De l’aéronautique à la nature
Jeune retraité de 63 ans installé en Charente-Maritime, Patrice Mariolan se consacre à la photographie de nature depuis une dizaine d’années, avec une prédilection pour les oiseaux. Rien ne le prédestinait à cette voie : il a mené toute sa carrière dans une grande entreprise aéronautique, à des postes de logistique ou d’achats, loin de l’art et de la nature. C’est en découvrant les possibilités du reflex numérique qu’il a renoué avec une passion d’enfance, celle des explorations dans les bois et de l’observation des animaux. Cette sensibilité, restée intacte, nourrit aujourd’hui son travail photographique.
Fasciné depuis toujours par la grâce et la précision du vol des oiseaux, il trouve en Charente-Maritime un terrain de jeu exceptionnel pour observer limicoles, échassiers et passereaux.
L’art de l’approche
Pour photographier des sujets aussi farouches, Patrice Mariolan combine plusieurs techniques. Si l’approche directe, en avançant doucement et sans gestes brusques, fonctionne pour certaines espèces peu craintives, il privilégie l’affût. Après avoir débuté avec de simples filets de camouflage, il s’est spécialisé dans l’affût flottant, une technique particulièrement adaptée aux oiseaux d’eau. Il fabrique lui-même ses affûts, des structures légères qui lui permettent de s’immerger dans les étangs et de se positionner au plus près des animaux, à leur hauteur. « On est à la même hauteur que l’oiseau et on le valorise, on le magnifie comme ça », explique-t-il.
Cette méthode offre des avantages décisifs : elle permet de choisir son orientation par rapport à la lumière et, surtout, de soigner l’arrière-plan, un élément qu’il juge fondamental. Se déplacer de quelques centimètres suffit parfois à transformer une image. La technique a ses contraintes — plans d’eau adaptés, autorisations, chaleur éprouvante en été — mais elle est au cœur de sa démarche immersive.
Saisir l’instant du vol
Réussir des photos d’oiseaux en vol est un défi technique majeur. Pour les débutants, Patrice Mariolan conseille de commencer simplement, par exemple en hiver avec une mangeoire. Il détaille une méthode efficace : installer la mangeoire devant un arrière-plan lointain et esthétique, placer une branche sur la trajectoire des oiseaux, puis faire une mise au point manuelle sur ce trajet. Le secret est de ne pas regarder dans le viseur, mais d’observer la scène pour anticiper l’arrivée de l’oiseau et déclencher au bon moment avec une télécommande. « Le temps qu’on voit l’oiseau, il est déjà passé », prévient-il.
Pour des images plus complexes, il utilise des barrières infrarouges qui déclenchent l’appareil automatiquement. Loin d’être une solution de facilité, ce système a nécessité deux à trois ans de mise au point pour maîtriser la lumière, le temps de latence et le positionnement au demi-centimètre près. C’est, selon lui, la construction d’un véritable « studio en extérieur ».
« Sauvage », la photo en noir et blanc
Fin 2014, Patrice Mariolan a connu une actualité chargée avec sa série d’expositions « Sauvage », présentée notamment au Salon de la Photo à Paris, à Menigoute et à Montier-en-Der. Ce projet, mûri pendant plusieurs années, se distingue par son traitement en noir et blanc, un choix rare en photographie d’oiseaux. Il explique avoir voulu se défaire de la couleur, qui peut « fausser le regard », pour se concentrer sur l’essentiel : l’attitude, le mouvement, et la dualité de la vie des oiseaux, entre grâce et sauvagerie. « Le noir et blanc me semble aller très très bien pour ce type de thème », confie-t-il.
Le travail a été méticuleux, avec une dizaine d’heures de post-traitement par photo pour trouver le juste équilibre entre la douceur des gris et la dureté des noirs et blancs purs. Le choix du papier a lui seul a nécessité quatorze essais. Pour lui, une exposition est un tout, où l’encadrement, l’éclairage et la présentation sont aussi importants que les images elles-mêmes. L’accueil du public, très émouvant, a été la plus belle des récompenses, confirmant son idée qu’exposer est « l’aboutissement d’un travail de photographe ».
