements photo, et donc des photographes qui se croisent tous au même endroit, à Namur.

Il cite parmi ses compatriotes Michel d’Oultremont, qui habite à quinze minutes de chez lui, et Philippe Moës.

Le martin-pêcheur, oiseau farouche mais conciliant

Le martin-pêcheur est, pour Marc Costermans, « le plus bel oiseau » de Belgique, et surtout un excellent défi. Il le photographie exclusivement sur des lieux de pêche, à dix ou quinze kilomètres de chez lui, jamais près du nid. Il rappelle que l’espèce est un bon indicateur de la qualité de l’eau : sa présence signale une rivière poissonneuse et peu polluée. Le paradoxe de cet oiseau tient en une phrase : farouche, il fuit dès qu’on approche, mais il accepte sans problème les changements dans son environnement. « Le martin, d’après mon expérience, il s’en fout complètement des changements », dit-il. Concrètement, il travaille depuis un affût chaise qu’il déplace, et installe lui-même un perchoir sur une zone dégagée où le courant amène du poisson. En une semaine, l’oiseau vient l’adopter, car il visite régulièrement son territoire. Peu importe la nature du perchoir : une branche moussue, un parapluie, un second appareil photo sur trépied feront l’affaire si le lieu de pêche est bon. Cette liberté de placement est ce qui lui permet de travailler ses fonds. En fin d’automne, il oriente le perchoir vers une butte de sapin aux aiguilles brun orangé : le fond devient une tapisserie floutée. Devant un arbre au feuillage rouge vif, il a obtenu deux images très différentes du même fond : en surexposant pour éclairer l’oiseau à l’ombre, le rouge vire au rose ; en sous-exposant et en débouchant l’oiseau au flash, il tire vers le mauve.

« À l’origine, c’est juste un rouge qui a été éclairci dès la prise de vue », résume-t-il.

Saisir le vol, et savoir reculer

Pour photographier le martin-pêcheur en vol, Marc Costermans s’appuie sur une évidence rarement exploitée : un oiseau qui se pose sur un perchoir y arrive en volant, donc par un plan prévisible. Il plante un bâton une trentaine de centimètres avant le perchoir, fait la mise au point dessus, débranche l’autofocus, puis retire le bâton. L’appareil, déclenché neuf fois sur dix à distance par un déclencheur souple, attend l’oiseau dans ce plan ; un second boîtier reste pointé sur le perchoir pour ne pas rentrer bredouille. Il ajuste l’orientation selon l’observation : le martin freine en écartant les ailes et passe sous le perchoir, ce qui permet de le prendre de face en abaissant l’appareil. Côté réglages, il explique qu’il faut dépasser le 1/2000 de seconde pour figer complètement l’oiseau, ce qui est difficile à l’ombre, d’où son choix de travailler en lieu dégagé et de peu fermer le diaphragme. Sa règle de netteté est claire : des ailes floues ne posent aucun problème, mais l’œil et la tête doivent être nets. Un hiver, ayant cassé la glace à un endroit précis d’un étang, il a obtenu plusieurs vols stationnaires à cinq ou six mètres et a fait varier la vitesse pour produire des effets radicalement différents.

Sur l’éthique, il est net : la photographie au nid est « à proscrire » quand on ne connaît pas l’espèce, et il faut lire les signes de dérangement. Si l’oiseau s’arrête de se nettoyer les ailes pour vous fixer, c’est qu’il est déjà gêné : il faut reculer.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Michel d’Oultremont, photographe animalier belge, voisin de Marc Costermans
  • Philippe Moës, photographe animalier belge
  • Alain Balthazard, photographe cité pour ses approches en voiture et les distances de fuite des buses
  • Bence Máté, photographe hongrois dont les affûts accueillent les séjours organisés par Marc Costermans
  • Le Festival Nature Namur, où il a exposé en octobre 2015 une série intitulée « Envolée lumineuse »
  • Le parc de Yellowstone, aux États-Unis, étape de son voyage de noces

Au fil de l’épisode

  • L’examen d’État belge qui donnait accès à la profession de photographe
  • Existe-t-il une « école belge » de la photographie animalière ?
  • Un voyage de noces de quarante jours dans les parcs américains
  • Le merle leucique du jardin et l’achat d’une longue focale
  • Pourquoi le martin-pêcheur et le faucon crécerelle
  • Le martin-pêcheur, indicateur de la qualité des rivières
  • Un nichoir à faucon construit soi-même, occupé la troisième année
  • Une cabane d’affût à six mètres de hauteur, face au nid
  • Photographier au nid : les précautions et les interdits
  • Lire les signes de dérangement et savoir reculer
  • Le risque d’habituer un animal à la présence humaine
  • Installer un perchoir et attendre que l’oiseau l’adopte
  • Choisir l’arrière-plan pour obtenir un fond orangé, rose ou mauve
  • Surexposer ou sous-exposer selon l’effet recherché
  • Pré-mise au point sur un bâton, autofocus débranché, déclencheur à distance
  • Travailler avec deux boîtiers, l’un pour le vol, l’autre pour le posé
  • Quelle vitesse pour figer un martin-pêcheur en vol
  • L’œil et la tête nets, les ailes floues : la règle qu’il applique
  • Des vols stationnaires obtenus en cassant la glace d’un étang
  • Les séjours photo qu’il organise en Hongrie

FAQ

Comment photographier le martin-pêcheur ?

Marc Costermans conseille de travailler sur un lieu de pêche plutôt que près du nid, et d’installer soi-même un perchoir sur une zone dégagée où le courant amène du poisson. L’oiseau visite régulièrement son territoire et adopte un nouveau perchoir en une semaine environ. L’affût ne le dérange pas.

Comment obtenir un joli fond coloré en photographie animalière ?

En plaçant le perchoir de façon à choisir ce qui se trouve derrière. Marc Costermans oriente le sien vers une butte de sapin brun orangé ou un arbre au feuillage rouge. La grande ouverture floute ce fond en tapisserie, et l’exposition fait le reste : surexposer éclaircit le rouge en rose, sous-exposer le fonce vers le mauve.

Quelle vitesse pour photographier un oiseau en vol ?

Pour figer complètement un martin-pêcheur, Marc Costermans indique qu’il faut dépasser le 1/2000 de seconde, difficile à obtenir à l’ombre. Il préfère travailler en lieu dégagé et peu fermer le diaphragme. Sa règle : des ailes floues sont acceptables, mais l’œil et la tête doivent rester nets.

Comment faire la mise au point sur un oiseau en vol ?

Il plante un bâton une trentaine de centimètres avant le perchoir, fait la mise au point dessus, débranche l’autofocus puis retire le bâton. L’oiseau traverse ce plan en arrivant. L’appareil est déclenché à distance par un déclencheur souple, pendant qu’un second boîtier reste pointé sur le perchoir.

La photographie au nid est-elle acceptable ?

Marc Costermans la juge à proscrire pour qui ne connaît pas l’espèce, car le risque est l’abandon de la nichée. Lui-même n’entre et ne sort de son affût qu’en l’absence des oiseaux. Il recommande d’observer les signes de dérangement et de reculer dès que l’animal interrompt son comportement pour vous fixer.

Épisodes similaires
Photographe professionnel travaillant sur le choix de son statut juridique pour se lancer
Libre et Photographe - Podcast Photo Les 3 statuts pour se lancer en tant que photographe pro | Leçon #8
Amateur, auteur ou artisan : quel statut choisir pour se lancer photographe pro, sans jargon administratif.
23 novembre 2021 · 17 min
Écouter l'épisode
Visuel de l'épisode du podcast Libre et Photographe consacré à la photographe animalière Léa Cirotteau
Libre et Photographe - Podcast Photo Interview #25 | Léa Cirotteau – Photographe nature en reconversion
Community manager licenciée devenue photographe animalière, Léa Cirotteau photographie la faune urbaine avec un regard engagé.
5 novembre 2021 · 59 min
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.