Les références de l’épisode
- Personnes : Laurent Baheux, Vincent Munier, Fabrice Cahez.
- Lieux et événements : Charente-Maritime, Rochefort, Salon de la Photo (Paris), Festival de Menigoute, Festival de Montier-en-Der, LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), Nature Images à Tignécourt, Festival de Montcoutant, Namur (Belgique).
- Marques et outils : Jama Électronique.
- Exposition : « Sauvage ».
- Espèces d’oiseaux : Goélands, mouettes, curus, milans, buses, passereaux, limicoles, canards, oies, cygnes, hérons, étourneaux, tournepierres, rouge-gorge, mésanges, gorge bleue à miroir, moineau, verdier, grosbec, pinson du nord, bobette des sols.
Au fil de l’épisode
- Présentation de Patrice Mariolan, jeune retraité passionné de photo en Charente-Maritime.
- Son parcours depuis une carrière dans l’aéronautique jusqu’à la photographie de nature.
- Sa fascination d’enfance pour la nature et les oiseaux.
- Les différentes techniques pour photographier les oiseaux : l’approche et l’affût.
- Les avantages de l’affût flottant pour être à hauteur d’oiseau et maîtriser l’arrière-plan.
- La fabrication de son propre matériel, un aspect créatif essentiel de la photo animalière.
- Conseils aux débutants : commencer par les espèces faciles comme les oiseaux des mangeoires en hiver.
- Le matériel photo privilégié : un 500 mm, un boîtier APS-C et de bons accessoires de stabilisation.
- Une technique détaillée pour réussir ses photos d’oiseaux en vol près d’une mangeoire.
- L’utilisation de systèmes plus complexes comme les barrières infrarouges.
- La genèse de sa série d’expositions « Sauvage » en noir et blanc.
- Le choix artistique du noir et blanc pour révéler l’essentiel et la dualité de la vie sauvage.
- Le travail minutieux de post-traitement et de préparation de l’exposition.
- L’accueil émouvant du public et l’importance de montrer son travail.
- Les prochaines dates où voir l’exposition « Sauvage » en 2015.
FAQ
Qui est Patrice Mariolan ?
Patrice Mariolan est un photographe de nature spécialisé dans la photographie d’oiseaux. Ancien salarié d’une entreprise aéronautique, il vit en Charente-Maritime et se consacre à sa passion depuis sa retraite. Il est particulièrement connu pour sa maîtrise de la technique de l’affût flottant et pour sa série d’expositions en noir et blanc intitulée « Sauvage », qui a été présentée dans plusieurs grands festivals de photographie animalière.
Quelle est la technique de l’affût flottant ?
L’affût flottant est une technique de photographie animalière qui consiste à utiliser une cache flottante pour s’approcher des oiseaux d’eau dans leur milieu. Le photographe est dans l’eau, souvent équipé d’une combinaison, et se déplace discrètement avec son matériel photo posé sur la structure flottante. Cette méthode permet d’être au niveau du regard de l’animal, de créer des images plus immersives et de contrôler finement l’arrière-plan.
Comment photographier les oiseaux en vol selon Patrice Mariolan ?
Pour les débutants, Patrice Mariolan conseille de s’entraîner près d’une mangeoire. Sa technique consiste à faire une mise au point manuelle sur un point de passage des oiseaux, entre une branche et la mangeoire. Il recommande de ne pas regarder dans le viseur mais d’observer la scène globalement et d’utiliser une télécommande pour déclencher au moment précis où l’oiseau traverse la zone de netteté, ce qui demande de l’anticipation.
Pourquoi Patrice Mariolan a-t-il choisi le noir et blanc pour sa série « Sauvage » ?
Il a choisi le noir et blanc pour sa série « Sauvage » afin de se concentrer sur l’essentiel de l’image : l’attitude de l’oiseau, le mouvement et l’émotion. Selon lui, la couleur peut parfois détourner le regard de ces éléments. Le noir et blanc lui a permis d’exprimer la dualité de la vie des oiseaux, un mélange de grâce, de beauté, mais aussi de sauvagerie liée à la survie, la prédation et la défense du territoire.
